‹ Nouvelle géographie universelle [microforme] (volume 5)Chapitre 135 sur 545 · GERS · texte numérisé non relu

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ment de les opposer les unes aux autres pour régner en paix au-dessus de leurs conflits.

Il n’en saurait être autrement dans un empire où le caprice est souverain. Le padichah est à la fois le maître des âmes et des corps, le chef militaire, le grand juge et le pontife suprème. Jadis son pouvoir était pratiquement limité par celui des feudataires éloignés, qui souvent réussissaient à se rendre à peu près indépendants ; mais depuis la chute d’Ali-Pacha et le massacre des janissaires le sultan n’a plus rien à craindre de sujets parvenus ; les seules bornes de sa toute-puissance sont la coutume, les traditions de ses ancètres et les intérêts des gouvernements européens. En outre, il a bien voulu, par certains actes de sa libre initiative, régulariser lexercice de son autorité, C’est ainsi qu'il à institué pour tout l'empire un budget dont il s’attribue le dixième environ. Le plus absolu des monarques d'Europe, il est aussi celui, après le prince du Montenegro, dont la liste eivile est la plus forte en proportion des revenus du pays; encore ce budget particulier n'est-il pas suffisant, el très-fréquemment on doit en combler le déficit par des emprunts à quinze el vingt du cent, pour lesquels on hypothèque le produit des impôts, des dîimes et des douanes. Le train de maison du sultan et des membres de sa famille est vraiment effréné, Ilexiste au palais une armée d'au moins six mille serviteurs et esclaves des deux sexes, dont huit cents cuisiniers. En outre, la domesticité est elle-même entourée d’une tourbe de parasiles qui vivent autour du palais et que nourrissent les cuisines impériales; en vertu de leurs contrats, les fournisseurs sont obligés de livrer chaque jour une moyenne de douze cents moutons, et limportance de ce seul article de consommation permet de juger de lénorme total auquel doivent S'élever tous les autres. Les dépenses courantes s’accroissent des frais de construction pour Les palais et les kiosques, de l'achat de toutes les féeries d'Orient, fabriquées à Paris, et des collections de fantaisie, des prodigalités de toute nature, de vols et de dilapidations sans fin.

Les ministres, les valis et autres grands personnages de l'empire travaillent de leur mieux à imiter leur maitre, et, comme lui, doivent forcément dépasser les limites que leur trace un budget fictif, D'ailleurs ils sont trèsrichement payés, car ilest admis, en Orient, que les hautes dignités doivent être rehaussées par éclat de la fortune et les prodigalités du luxe. Aussi ne reste-t-il rien pour les travaux utiles, Quant aux employés inférieurs, 1ls ne touchent que des honoraires dérisoires, si même on veut bien condescendre à les payer; mais il est tacitement convenu qu'ils peuvent se dédommager de leur mieux sur la foule des corvéables, Tout se vend en Turquie, et surtout la justice. L'état des finances turques est tellement lamentable, les

emprunts se font à des taux tellement usuraires, la désorganisation des services est si complète, qu'on a souvent proposé de faire gérer le budget

olloman par un syndicat des puissances européennes; mais parmi ces

- puissances, combien en est-il qui puissent se vanter elles-mêmes d’avoir

parfaitement équilibré leurs recettes et leurs dépenses"!

Sous un pareil régime, lagriculure et l'industrie de l'empire ture ne peuvent se développer que très-lentement. La terre ne manque point. Au contraire, de vastes étendues du sol le plus fécond sont en friche; nul ne “occupe de savoir à qui elles appartiennent, et le premier venu peut s’en emparer; mais gare à lui S'il üre grand profit de ses cultures et s’il lui prend la fantaisie de s'enrichir! Aussitôt le sol qu'il labourait se trouve avoir fait partie des terres appartenant au culte, où bien ilest à Ta convenance d’un pacha qui S'en empare après en avoir fait bâtonner le possesseur! En maints districts, c'est de propos délibéré que le paysan, même le plus économe et le plus actif, limite sa récolle au strict nécessaire ; 11 serait désolé d’une moisson abondante, car l'accroissement de production est en même temps un accroissement d'impôt et peut attirer les inquisitions soupçonneuses de l'exacteur. De même, dans les petites villes, le commerçant dont les affaires sont en voie de prospérité se gardera bien de montrer sa richesse; 11 se fera tout humble, tout petit, et laissera sa maison s'érailler de misère,

Afin de jouir en paix de leur propriété territoriale, les familles musulmanes ont en trèsgrand nombre cédé leurs droits de possesseurs aux mosquées ; ils ne sont plus que de Simples usufruitiers, mais ils ont ainsi l’avanlage de n'avoir pas à payer d'impôts, puisque leur terre est devenue sainte, et leurs descendants pourront jouir des revenus du domaine jusqu'à extinction de la famille, Ces terres, que Fon désigne sous le nom de cakoufs, consti- Luent peut-être le Hers de Ta superficie du territoire, Elles ne rapportent absolument rien à FÉtats elles n'ont qu'une fuible valeur pour les usufruitiers eux-mêmes, routiniers fatalistes qui se sont débarrassés de leurs titres de propriété précisément à cause de leur manque d'initiative ; enfin, lorsqu'elles ont agrandi Finmense domaine du clergé, Ja plus forte part est Taissée ineulle, Tout Le poids de Fimpôt retombe done sur la terre que laboure le malheureux chrétiens encore le produit de cel impôt doital forcément diminuer à mesure que Saccroit Fétendue des terrains takoufs. Aussi faudra-t-il en venir (ôb où tard à la sécularisation des biens de main-morte, et déjà le souvernement ture, au grand scandale des vieux croyants, à timidement étendu main vers le territoire appartenant aux mosquées de Stamboul.

1 Recettes du budget turc en INT! re ns 560,000,000 fr. Dette intérieure et extérieure en IKTD. Da 0,900,000,000 »

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Actuellement, on peut le dire, e’esten dépit de ses maîtres que le paysan serbe, albanais où bulgare réussit à maintenir le sol en état de production. On peut en juger par un seul fait. Afin d'éviter la fraude, certains collecteurs de dîimes n’ont pas trouvé de moyen plus ingénieux que d’obliger les cultivateurs à entasser le long des champs tout le produit de leur récolte; tant que les agents du trésor n'ont pas prélevé chaque dixième gerbe, il faut que les amas de maïs, de riz ou de blé restent dans la campagne exposés au vent, à la pluie, à la dent des animaux. Souvent, lorsque le gouvernement perçoit enfin sa dîme, la moisson à perdu la moitié de sa valeur, Quelquefois les paysans ne touchent pas à leur récolte de raisins où d'autres fruits afin de n'avoir pas à payer l'impôt. Du reste, ce n'est pas du fise seulement que le cultivateur a le droit de se plaindre; l'est également rançonné par tous les intermédiaires qui lui achètent sa récolte. «Le Bulgare laboure et le Grec tient la charrue », dit un ancien proverbe, Ce dire est encore assez vrai, du moins sur le versant méridional des Balkhans, où le paysan bulgare n'est pas toujours propriétaire du sol qu'il ensemence; mais à mème où il possède son propre champ el ne travaille pas directement pour un maître rec où musulman, sa moisson appartient souvent à Pusurier, même avant d'avoir été coupée; et, dans le vain espoir de se Hbérer un jour, il travaille toute sa vie comme un misérable esclave.

Ceperdant telle est la ferülité du sol sur les deux versants de Pemus, dans Ta Macédoine et la Thessalie, que, malgré Pabsence des routes, malgré les mosquées et le fisc, malgré Fusure et le vol, Fagriculture Bivre au commerce une grande quantité de produits, Le mais où <blé de Turquie » et toutes les céréales sont récoltées en abondance, Les vallées du Karasou et du Vardar donnent le coton, le tabac, les drogues tinetoriales; Le Hittoral et les iles fournissent du vin et de Phuile, dont il serait facile avec un peu d'art de faire des produits exquis; le vin est excellent dans la vallée de Ta Maritza, enfin des müûriers S'étendent en véritables forêts dans certaines parties de la Thrace et de la Roumélie, et Pexpédition des cocons en Halie eten France prend chaque année une plus grande importance, Avec sa terre féconde, ses belles vallées humides et tournées vers le midi, la Turquie ne peut manquer de prendre, dans un avenir prochain, Fun des premiers rangs, parmi les contrées de FEurope, par la bonté et Ta variété de ses produits, Quant à son industrie, il est probable qu'elle se déplacera peu à peu, comme celle de tous les pays ouverts au libre commerce avec l'étranger, par la vonstrucüon de nouvelles routes. Les diverses manufactures des villes de Fintérieur, fabriques d'armes, d'étoffes, de lapis, de bijouterie, auront à souffrir beaucoup de a concurrence étrangère, et sans doute nombre d'entre

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