MONTAGNES ET FORÊTS DE LA SERBIE
bassin de Tjuprija; mais un pareil endroit ne pouvait être un centre naturel que pour une société toujours en guerre; dès que les intérêts majeurs de la Serbie devinrent ceux du progrès industriel et commercial, le gouvernement dut se transférer à Belgrade, cette charmante cité bâtie précisément sur la dernière ondulation mourante des montagnes de là Sumadia. Grâce à sa situation au confluent de la Save et du Danube, sur une collinr d'où l’on peut voir au loin les terres marécageuses de la Syrmie incessanment remaniées par les deux fleuves, Belgrat. l'antique Singidunum des Romains, l’Alba Græca du moyen âge, est un entrepôt nécessaire de commerce entre l'Occident et l'Orient, en mème temps qu’un point stratégique de la plus haute importance.
À l’ouest de la rangée de hauteurs dont Belgri le occupe l'extrémité septentrionale, les riches plaines arrosées par la Kolabara et des coteaux doucement ondulés reposent un peu la vue du spectacle des montagnes el des rochers; mais plus loin, vers la Drina, d’autres cimes calcaires se dressent encore à près de 1,000 mètres et vont rejoindre au sud-est les contre-forts du Kapaonik'. Cette partie de la Serbie, découpée dans tous les sens par des vallées rayonnantes et toute hérissée de cimes aux arètes aiguës, est fort pittoresque. En outre, le pays est embelli par de vicilles ruines et d'anciennes forteresses comme celle d'Oujiza, enfermant tout un versant de montagnes dans ün dédale de murailles et de tours. Malheureusement ces fortifications n’ont guère servi à protéger le pays. C'est la terre de Serbie qui a été le plus fréquemment ravagée pendant les guerres de ce siècle; après cinquante années de paix, elle ne se repeuple encore que très-faiblement.
Jadis la Serbie était une des contrées les plus boisées de l'Europe; tous
ses monts étaient revêtus de chênes. « Qui tue un arbre, tue un Serbe », ditun fort beau proverbe, qui date probablement de l’époque où les rayas opprimés se réfugiaient dans les forêts et où de « saints arbres » leur servaient d’églises; malheureusement ce proverbe s’oublie, et déjà le déboisement est consommé en maint district des montagnes; la roche s'y montre à nu comme dans les Alpes de la Carniole et de la Dalmatie. Quand Île paysan à besoin d’une branche où d’une touffe de feuillage, il abat l'arbre entier; pour alimenter un feu nocturne, les bergers ne se contentent pas d’amasser le bois see, il leur faut tout un chêne. Après les bergers, la
Altitudes de la Serbie :
Kapaonik. . , 4. . . . . . 1,892 mètres.
Stol, au sud des Portes de Fer... . 1,250 RtNi}e-s ous te ie LÉO 1,233 Bolgiadéssrt à 68 Louer ns, 59
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chèvre et le pore sont les deux grands ennemis de la végétation forestière, un de ces animaux broute les jeunes tiges et dévore les feuilles, tandis que l'autre fouille au pied des trones et met les racines à nu. Quand un vieil arbre tombe, renversé par la tempête où coupé par les bücherons, aucun vejeton ne le remplace. IPest vrai que des lois récentes protégent la forèt contre une exploitation barbare, mais ces lois, rarement appliquées par les communes, sont à peu près sans force, En quelques districts, on est obligé dejà d'importer de la Bosnie le bois de chauffage. La détérioration du elimai a été la conséquence naturelle du déboisement à outrance. D’après le récit d'un voyageur anglais du dix-septième siècle, Edward Brown, la Morava était navigable dans la plus grande partie de son cours et de nombreuses embarcations de commerce la remontaient et x descendaient en toute saison. Actuellement la portée de ses eaux est trop irrégulière pour qu'il soit possible d'y organiser un service de batellerie. Peut-être faudraitil voir dans cette détérioration du régime fluvial un effet du déboisement des montagnes de la Serbie,
En se privant de sa parure de grandes forêts, lx Serbie à du moins pu se débarrasser en même temps des bêtes sauvages qui les infestaient : les loups, les ours, les sangliers, nombreux autrefois, ont à peu près disparu de la contrée; ceux que Fon rencontre encore de temps en temps viennent sans doute des forêts de la Nyrmie, en passant au fort de Phiver sur la
Save glacée, Un silence étonnant plane d'ordinaire sur les campagnes de la
Serbie; les oiseaux chanteurs même + sont rares. Peu à peu les caractères de la faune et de la flore serbes perdent leur originalité. L'introduction des plantes eullivées et des animaux domestiques de PAustro-Hongrie tend de plus en plus à faire ressembler extérieurement la Serbie aux contrées de l'Allemagne du Sud. D'ailleurs les climats différent peu. Quoique située sous la même latitude que la Toscane, la Serbie est loin de jouir d’une température italienne; le rempart des montagnes de la Dalmatie el de la Bosnie la prive de l'influence vivifiante des vents chauds et humides du sud-ouest, tandis que les vents secs et froids des steppes de la Russie soufflent Hibrement par-dessus les plaines valaques, en longeant la base des Alpes transylvaines. L'acclimatement est assez pénible aux étrangers, à cause des brusques écarts de température !.
La Serbie ne renferme qu'une faible proportion de tous les Serbes de l'Europe orientale, mais e’est probablement avec raison que les habitants
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