LÉ LE
ÉTAT SOCIAL ET RACES DE LA TURQUIE. 294 Nubie, de l'intérieur du Soudan, qui ont peuplé les harems de la Turquie, le nombre des Osmanlis est resté trèsinférieur relativement à celui des autres éléments ethniques de la Péninsule : à peine la race dominante, si l'on peut donner le nom de race à des hommes provenant de tant de croisements divers, représente-t-elle le dixième des habitants de la Turquie d'Europe. Et cette infériorité ne pourra que s'aceuser de plus en plus, car, précisément à cause de la polygamie, le nombre des enfants qui survivent est moindre dans les familles mahométanes que dans les familles chrétiennes. Quoiqu’on ne puisse à cet égard s'appuyer sur aucun dénombrement précis, il paraît incontestable que la population turque diminue réellement, La conscriplion, qui naguère pesait uniquement sur eux, deve nait de plus en plus difficile, à cause du manque de recrues,
Depuis Chateaubriand, on a souvent répété que les Turcs ne sont que campés en Europe et qu'ils S'attendent eux-mêmes à reprendre bientôt le chemin des steppes d'où ils vinrent jadis. Ce serait par une sorte de pressentiment que tant de Tures de Stumboul demandent à être ensevelis dans le cimetière de Scutari : ils voudraient ainsi sauver leurs ossements du pied profanaleur des Giaours, lorsque ceux-ci rentreront en maîtres dans Constantinople. En maints endroits, les vivants imitent les morts, et des iles de PArchipel, du littoral de la Thrace, un faible courant d'émigration entraine chaque année vers l'Asie quelques vieux Tures, mécontents de toute cette activité européenne qui se manifeste autour d'eux. Toutefois ces mouvements n'ont pas grande importance, et la masse de la population ottomane dans l'intérieur de l'empire n'en est point affectée. Les Tures de la Bulgarie, les Yuruks de la Macédoine, et ces Koniarides qui habitent les montagnes de la Roumélie depuis le onzième siècle, ne songent point à quitter la terre qui est devenue leur patrie. Pour supprimer l'élément ture dans la péninsule thraco-hellénique, 11 faudrait procéder par extermination, c'est-à-dire être plus féroce à l'égard des Osmanlis qu'ils ne le furent euxmêmes à l'époque de la conquête, lorsqu'ils se vantaient de ne pas laisser repousser l'herbe sous les pas de leurs chevaux. D'ailleurs il faut tenir compte de ce fait que les Tures, si peu nombreux qu'ils soient en proportion des autres races, S’'appuient néanmoins sur des millions de mahométans
anass, bosniaques, bulgares, teherkesses et nogaïs. Dans là Turquie d'Europe, les musulmans représentent environ le tiers de la population, et
haines religieuses les forcent, malgré les différences de race, à rester solidaires les uns des autres, I ne faut pas oublier non plus que les musulmans de Turquie sont les représentants de cent cinquante millions de coreligionnaires dans le reste du monde, et que ces peuples prennent une part
de plus en plus large au mouvement général de Phumanité en Afrique et en Asie!
I ne s'agira done point dans Favenir, nous lespérons, d'une lutte d'extermination entre les races de la Péninsule; mais dès maintenant il agit de savoir comment tous ces éléments divers et partiellement hostiles pourront se développer en paix et en liberté, Sous la pression des événements, les Tures eux-mêmes ont dû le comprendre, et depuis une trentaine d'années ils ont abdiqué, en théorie du moins, la politique de pure violence et d'oppression. En vertu des lois, toutes les nationalités de Pempire, sans distinction d'origine ni de culte, sont placées sur un pied d'égalité, et les chrétiens de toute race peuvent occuper les divers emplois de empire au mème Litre que les musulmans, va sans dire que partout où l'occasion S'en présente, les Tures font de leur mieux pour mettre à néant toutes ces belles affirmations du droit, Très-tins sous leur apparente lourdeur, les pachas savent fort bien rebuter les impatients de Hiberté par leurs formaliés, leurs lenteurs, leurs atermoiements continuels, Dans certains distriets éloignés de Constantinople, notamment en Bosnie eCen Mbanie, les réformes sont encore lettre morte. Toutefois 1 serait injuste de ne pas reconnaitre que dans Fensemble de la Turquie de très-grands progrès se sont accomplis vers légalisation définitive des races. Pailleurs est aux populations ellesméèmes à vouloir avec persévérance; elles deviennent Hibres à mesure
qu'elles arrivent à la conscience de leur valeur et de leur force,
1 Statistique approximative des races et religions de la Turquie d'Europe :
Population Catholiques Catholiques Autres Races, probable, Musulmans grecs, latins, Arméniens, chrétiens, Juifs, {Serbes 1,735,6000 650,000 943,000 K0,000 Bulgares. 4,500,000 60,000 4,400,000 40,000 SuaEs.. (Russes, Ruthènes, Cosiques, 10,000 10,000 {Polonais . 5.000 5.000 = Es I { Roumains... 75,000 75,000 AS inrares. 200,000 200,000 GRics . HP Une AR à 1.200.000 1,200,000 - {linesues.. , . 600.000 100,000 50,000 150,000 ABANAIS : , {Tosques.. 800,000 600.000 200,000 — rs füsmanlis, 1,500,000 1,500,000 - TORGRE À énnne à 55.000 39,000 = De : { Arabes, , ,, 5,000 5.000 = — NEMITES, , .
Llsraëlites. 95,000 — — 95,000 ARMÉNIENS. ee à 100,000 20,000 50,000 — = FEUERKESSES, 2, 90,000 90,000 2e LL LL LE D'SIGANÉS ie, 130,000 140,000 | és = ÉHANGSE NS 61 84 1e 5: 6 50,000 = 45,000 5,000 —
Population totale, HI,AN0,000 3,480,000 7.070,00 440,000 280,000 15,000 05,000
ans
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