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SAINTE-MAURE ET CÉPHALONIE

Bajazet, a été fort endommagé par les tremblements de terre. On pourrait croire qu'au milieu des salines et des lagunes basses où les marins ne se hasardent que sur des troncs d'arbres creusés et à fond plat, la fièvre règne en permanence ; toutefois Amaxikhi, de mème que Missolonghi dans sa vaste plaine noyée, est une ville relativement salubre, et les femmes y ont une apparence de fraicheur et de beauté remarquables. Au sud commencent les montagnes boisées qui vont se terminer en face de Céphalonie par le célèbre promontoire qui portait le temple d’Apollon. C’est un roc de soixante mètres de hauteur d'où on lançait les accusés dans la mer pour leur faire subir une sorte de jugement de Dieu; les amants s’en précipitaient aussi pour oublier leur passion, soit dans la frayeur de la mort, soit dans la mort elle-même.

Céphalonie, où mieux Cephallenia, est la plus grande des îles Joniennes, et la montagne qui la domine, 'Ainos où Elatos, le Montenero des Italiens, est la cime la plus éle:ée de l'archipel; du milieu de là mer d'Ionie, les matelots peuvent, par un temps favorable, voir d’un côté l'Etna de Sicile, de l'autre le mont de Céphalonie. Les forêts de conifères qui avaient valu à la haute montagne le nom de Montenero, ont été en grande partie dévorées par les incendies, mais il en reste encore quelques lambeaux, où se trouve un sapin magnifique d’une espèce particulière, Sur la croupe suprème de li montagne on voit encore les restes d’un autel de Jupiter. L'île est fertile et peuplée, mais son grand malheur est de manquer d'eau; la plupart des ruisseaux tarissent en été et les habitants sont parfois dans une véritable détresse, Le sol calcaire, tout fissuré, percé d'énormes entonnoirs, laisse passer comme un crible les eaux de pluie qui vont rejaillir en fontaines dans la mer elle-même, loin des campagnes altérées. En revanche, par un phénomène bizarre et peut-être unique, la mer de Céphalonie verse dans les cavernes de ses rivages deux abondants ruisseaux d'eau salée qui vont se perdre au loin en des galeries inconnues.

Le lieu de cette étrange disparition des eaux maritimes est à quelque dis- Lance au nord d’'Argostoli, ville que son port très-abrité, mais sans profondeur, à rendue l’une des plus commerçantes de Pile, et où se trouve une magnifique chaussée de sept cents mètres unissant les deux bords d’un golfe. Les deux ruisseaux marins sont assez considérables pour que leur courant puisse meltre en mouvement les roues de grands moulins qui n’ont cessé de fonctionner régulièrement, l'un depuis 1835, l'autre depuis 1899. Le débit commun des deux courants est d'environ deux mètres cubes par seconde, où plus exactement de 160,000 mètres cubes par jour. Cette eau S'amasse-L-elle dans les profondeurs du sol, en de vastes lacs que l'évaporation constante suffit pour maintenir au même niveau et où le sel s’amasse

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en couches épaisses ? ou bien, comme le pense le géologue Wiebel, l'excédant de ces eaux marines, réparti dans les fissures du sol en de nombreux filets, est-il ramené par un phénomène d'aspiration hydrostatique dans les ruiseaux souterrains d'eau douce qui parcourent le sol caverneux de Pile, et forme-Lil avec eux les fontaines d'eau douce saumät qui jaillissent en divers endroits à la base des collines? On ne sait, mais il est probable que le régime souterrain des eaux douces, salées, sulfureuses, est en

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