PRÉSENT ET AVENIR DU PORTUGAL
Le petit royaume de Portugal n'en est plus maintenant, comme à la fin du quinzième siècle, à se partager le monde avec ses voisins les Espagnols, et c’est même à grand’peine s’il peut retenir en son pouvoir quelques faibles parties de son immense empire colonial d'autrefois. Pour garder le monopole de ses découvertes, le gouvernement portugais avait fait observer le secret le plus jaloux : peine de mort était prononcée contre l'exportation de toute carte marine indiquant là route de Calicut; mais de pareilles mesures ne firent de tort qu'aux Portugais eux-mêmes. En observant un tel secret pour leurs explorations, en veillant sur leurs archives avec tant de soin, ils finirent par oublier leurs propres conquêtes et par s’en interdire l'exploitation : mainte route des mers que leurs navires avaient découverte les premiers dut être retrouvée une seconde fois, et par les navigateurs d'autres nations. D'ailleurs, l'immense rôle de conquérants et de colonisateurs que s'étaient donné les Portugais était trop grand pour un petit peuple sans liberté. La nation fut bientôt épuisée, et d’autres acteurs, les Hollandais, les Anglais, les Français, entrèrent en scène sur ce vaste théâtre du monde que les Portugais avaient voulu garder pour eux seuls. Actuellement ceux-ci possèdent encore en dehors de l’Europe un territoire égal en superficie à vingt fois l'étendue de leur propre patrie, mais qu'est cela en comparaison de ce qu’ils ont perdu?
Les descendants de Vasco de Gama et d’Albuquerque n’ont plus, pour ainsi dire, qu’un pied à terre dans cette péninsule de l'Inde, dont ils ont eu la gloire de découvrir la route marine. Goa, Salsette, Bardez, Damäo, Diu, n'ont guère avec leur territoire plus de 4,000 kilomètres carrés, et n'appartiennent au Portugal que grâce à la bonne volonté de l’Angleterre. Macao, à l'entrée de la rivière de Canton, n’était, tout récemment encore, qu'un entrepôt de chair humaine, d’où les traitants exportaient des « engagés » chinois aux plantations du Pérou. Le monde insulaire qui rattache l'Asie au continent australien, et qui fut autrefois le domaine le plus précieux et le plus anxieusement surveillé des Portugais, se trouve maintenant presque en entier en d'autres mains, et les anciens conquérants n'ont plus qu'une moitié de l’île de Timor et l’îlot de Kambing. En Afrique, il est vrai, l'étendue des territoires auxquels prétend le Portugal est
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