‹ Nouvelle géographie universelle [microforme] (volume 5)Chapitre 168 sur 545 · SERBIE ET MONTENEGRO · texte numérisé non relu

SERBIE ET MONTENEGRO

signifierait Montagne des Proscrits où € Mont des Hommes Terribles » ; suivant les autres, il prouverait que les roches de ces contrées, nues aujourd'hui, étaient autrefois noires de sapins,

Les Monténégrins n'ont jamais été asservis par les Tures. Tandis que tout le reste du grand empire serbe était envahi par les Osmanlis, eux seuls, grâce à la citadelle de montagnes dans laquelle ils avaient cherché refuge, ont pu maintenir leur indépendance, Souvent ils ont accepté des patrons: longtemps même ils ont été sous la protection, mais non sous la dépendance, de la république de Venise; ils ne se sont point courbés devant le sultan, et, tantôt par la force des armes, tantôt par l'appui de puissances étrangères, ils ont continué d'occuper en toute souveraineté leurs hautes vallées des Alpes Hlyriennes. Toutefois ces monts protecteurs qui ont fait leur force contre l'ennemi, font aussi leur faiblesse en les isolant du reste du monde et en les retenant, à cause du manque de communications, dans leur barbarie primitive. D'un côté, les Monténégrins sont séparés de leurs frères de la Serbie par une barrière de cimes très-élevées et par une bande de territoire ture; de l'autre, les montagnes autrichiennes des bouches de Cattaro leur défendent l'accès de l'Adriatique : leur mer à eux est le petit lac de Skodra (Seutari), qu'alimente la rivière nationale, la Zeta, unie à la Moratcha. Nils n'avaient rien à craindre pour leur indépendance en descendant vers La mer et les plaines, leurs pleteaux seraient bientôt abandonnés aux pâtres.

La partie orientale du Montenegro, dite les Berda ou Brda, que parcourent la Moratcha et ses affluents, est d’un accès relativement facile, Ses vallées, dominées au nord par les pyramides dolomitiques du Dormitor, à l'est par la masse arrondie du Kom, ressemblent à celles de la plupart des autres pays de montagnes : ce sont les mêmes bassins ouverts succédant à d'étroits défilés, les mêmes sinuosités, les mêmes vallons latéraux, les mèmes cirques ravinés où se réunissent les premières eaux des torrents, Mais la partie occidentale du pays, la € Montagne Noire » proprement dite, présente un aspect tout différent, C’est un dédale de cavités, de vallons et de simples trous séparés les uns des autres par des remparts calcaires de hauteurs inégales, hérissés de pointes, coupés de précipices, veinés dans tous les sens d’étroites fissures où se glissent les couleuvres. Les montagnards du pays sont les seuls à pouvoir se guider dans cet inexteicable labyrinthe. «€ Quand Dieu créa le monde, disent-ils en riant, il lenait à la main un sac plein de montagnes; mais le sac vint à crever précisément au-dessus du Montenegro, et il en tomba cette masse effroyable

de rochers que vous voyez!»

Contemplée à vol d'oiseau, la Montagne Noire ressemble à un « vaste uâteau de cire aux mille alvéoles » où bien à un tissu aux mille cellules. Ce sont les eaux pluviales qui ont ainsi excavé le plateau en une multitude de cuvettes rocheuses, Leï elles ont évidé de larges vallées, ailleurs seulement d'étroites roudinas formant de véritables puits. Pendant les saisons trèspluvieuses ces eaux s’amassent en lacs temporaires qui recouvrent Îles prairies et les cultures; mais d'ordinaire elles $’écoulent immédiatement

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