POPULATION DU PARAGUAY
Le premier recensement du Paraguay date de la fin du sièele dernier : d'après Azara, la population totale de la province, y compris les Indiens des Missions, aurait été de 97 480 individus. Depuis cette époque jusqu'au commencement de la guerre, le pays se maintint dans une paix parfaite, même lors du changement politique produit par le mouvement d'indépendance, et l'accroissement des Paraguayens, dont les familles sont très fécondes, fut certainement très considérable, Si l'on en croit un document publié en 1867 par ordre du dictateur Solano Lopez, le nombre des Paraguayens aurait été alors de 1557439; malheureusement les chiffres de détail relatifs à ce recensement n'ont jamais été rendus publies : aussi plusieurs écrivains ont mis en doute la possibilité d'une augmentation aussi considérable, sans appoint d’une immig ration semblable à celle des États-Unis. En eflet, depuis la fin du dix-huitième siècle la période de doublement pour la population aurait été moindre de douze années, phénomène dont on a vu des exemples en quelques endroits privilégiés, mais qui paraît extraordinaire pour un pays de grande étendue comme le Paraguay. Toutefois, si le nombre de résidents avait été réellement moins élevé, on ne saurait comprendre qu'un si petit peuple ait pu, pendant sa guerre de einq années contre Îles trois puissances, réaliser de pareils prodiges. Non seulement les forces organisées comprenaient dès le début de la guerre plus de 50000 hommes, mais le pays, étant complètement bloqué et n'ayant aucune communication possible avec l'extérieur, des milliers de Paraguayens eurent encore, out en formant une réserve de bataille, à construire les batteries flottantes et les bateaux à vapeur, à réparer les vaisseaux endommagés, à fondre les canons, à fabriquer les armes, les munitions de guerre et les uniformes: enfin, quelque sobres que soient les descendants des Guarani, il fallait vivre, et ceux qui n'étaient pas enrôlés où employés directement aux travaux militaires devaient cultiver le sol et transporter les produits. Tandis que les Alliés disposaient par leurs emprunts des capitaux de l'Europe et de toutes les ressources que donne le commerce, le Paraguay avait à trouver en lui-même tous ses moyens de défense,
En 1887, dix-huit années après la guerre, on procéda à un nouveau dénombrement, et cette fois on ne trouva que 259 774 habitants : d'après ces chiffres, la guerre aurait coûté plus d’un million d'hommes, les quatre
cinquièmes de la population! Mais à l'époque où se fit ce recensement le régime du pays avait changé, et les habitants répondaient moins volonliers aux fonctionnaires : les évaluations officielles portèrent le chiffre probable à 550000 individus. D'après d'autres autorités", l'accroissement normal, de 5 pour 100 par année depuis la guerre, permet d'estimer à 500 000 les Paraguayens policés qui en 1890 peuplaient le territoire de la République. I faut y ajouter les Indiens, au nombre présumé de trente mille, qui habitent les plaines du Chaco, entre le Pileomayo et le Paraguay. L'immigration contribue maintenant pour une certaine part à peupler la contrée. Déjà le recensement incomplet de 1887 comptait 7896 étrangers, et, depuis, les arrivées ont été à peu près d'un millier par an, même de 2595 en 1890. Les Argentins sont de beaucoup les plus nombreux parmi ces nouveaux venus, grâce à la facilité des voyages ; d'autre part, quelques Brésiliens sont descendus des hauts par l'Iguazt: parmi les étrangers on trouve aussi des représentants de toutes les nations du Nouveau Monde et de l'Europe, surtout des Italiens, On à constaté dans les recensements partiels, aussi bien que dans Îles registres d'état civil et les actes de baptême, que les filles naissent en plus grand nombre que les garçons. Ce phénomène, qui se retrouve dans la démographie du Japon, est fort rare dans toutes les contrées où se font des statistiques sérieuses, Cepertdant Azara avait déjà signalé le fait à la fin du siècle dernier et fixait même la proportion des sexes : 14 femmes pour 15 hommes, La plupart des voyageurs qui ont parcouru le Paraguay ont fait des observations analogues.
Très en retard sur les autres peuples policés, les Paraguayens se lrouvent dans une période économique comparable à celle des mamelucos de lAmazone et des Indiens de l'intérieur du Brésil. Leur travail le plus lucratif n'est ni la culture du sol ni, moins encore, la mise en œuvre industrielle des matières premières, mais la cueillette dans les forêts: au Chaco, à l’ouest du fleuve, la seule industrie est celle des obrages ou l'abatage des bois: les forêts de caoutehouquiers qui existent, dit-on, sur les frontières du Brésil, ne sont pas encore exploitées. Le Paraguay est considéré d'ordinaire comme ayant le monopole de la yerba maté (ilex paraguariensis), quoique les États méridionaux du Brésil posstdent également la plante et fassent une exportation considérable de ses produits; mais il faut dire que la yerba du Matto Grosso brésilien passe par le Paraguay et que dans le commerce on la livre comme
1 E. de Bourgade la Dardye, ouvrage cité.
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