‹ Nouvelle géographie universelle [microforme] (volume 5)Chapitre 131 sur 545 · POPULATIONS ET VILLES DE LA BULGARIE · texte numérisé non relu

POPULATIONS ET VILLES DE LA BULGARIE

manquer de se faire tôt ou tard dans le reste du pays, car 1l est peu de contrées en Europe où les grandes voies internationales soient mieux indiquées qu'en Bulgarie, Le premier de ces chemins des nations est le Danube lui-même, dont les villes turques riveraines, Viddin, Sistova, Roustehouk, Silistrie, acquièrent de jour en jour une importance plus considérable dans le mouvement européen et qui se continue dans la mer Noire par des escales diverses, dont la principale est le beau port de Bourgas, très-imporant pour lexpédition des céréales. Mais cette voie naturelle n'est pas assez courte au gré du commerce; il a fallu labréger par un chemin de fer, qui coupe Pisthme de la Dobroudja, entre Tehernavoda et Kustendjé, puis par une voie ferrée plus longue, qui traverse toute la Bulgarie orienlle, de Roustchouk au port de Varna, en passant à Rasgrad et près de Choumla. Un autre chemin de fer suivra le passage direct que la nature à ouvert du bas Danube à la mer Égée par la dépression des Balkhans, au sud de Choumla, et par les plaines où se sont bâties les villes de Jambol\ et d'Andrinople, Plus à l'ouest, Tirnova, l'antique cité des tsars de Bulgarie, Kezantik et Eski-Zagra, sont les étapes d’un autre chemin de jonction entre Danube et le Hittoral de la Thrace.

Maintenant il s'agit d'éviter en entier les détours du fleuve, en adaptant aux besoins des échanges de continent à continent, soit la route de Bosnie à Salonique par Kalkhandelen, Uskiub, Keuprili et la basse vallée du Vardar, soit la grande voie que suivaient autrefois les légions romaines, entre la Pannonie et Byzance, et que les sultans avaient reprise au seizième siècle en faisant construire une grande route dallée de Belgrade à Rodosto ; il faut détourner le courant commercial du Danube et lui donner le port de Constantinople pour embouchure directe. Grâce à leur admirable position géographique, sur cette voie du Danube au Bosphore, les anciennes randes stations de route : Nich, la sentinelle placée aux frontières de la Serbie sur un affluent de la Morava; Sofia, l'antique Sardica, située sur PIsker danubien; Bazardjik où le «Marché », improprement désignée sous le nom de Tatar-Bazardjik, puisqu'il n'y a point de Tartares; la belle Philippopoli, à la «triple montagne » dominant le cours de la Maritza, sont deslinées d'avance à devenir des centres importants dès qu'elles auront été définitivement rattachées à l'Europe. Peut-être les multitudes de voyageurs qu'entraineront les convois verront-ils encore, près de Nich, le hideux monument de Kele-Kalessi qui doit rappeler un grand fait de « gloire » aux générations futures? Ce trophée n'est autre qu'une tour bâtie avec les crânes des Serbes qui, pendant la guerre de l'indépendance, se firen! sauter dans une redoute pour ne pas tomber vivants entre les mains de

Lo

Fabevtd:

leurs ennemis. Un gouverneur de Nich, plus humain que ses prédécesseurs, voulut démolir cette abominable maçonnerie devant laquelle tout « raya » passe en frissonnant, mais les musulmans fanatiques s’y opposèrent ; à côté jillit pourtant une petite fontaine expiatoire, dont l’iau pure, symbole de réconciliation, doit abreuver en même temps les Slaves et les Osmanlis.

Une population aussi souple, aussi malléable que l’est la nation bulgare, modifiera certainement assez vite ses mœurs et ses habitudes sous l’influence du commerce et du va-et-vient des voyageurs. Elle à grand besoin de se relever, Les Albanais se sont ensauvagés par la guerre, les Bulgares ont été avilis par l'esclavage. Dans les villes surtout, ils étaient fort bas tombés. Les insulles que leur prodiguaient les musulmans, le mépris dont ils les accablaient avaient fini par les rendre abjeets, méprisables à leurs propres veux. Sur le versant méridional des Balkhans, dans les districts de Kezanlik et d'Eski-Zagra, les Bulgares, disent les voyageurs, étaient tout particulièrement abaissés. Démoralisés par la servitude et par la misère, livrés à la merei de riches compatriotes, les tchorbadjis, où «les donneurs de soupes », 1ls étaient devenus des ilotes honteux et bas. Surtout les femmes bulgares des villes présentaient le spectacle de a plus honteuse corruption, et par leur impudeur, leur grossièreté, leur ignorance, méritaient toute la réprobation que faisaient peser sur ellés les femmes musulmanes. Même au point de vue de l'instruction, les Turcs étaient naguère plus avancés que les Bulgares ; leurs écoles étaient relativement plus nombreuses et mieux dirigées. Tous les villages des Osmanlis sont beaucoup mieux tenus, plus agréables à voir et à habiter que ceux des chrétiens.

Quoi qu'il en soit de la situation passée, les choses ont déjà changé. Peutêtre, pris en masse, les Tures ont-ils gardé sur les Bulgares l'immense supériorité que donnent la probité et le respect de La parole donnée ; mais ils travaillent moins, ils se laissent paresseusement entrainer par la destinée, èt peu à peu, de maîtres qu'ils étaient, ils perdent les positions acquises et tombent dans une pauvreté méritée, Dans les campagnes, la terre passe graduellement aux mains des Crayas »; dans les villes, ceux-ci ont presque entièrement accaparé Je commerce, Enfin, chose bien plus importante encore, les Bulgares, comprenant là nécessité de instruction, se sont mis à fonder des écoles, des colléges, à faire publier des livres, à envoyer des jeunes gens dans les universités d'Europe, En certains districts, à Philippopoli, à Bazard}ik, teutes les familles se sont même imposées volontairement pour faire sortir ieurs enfants du bourbier de ignorance. Enfin, dans les colléges mixtes de Constantinople, ee sont régulièrement les jeunes Bulgares qui ont le plus

de succès dans leurs études. C'est un grand signe de vitalité, Qu'elle co: -

VA

Page 1