COURANTS ET SALURE DE LA MÉDITERRANÉE. A
de l’eau douce qu'ils ont reçue en surabondance : on ne pourrait s’'expliquer autrement la salure de la mer Noire, car depuis les âges inconnus où celte mer a cessé d’être en libre communication avec la Caspienne et l'océan Glacial, ses eaux seraient devenues complétement douces, grâce au Danube et aux autres fleuves, si un afflux d’eau saline plus pesante ne s’opérait pas dans la partie profonde des lits des Dardanelles et du Bosphore. Un shuple caleul démontre qu’en mille années les affluents de la mer Noire l'auraient purifiée de toutes ses molécules de sel.
A l’autre extrémité de la Méditerranée proprement dite, se produisent des phénomènes analogues. En eflet, Pévaporation est très-forte dans cette mer fermée, qui s'étend au midi de l'Europe, non loin de la fournaise du Sahara et du désert de Libye, et que parcourent librement les vents, en absorbant les vapeurs et en dispersant lembrun des vagues. Cette déperdition de liquide ne peut guère être inférieure à 2 mètres par année, puisque déjà dans le midi de la France la quantité d'humidité qui se perd dans l’espace est presque aussi considérable, L'eau restituée par les pluies étant évaluée à un demi-mètre seulement, el la tranche annuelle représentée par les fleuves tributaires atteignant à peine 25 centimètres, il en résulte que PAtlantique doit fournir chaque année à sa mer latérale une couche d'au moins À mètre d'épaisseur, soit approximativement une masse liquide de beaucoup supérieure à celle du fleuve des Amazones pendant ses crues. Get afflux de l'Océan, qui pénètre par le détroit de Gibraltar, est assez puissant pour se faire sentir au loin dans la Méditerranée et peut-être même jusque sur les côtes de Sicile, D'ailleurs il est, comme tous les courants, bordé de remous latéraux qui se portent en sens inverse, Aux heures de reflux, toute la largeur du détroit est oceupée par les eaux provenant de PAtlantique; mais quand la marée s'élève, Ja Méditerranée lutte plus énergiquement contre la pression de l'Océan, et deux contrecourants se produisent, Fun qui longe le littoral d'Europe, l'autre, deux fois plus large et plus puissant, qui suit les côtes africaines, de la pointe de Geuta au cap Spartel. En outre, un contre-courant profond emporte vers l'Atlantique les eaux plus salées, et par conséquent plus lourdes, du bassin méditerranéen,
Le mélange produit dans la Méditerranée par la rencontre des eaux appartenant aux divers bassins ne se fait pas assez rapidement pour leur donner une salinité qui soit sensiblement la même. La teneur en sels y est en moyenne supérieure à celle de l'Atlantique, à cause de Fexeès d'évaporation, principalement sur les côtes d'Afrique; mais dans la mer Noire
elle est de moitié moindre et varie beaucoup suivant le voisinage des fleuves
qui s'y déversent!, De même pour a température, les seuils et les détroits qui empêchent le mélange intime des eaux donnent aux profondeurs sousmarines de la Méditerranée des lois toutes différentes de celles de PAtlantique. Dans l'Océan, le libre jeu des courants amène sous toutes les latitudes des couches liquides de diverses provenances, les unes chauffées par le soleil tropical, les autres refroidies par les glacons polaires; mais ces couches d’inégale densité se superposent régulièrement en raison de la température : à la surface sont les eaux tièdes; au fond celles de la température approchent du point de glace. Dans la Méditerranée on n’observe une superposition analogue des couches liquides que sur une épaisseur d'environ 200 mètres, précisément égale à l'épaisseur du courant qui pénètre de PAtlantique dans le détroit de Gibraltar. A une profondeur plus grande, le thermomètre, plongé dans les eaux de la Méditerranée, ne constate vlus aucun abaissement de température : l'énorme masse liquide, presqu mmobile, se maintient uniformément entre 12 et 15 degrés centigrades; de 200 mètres jusqu'aux abîmes de 5 kilomètres, les observations donnent le même résultat, M. Carpenter croit seulement pouvoir affirmer que, dans le voisinage des régions voleaniques, Peau du fond est plus chaude de quelques dixièmes de degré que dans les autres parties du réservoir méditerranéen : il faudrait peut-être rattacher ce fait au travail de la fusion des laves qui s'opère au-dessous du lit marin.