‹ Nouvelle géographie universelle [microforme] (volume 5)Chapitre 253 sur 545 · N9 88, =—— LES COLLINES DE ROME · texte numérisé non relu

N9 88, =—— LES COLLINES DE ROME

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d'apres l'Etat-major Français

se trouve mème une fois entouré des trois Grâces. Deux catacombes judaïques, creusées également dans le tuf de Rome, permettent de comparer les idées religieuses des deux cultes à cette époque si intéressante de l'histoire,

Par une bizarre superstition pour les nombres mystiques, on continue de donner à Rome le nom de « Ville aux Sept Collines », qu'elle ne mérite plus depuis que l'enceinte de Servius Tullius à été dépassée. Sans compter le

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mont Testaccio, composé de tessons que les fabricants de jarres et les bateliers jetaient au bord du fleuve et que les buveurs utilisent aujourd'hui pour Lenir leur breuvage au frais, au moins neuf collines bien distinctes s'élèvent dans les murs de la Rome actuelle : l'Aventin, où se retiraient les plébéiens dans leurs velléités d'indépendance, le Palatin, où siégèrent les Césars, le Capitolin, que dominait le temple de Jupiter, le Cælius (Monte Celio), l'Esquilin, le Viminal, le Quirinal, le Citorio, monticule d’ailleurs peu élevé, le Monte Pincio, le coteau des promenades et des jardins. Enfin, de l'autre côté du Tibre, et toujours dans la Rome de nos jours, se montrent deux autres collines : le Janieule, la plus haute de toutes, et le Vatican, ainsi nommé parce qu'on y rendait autrefois les oracles.

Héritière des traditions anciennes, cette hauteur est restée le lieu des « va licinations ». C’est là que les prêtres chrétiens, sortis de l’obscurité des calacombes, où ils tenaient leurs assemblées secrètes, sont venus trôner audessus de la ville de Rome et de tout le monde occidental, Là s'élève le palais du pape avec ses riches collections, sa bibliothèque, son musée, les chefsd'œuvre de Michel-Ange et de Raphaël. A côté resplendit la fameuse basilique de Saint-Pierre, le centre de la chrétienté catholique. Réuni au palais par une longue galerie, le mausolée d'Hadrien, découronné de sa colonnade supérieure et devenu, sous le nom de château Saint-Ange, la grande forteresse papale, se dresse au bord du Tibre et en domine le passage. Maintenant ses anons ne protégent plus le Vatican; toute puissance matérielle des pon- Ufes a disparu, mais la fastueuse église de Saint-Pierre, l'étonnant portique cireulaire qui la précède, la coupole qui la surmonte et qu’aperçoivent mème les navigateurs voyageant au loin sur la mer, les statues, les marbres, les mosaïques, les décorations de toute espèce témoignent des richesses immenses qui, de toutes les parties du monde chrétien, venaient naguère S’'engouffrer dans Rome. La seule basilique de Saint-Pierre, lune des trois cent soixante-cinq églises de la cité papale, à coûté près d'un demi-milliard. Pourtant, quelque somptueux que soit cet édifice, l’admiration qu'il éveille n’est point sans mélange, Les juges ont beau dire que « le génie de Bramante et de Michel-Ange se fait sentir ici au point de ramener tout ce qui est ridicule où mauvais aux simples proportions de l'insignifiance », on ne peut s'empêcher pourtant de voir ce qu'il y a d'imparfait dans cette œuvre colossale. Le monument est rapetissé par la multiplicité des ornements, et, ehose plus grave encore, il ne répond, comme architecture, qu'à une phase transiloire et locale de l'histoire du catholicisme. Loin de représenter toute une époque avec sa foi, sa conception une et cohérente des choses, il résume, au contraire, un âge de contradictions, où le paganisme de la Renaissance et

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le christianisme du moyen âge tâchent de se fondre en un néo-catholicisme pompeux qui caresse les sens et s'adapte de son mieux au goût el aux caprices du siècle : sous les sombres nefs gothiques, l'impression est bien autrement profonde, Par un phénomène historique curieux, le quartier de Rome où s'élève l'église de Saint-Pierre est le seul endroit de la ville actuelle qui ait été dévasté par les Musulmans, en 846. Ceux-ci se vantent d'avoir saccagé la Rome papale et de posséder Jérusalem, tandis que jusqu'à nos jours le tombeau de Mahomet est resté au pouvoir de ses fidèles. Quant aux Juifs, ce n'est point en vainqueurs qu'ils sont entrés dans Rome, Domiciliés dans l'immonde Ghetto, aux bords du Tibre vaseux, et non loin de cet are de Titus qui rappelle la destruction de leur temple et le massacre de leurs ancètres, ils ont porté pendant dix-neuf cents ans le poids de la haine universelle et de la persécution. Ils ont survécu pourtant, grâce à la puissance de l'or qu'ils savaient manier mieux que leurs oppresseurs, et, désormais libres de sortir du Ghetto, les quatre mille Juifs de Rome prennent part, plus que les chrétiens eux-mêmes, à la transformation de la capitale de l'Italie.

Le cours des idées s’est trop modifié pendant les siècles modernes pour que les ingénieurs italiens songent maintenant à inaugurer x troisième ère de l'histoire de Rome par des édifices de luxe qui puissent se comparer en grandeur au Colisée ou à Saint-Pierre; mais ils ont des œuvres non moins utiles à réaliser dans un autre domaine du travail humain, s'ils se donnent pour mission de protéger Rome contre les crues du Tibre et de la replacer dans des conditions de salubrité parfaite. Iest vrai que les débris accumulés de tant d’édifices détruits ont exhaussé le niveau de la ville d'au moins un mètre en moyenne; mais le lit du Tibre s’est également élevé à cause du prolongement de son delta. Pour assurer le libre écoulement des eaux de crue dans un canal régulier, il faut nécessairement recreuser le lit du fleuve et le border de quais élevés dans toute la traversée de Rome ; il faut, en outre, pour assainir la ville, remanier le réseau souterrain des égouts et distribuer avec intelligence l'eau pure que les travaux des anciens édiles ont donnée aux vasques des fontaines.

On sait quelle prodigieuse masse liquide Rome recevait jadis pour sa consommation journalière. Du temps de Trajan, les neuf grands aqueducs, d'une longueur totale de 422 kilomètres, apportaient environ 20 mètres cubes par seconde, la valeur d'un véritable fleuve, et les autres canaux d'amende construits plus tard accrurent cette quantité d’eau de plus d’un quart. Actuellement encore, bien que Rome n'ait plus guère que la dixième partie de ses ruisseaux artificiels et que la plupart des anciens aquedues dressent leurs arcades ruinées au milieu des campagnes sans culture, la

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