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empêche la libre aération. Quoique dans le voisinage immédiat de l'Océan, arbres et arbustes poussent droits dans les avenues et les jardins, les larges feuilles des bananiers ondulent sous des souffles affaiblis et ne se déchirent pas en lanières comme au vent du large. L'air qui pèse sur la ville et sur la vaste serre chaude des alentours ne se renouvelle pas assez fréquemment. Les habitants tâchent d’y suppléer par la construction de demeures où la moindre brise du dehors passe librement : au lieu d'éviter les « courants d’air », ils les sollicitent. Les magasins sont généalement disposés en longs corridors où ne pénètrent pas les rayons du soleil et que traverse un vent léger et rafraichissant. Dans les villas des faubourgs, les vastes salles, aux baies largement ouvertes sur la campagne, semblent elles-mêmes, avec leurs fleurs, leurs feuillages, leurs parfums, un prolongement des jardins. L'eau coule en abondance dans tous les quartiers : on évalue à 200 litres environ l’approvisionnement d’eau par habitant, mais il varie de l’une à l’autre saison‘. Actuellement on s'occupe de capter de nouvelles sources pour la ville grandissante ; déjà depuis longtemps Rio ne dépend plus pour son alimentation journalière de la seule source de Cariôca, qui naît dans les montagnes au nord du Corcovado et qui pénètre dans la ville, franchissant une vallée par un bel aqueduc. On donne souvent aux Fluminenses le surnom de Cariôca, d’après l’eau pure dont ils aiment à vanter l'excellence et que buvaient autrefois les improvisateurs indiens. Les forêts des environs, protectrices naturelles des sources, sont devenues propriété de l'État, qui en interdit l’exploitation ; mais on y a tracé des chemins, entre autres les merveilleuses allées de la Tijuca, d’où l’on voit le panorama de la cité dans toute sa splendeur. Des réservoirs ou caizas d'agua, bien entretenus et entourés d’arbustes et de fleurs, s’espacent de distance en distance sur le parcours des canaux souterrains. Le plus remarquable est celui de Pedregulho, près de Säo Christoväo, au nord-ouest de la ville. Il peut contenir 40 millions de litres et reçoit son eau de la rivière de Ouro, qui coule à une cinquantaine de kilomètres au nord. Un chemin de fer spécial réunit la prise d’eau à l’un des quartiers extérieurs.
Rio n’est pas une cité de monuments. Les églises, en style jésuite, sont des copies de copies, et, sauf quelques-uns, les édifices de construction récente ressemblent pour la plupart à de grandes casernes : ceux auxquels on a cherché à donner un aspect élégant pèchent par leur
! Approvisionnement d'eau de la cité de Rio en 1892 :
125400 mètres cubes par jour pendant la saison humide; 94285 pendant la saison sèche.
ornementation vulgaire. Le Fiscal, palais non encore-utilisé, qui dresse
ses tourelles dans l'ile dite anciennement dos Ratos, en face du port de I] la douane, est un charmant édicule de granit dur, admirablement taillé, | À fouillé même en sculptures. Dans la ville, le Cabinet de Lecture portugais | M 2 est construit en matériaux apportés de la mère patrie et décoré exté- (1 rieurement de statues qui rappellent les œuvres du couvent de Batalha. 1 Enfin un palais commercial inachevé, mais déjà majestueux et splendide, (l | s'élève dans le quartier des banques entre la rue de Ouvidor et la | douane. Quand aux maisons proprement dites, les plus intéressantes sont | encore les lourdes bâtisses que l’on doit aux premiers constructeurs porlugais; mais les parements de faïence, qui décorent presque toutes les maisons de Lisbonne, manquent à Rio : ils seraient pourtant fort utiles ns pour lui donner un aspect de propreté. Dans les faubourgs de plaisance, | de nombreuses demeures, bien adaptées aux conditions du climat, sont nl fort jolies à voir, quoique souvent chamarrées de plâtres, simili-marbres et dorures. Nulle cité n’a d'avenues au caractère plus monumental que | LU les allées de palmiers oreodoxas, fûts de colonnes sans défaut, qui se dres- 1] sent dans tous les jardins, hauts de 20 mètres ou davantage; mais ces merveilleuses propylées d'arbres ne donnent point accès à des édifices dignes de leur magnificence.
Partant 'du centre de la ville, l’industrie, le commerce gagnent peu à peu les faubourgs, et déjà maint groupe, jadis ombreux, de paisibles villas se transforme en un bruyant quartier de trafic. Rio de Janeiro a toutes les industries d’une grande cité, mais elle n’a point de spécialité manufacturière d'importance capitale. Elle possède des filatures de coton et des fabriques de tissus, des fonderies, des ateliers de menuiserie et de marqueterie, des chantiers de construction. Plusieurs bassins de carénage ont élé creusés dans le roc vif des collines de Saüde, au nord de la ville, et de l’île de Cobras, des deux côtés de l'arsenal de marine. Rio exporte surtout des cafés, dont les magasins occupent presque tout le quartier commerçant du nord'. Les articles manufacturés viennent encore du dehors pour une très forte part. Rio de Janeiro importe non seulement les denrées et les marchandises nécessaires à sa propre consommation et à celle des provinces dont elle est le havre, elle sert d’entrepôt à d’autres. ports brésiliens qui viennent s’y approvisionner par la voie du cabotage ; toutefois ce genre de commerce diminue depuis que les lignes