CHUTE DE PAULO AFFONSO
vers l'est, en de brusques détours, et le lit s’abaisse par une succession de g‘adins périlleux, étages supérieurs de la grande chute, « merveille du Brésil ». En amont de la cataracte, le Säo Francisco glisse en rapides au milieu d'un tel dédale d’iles, d'ilots, d'écueils et de pierres isolées que, pendant la saison des eaux basses, un sauteur hardi pourrait s'élancer de roche en roche et passer d'une rive à l'autre, quoique le fleuve roule alors plus de 1000 mètres cubes à la seconde’. En hautes eaux, le débit fluvial est probablement quintuple, car en cet endroit le Säo Francisco, à 100 kilomètres seulement de la mer, a déjà reçu tous ses grands affluents.
A l'approche de la cascade le fleuve se divise en plusieurs canaux entre trois îles allongées et des ilots adjacents, formés d’une roche compacte de gneiss, À l'extrémité des îles les divers courants, plus ou moins nombreux suivant l'abondance des eaux, atteignent le rebord du plateau et plongent dans l’abime à 85 mètres de profondeur. Sauf en temps de grande crue, la chute ne se fait pas d’un seul jet : l'eau s’abat sur une première saillie à 10 mètres du rebord, puis, prenant un second élan, tombe à 15 mètres au-dessous, et le troisième bond seulement l’entraine au fond du gouffre, mais ce que la masse plongeante perd en majesté elle le gagne en imprévu et en puissance de vertige par les colonnes d’eau qui s'entreheurtent et rebondissent en paraboles dans l'air, dardant au loin leurs fusées d'écume irisée. La plus forte masse d’eau, contenant le fleuve presque entier, quoiqu’elle n'ait guère plus de 16 mètres de largeur moyenne”, s'échappe du lit le plus rapproché de la rive droite; l’eau des autres cataractes vient, par un canal étroit qui longe la base de la muraille, se réunir à l'onde tourbillonnante et s'enfuit avec elle dans une garganta, formidable cluse à parois verticales sciée dans la roche et où des saillies surplombantes semblent indiquer l'existence d'anciens ponts naturels franchissant jadis la gorge avec 80 ou 100 mètres de portée. Pour contempler la cataracte sous son aspect le plus sauvage, on se place d'ordinaire dans une grotte que la désintégration graduelle de la falaise sous la poussière humide a fini par excaver. Lors des grandes crues, les arbres apportés par le fleuve et tournoyant en procession se heurtent à l'orée de la caverne : les paysans viennent alors les pêcher et en font des amas qu'ils brûlent pour tuer les vampires, ces chauves-souris si dangereuses pour leur bétail, qui s’attachent par dizaines de milliers aux voûtes des
* Richard Burton, Highlands of Brazil.
2 Avé-Lallemant, Reise durch Nord-Brasilien.
galeries, Il arrive aussi que les grottes soient envahies par les eaux et
qu'en amont de la chute l'inondation se répande au loin dans les cavités