MONTAGNES DE L'EUROPE
guerre ou d'amitié, étaient indiqués d'avance par la direction des vallées et les profondes échancrures des cols. La partie des Alpes qui devait cesser la première d'arrêter la marche des peuples en armes est celle qui se dirige du nord au sud, entre les massifs de la Savoie et ceux du littoral méditerranéen. En cet endroit le système alpin, quoique très-haut, est réduit à sa moindre largeur ; en outre, les climats se ressemblent sur les deux Yersants opposés des groupes du Genis et du Viso, et par suite les populalions se trouvent beaucoup plus rapprochées par les mœurs et le genre de vie. La région des Alpes qui se développe au delà du mont Blanc, dans la direction du nord-est, est une barrière bien autrement sérieuse, car elle sert de limite entre deux climats différents.
Comparé à celui des Alpes, le rôle des autres chaînes de montagnes, dans l’histoire de l'Europe, est tout à fait secondaire et n’a qu’une importance locale. D'ailleurs l'action qu'elles ont exercée sur les destinées des peuples n'est pas moins évidente. Ainsi les Norvégiens et les Suédois ont pour mur de séparation les plateaux rt les glaces des Alpes scandinaves: au centre de l'Europe, le bastion quadrangulaire des montagnes de la Bohème, tout peuplé de Tchèques et presque entouré d'Allemands, ressemble à une île qu’assiégent les flots de la mer. En Angleterre, les monts du pays de Galles et ceux de la Haute-Écosse ont protégé la race celtique contre les Anglo-Saxons, les Danois et les Normands; de même en F rance, c’est à leurs rochers et à leurs landes que les Bretons doivent de n'avoir pas été complétement francisés, et le plateau du Limousin, les monts d'Auvergne, les Cévennes sont la principale cause du frappant contraste qui existe encore entre les populations du Nord et du Midi. Après les Alpes, les Pyrénées sont de toutes les montagnes d'Europe celles qui ont offert le plus grand obstacle à la marche des nations ; elles eussent été jusqu’à nos jours l’infranchissable rempart de l'Espagne, si elles n’avaient été faciles à tourner par leurs extrémités voisines de la mer.