‹ Nouvelle géographie universelle [microforme]Chapitre 139 sur 401 · partie soixante mille es · texte numérisé non relu

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XIX 51

savantes n'ont pas l'importance à laquelle on s’attendrait dans une cité si peuplée; cependant elle possède l’une des deux écoles brésiliennes de médecine, Les Bahianais se distinguent parmi les Brésiliens par leur prestance, leur beau langage, et ils ont toujours eu dans le gouvernement de la nation une part considérable, Bahia est plus « brésilienne » que Rio : elle n'a point le caractère cosmopolite de la capitale, et ses maisons, en grand nombre revêtues de faïences vernissées, ressemblent plus à celles de Lisbonne. Une des églises a été construite avec des pierres venues toutes laillées du Portugal.

Le port de Bahia, défendu contre les vents de l’est et du sud-est par la masse péninsulaire où s'élève la ville, est exposé à la houle du sud qui pénètre dans la baie par la large entrée; cependant quelques bancs, des roches et un écueil, sur lequel se dresse le fort do Mar ou Säo Marcello, rompent la force des vagues : les grands navires mouillent à distance du rivage. On n’a pas encore donné suite au projet qui enclavera, devant les quais, un espace maritime de plus de 100 hectares en vue d'établir un port fermé au moyen de deux brise-lames, l'un de 2 kilomètres, partant de l'extrémité septentrionale de Bahia pour aller rejoindre le fort de Säo Marcello, l'autre s'enracinant au quartier méridional où se trouvent l'arsenal et la douane, pour se terminer en un musoir correspondant au fort. Des cales sèches, creusées dans le granit noir ou coraçäo de negro, complèteront le port futur. Le sucre, le tabac, le café, le coton, le bétail, les cuirs alimentent le trafic de Bahia‘, admirablement approvisionnée des produits du sol : le marché est une merveille par l'abondance et la variété des fruits, non moins que par la diversité des types blancs, noirs et croisés à l'infini, qu'on rencontre en groupes pittoresques. Quelques navires baleiniers poursuivent dans les parages environnants les cétacés, dont l'huile était naguère utilisée pour l'éclairage de la cité et que l’on expédiè actuellement en Europe; par les vents du sud, les baleines entrent fréquemment duns la baie, et des barques se mettent à leur poursuite, un harponneur se tenant à l'avant, l'arme en arrêt : on capture en moyenne une cinquantaine de cétacés par an’. Une fonderie de spermaceti s'élève

t Valeur des échanges à Bahia en moyenne .

Importation... . . . . . . . . 50 000 000 francs. Exportation . . . . . . . . . . . 44000000 »

94 000 000 francs.

Ensemble.

Mouvement de la navigation en moyenne : 3000 navires portant 1 700 000 tonnes. Rendement de la douane en 1890 : 11214 000 milreis, environ 22 000 000 francs.

? Antonio Alves Camara, Bolctim da Sociedade de Geographia do Rio de Janeiro, 1889.

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BAHIA, RECONCA VO. 291 é si dans la ville; il en existait d’autres dans l'ile d'Itaparicä, où, vers 1815, de | la plupart des clôtures, autour des jardins et des cours, étaient faites en os leur de baleine‘. On a trouvé quelques gisements de charbon dans cette île, rne- longue terre dont une ville occupe l'extrémité septentrionale. D'une très ne » grande fertilité, elle est fameuse par l'excellence de ses produits, aussi ses bien que par son doux elimat : on lui donne le surnom d° « Europe lent des pauvres », parce que beaucoup de Bahianais, petits artisans et des bourgeois, y vont en villégiature. Lors de la guerre d'indépendance, la Grande-Bretagne, dont le Portugal était débiteur, s'offrit à prendre l'ile | par d'Itaparicä en payement de la dette. C'eût été livrer la clef du Brésil | sud aux Anglais. Le Portugal rejeta l'insidieuse proposition. ancs, Sur le revers océanique de la péninsule, Bahia se complète par des fau- “ello, bourgs de villas, entre autres Rio Vermelho, aux maisonnettes éparses sur e du les coteaux gazonnés et dans les verdoyants ravins : au nord, des groupes nt les de maisons élégantes se prolongent sur les collines et dans la presqu’ile ir un de Bomfim, d'où l’on contemple le magnifique panorama de la ville, du artant golfe et de deux ports, au sud Bahia. au rord Itapsgipe; l'£dlise élevée e Sûo sur les pentes orientales du coteau boisé est, dit-on, la plus riche du uvent Brésil; la statue de la Vierge y disparait sous les diamants. Tout le pour-

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tour de la « Baie », le Reconcavo ou la « Conque », se borde d'agglomérations commerçantes, qui communiquent avec Bahia par de petits bateaux à vapeur côtiers, évalués à plus de mille.

Santo Amaro, sur la rivière de même nom qui débouche à l'extrémité septentrionale de la baie, est une jolie petite ville, entourée de champs de cannes et autres cultures, traversée par un chemin de fer : en aval, la ferme agricole de l'État borde la rive gauche de l'estuaire. Sur le Paraguassé où « Grand Fleuve », qui se déverse dans la partie occidentale de la baie, Cachoeira, la cité principale, a pris son rom des chutes qui interrompent le courant : elle est l’entrepôt nécessaire de toutes les denrées qui viennent de l'intérieur dans la direction de Bahia et complète yenne la capitale comme tête de pont sur la rive du continent. Le tabac, le lève produit le plus estimé du pays, le café, les fruits sont expédiés de Cachoeïira ou de son avant-port Maragogipe, très connu par les planteurs

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de cafiers pour sa variété de baie jaunâtre; quant au bétail des sertôes et de la vallée du Säo Francisco, il a pour marché principal une ville située au nord, la Feira ou « Foire » de Santa Anna. La force d'appel du commerce qui se dirige vers le bas Paraguassé se fait sentir au nord

! Maximilien de Wied-Neuwied, l'oyage au Brésil, traduction par J. B. B. Eyriès.

jusque dans le Piauhy, à l'ouest et au sud-ouest jusque dans le Goyaz. Un pont-viadue, composé de quatre travées ayant chacune 92 mètres, “et qui est encore (1895) le plus remarquable de tout le Brésil, unit Cachoeïra et son faubourg de la rive droite, Säo Felix, point de départ d'un chemin de fer qui remonte la vallée du Paraguassé vers Lençôes, dans une région diamantifère. Les trésors que l’on y découvrit en 1845 attirèrent aussitôt des milliers de mineurs et l’on recueillit dans les graviers une quantité de diamants évaluée dans la première année à 66000 francs par jour’. Les gisements de Lençôes et de la Chapada Diamantina, qui dominent à l'ouest la vallée du Paraguassü, sont les prineipaux pour fournir ces « carbonades » ou diamants noirâtres et amorphes que l’on emploie au percement des tunnels*; cependant le pays n’a plus guère d'autre importance que ses cultures et ses pâturages. Le chemin de Cachocira aux sources du Paraguassü devra se continuer à travers les plateaux jusqu'au rio Sûo Francisco.

La ville de Nazareth, située à la tête de navigation de l'estuaire du Jaguaripe, qui s'ouvre directement au sud de l’île Itaparicä, est, comme Cachoewa, un entrepôt continental de Bahia; elle alimente de manioc les habitants de la capitale, et possède également un chemin de fer qui lui apporte les denrées de l'intérieur, Bahia s’approvisionne de vivres par une voie ferrée qui remonte directement au nord, vers la ville d'Alagoinhas, où elle se bifurque : d’un côté pour longer le littoral à dislance à travers les plantations de cannes et de tabac jusqu’à Timbé, près de l'Itapicurü; de l'autre pour se diriger au nord-ouest vers Villa Nova da Rainha, d'où elle gagnera la ville de Joazeiro en amont des chutes du Säo Francisco. C'est à l’est de cette voie ferrée, près de la ville de Monte Santo, que l’on a découvert en 1784 le fameux météorite de Bendeg6, bloc de 5545 kilogrammes, transporté depuis à grands frais de son gisement dans le sertäo jusqu'au musée de Rio de Janeiro.

Au sud de la baie de Tous les Saints les villes se succèdent sur le littoral, assez rapprochées : Valença, qui fabrique des tissus de coton dits les meilleurs du Brésil; Taperoa, cachée par un cordon d'îles et d’ilots; Camamü, marché de denrées agricoles très fréquenté et possédant dans le voisinage le port d'Acarahy, le plus profond, le plus vaste et le mieux abrité de ces parages après le port de Bahia; Contas ou Barra do rio do Contas,

dont le fleuve descend d'une riche région diamantifère; Iheos, — Säo

1 Reybaud; — Richard Burton, ouvrage cité.

8 G. R. Blot, Notes manuscrites.

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LENCÇOES, NAZARETIH, ILHEOS, CANAVIEIRAS. 293

Jorge dos Ilheos, — ainsi nommé des îlots qui protègent sa rade. Villette peu animée, n'ayant d'autre commerce que l'expédition des bois, Iheos a pourtant une histoire : elle se fonda dès l'an 1550, dix-neuf ans avant Bahia, et devint importante lorsque les Jésuites en firent le centre de leurs missions dans le pays des Aimores. L'exploitation des mines d'or dans les montagnes voisines lui donna un trafic considérable ; mais ces mines s’appauvrirent, et les Indiens sauvages ont fermé les chemins de l’intérieur : le vide s’est fait dans l’ancienne colonie, tandis que la vie se reportait vers d'autres points du littoral. On essaye de faire renaître Ilheos par l'envoi de colons agriculteurs et artisans qui tracent des routes à travers les forèts et utilisent pour l'industrie les forces des torrents.

Dans le labyrinthe des eaux qui unissent les embouchures du Poxim, du Pardo et du Jequitinhonha, Canavieiras, ancien lieu de déportation politique, prospère malgré l'humidité des terres; à 2 kilomètres de la mer, elle ne donne accès qu'aux bateaux calant moins d’un mètre et demi; cependant elle exporte du cacao, de la résine de copal, des fibres de piassava et des bois de palissandre ou « jacaranda » : un village voisin en a reçu le nom. En amont, sur le Pardo, des milliers de chercheurs fouillèrent de 1882 à 1886 les graviers de Salobro pour y trouver des diamants; mais une terrible épidémie de variole dépeupla la ville naissante, et maintenant les mines sont presque complètement abandonnées. Au sud de Canavieiras, des groupes de cocotiers cachent le port de Belmonte, qui a donné son nom au bas Jequitinhonha, et qui par ce fleuve entretient un certain commerce avec les districts orientaux de Minas Geraes. C’est dans les hautes vallées du bassin que se trouve la fameuse cité minière Minas Novas, fondée par des mineurs paulistas dans le pays des Indiens Macussi, aux premières années du dix-huitième siècle : elle prospéra rapidement, mais déchut aussi vite, à la suite des règlements tracassiers par lesquels on prétendait en haut lieu protéger l'extraction des métaux. Les topazes jaunes, les aigue-marines de Minas Novas enrichissent les musées.

Un chemin de fer, partant du port de Caravellas, à l'extrémité méridionale de l'État de Bahia, pénètre dans les hautes vallées aurifères en passant par la ville de Philadelphia, — Theophilo Ottoni, — centre de colonies agricoles fondées sur les bords du Mueury. Cette voie ferrée, qui doit aboutir au port de Guaicuhy, à la jonction des deux fleuves Säo Francisco et rio das Velhas, donne la prépondérance à Caravellas parmi

1 G.R, Blot, Cannaviciras, Rapport sur les mines de Diamant, 1892,

tous les ports du Bahia méridional ; quelques navires s'y livrent à la pêche de la baleine dans les archipels des Abrolhos. Au commencement du siècle une petite colonie de Chinois que le gouvernement avait fait venir à Rio de Janeiro pour la culture du thé, fut transférée à Caravellas, où elle s'éleignit promptement'. L'immigration se porte vers cette ville, tandis

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