DR CREER
l'importance que depuis l'année 1836 présente l'immigration euskarienne dans la Bande Orientale. Les Basques n'ont pas été recensés à part, mais ils comprennent probablement plus de la moitié des 98 000 Espagnols «el Français qui peuplent FUruguay. Nulle part en dehors de leur pays les Euskariens, entraînant après eux une forte immigration de Béarnais, ne sont groupés d'une manière plus intime, sans maintenir pourtant le lien national. Peu à peu les Etchegaray, les Etchebarne, les Harispe se fondent dans la masse hispanifiée.
L'agriculture et l’industrie pastorale constituent les richesses de la Bande Orientale, et, grâce à l'augmentation des habitants, les champs et les jardins empiètent sur les terrains de pâture. On évaluait en 1891 la surface du sol cultivé en froment, maïs et autres denrées à 460 000 hectares, soit à la quarantième partie de la République; sept années auparavant, elle était moindre de moitié". La récolte de froment «! autres céréales dépasse les nécessités de la consommation locale. La vigne, traitée par les méthodes françaises, mais envahie déjà par le fléau du phylloxéra, se développe surtout dans les environs de Salto. Quant an bétail, les troupeaux en sont vraiment prodigieux, comparés à ceux des nations européennes; mais les bœufs, les chevaux ont diminué* : les moutons seuls se sont accrus dans la période récente, et l’on dit que dans les deux années écoulées de 1891 à 1895 leur nombre se serait augmenté de plus de 2 millions; la superficie moyenne des domaines s'étant réduite, quoique de très vastes es{ancias appartiennent encore à des propriétaires isolés ou à des syndicats financiers, il était naturel que les animaux de petite taille prissent la place du gros bétail errant à demi sauvage. Mulhall évalue le rendement annuel du bétail dans l'Uruguay à 185 millions de franes par an et celui de la culture à 60 millions; la plus grosse part de ce revenu appartient à des propriétaires nés en dehors de la Bande Orientale. Les hypothèques, évaluées à plus de 100 millions de francs, pèsent lourdement sur la propriété foncière. Le territoire de la République comprend 20000 propriétés urbaines et 25000 propriétés rurales, soit 45 000 cotes supérieures à 600 piastres ou 5000 francs, et par conséquent sujettes à l'impôt. En tenant compte des familles, on voit que près de la moitié des Uruguayens se composent de propriétaires. D'après les statistiques de la richesse terri-
# M. G. and E, T. Mulhall, ouvrage cité.
#? Cheptel de l'Uruguar :
1860 1884 1890 Chevaux, . . 740 000 670 000 960 000 Bœufs, . . . » 220 000 6 850 000 à 280 000
Moutons . . . 2 590 000 10 540 000 15 760 000
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INDUSTRIE DE L'URUGUAY. d70 toriale, des étrangers, en majorité Basques et Italiens, possèdent plus de la moitié du territoire de la République : sur les frontières du Rio Grande, les plus riches propriétaires sont des Brésiliens, À Montevideo, les deux tiers des immeubles appartiennent à des natifs d'outre-mer".
Les industries de l'Uruguay sont naturellement celles de l'Europe, puisque tous les corps de métier, toutes les professions sont représentés par des immigrants dans la force de l'âge et l'audace de la volonté. L’industrie prépondérante, celle que l'Uruguay partage avec l'Argentine et le Rio Grande do Sul, est celle de la viande : en proportion du territoire et des habitants, la Bande Orientale dépasse même ses voisins par l’activité des abattoirs. Naguère, lorsque les bestiaux parcouraient librement les pâturages, le travail le plus pénible des estancias était de réunir des animaux dans l’espace étroit d’un rodeo, où les peones ou bouviers, armés du lazo, tournaient au galop autour des bêtes et les capturaient successivement pour les marquer au fer chaud des initiales du propriétaire et les trier pour la vente, l'abatage ou la reproduction. Mais ces anciennes méthodes ne sont plus pratiquées que dans les départements du nord; dans les régions du sud, où la terre a plus de valeur, on ne laisse plus errer le bétail à perte de vue dans les savanes : on le parque en des enelos, on surveille de plus près son entretien, on le maintient à l’état domestique; l'accroissement de sa valeur marchande fait qu'on le soigne davantage. Chaque année l'on tue plus d'un million d'animaux, soit pour la consommation locale, que l’on peut évaluer à un bœuf par habitant, soit pour l'exportation des chærs, des cuirs et autres produits.
On a fait de nombreux essais pour transporter directement la viande fraiche aux pays étrangers en employant des appareils frigorifiques; mais ces diverses tentatives n’ont encore réussi qu'incomplètement, la congélation ayant pour effet de rendre la chair moins savoureuse”. On continue de traiter presque toute la viande abattue dans les saladeros comme aux premiers temps des tueries primitives. Mais aujourd’hui le travail se fait d'une façon plus méthodique. Une savante division du travail et un outillage parfait règlent le massacre : les animaux entrent dans le parvis de l'abattoir et sur chacun d'eux successivement s’abat le lazo fatal, dont
{ Statistique de la proprièté en 1891 :
Orientaux. . 22774 propriétaires; $ 119 240 000 valeur totale; $ 5 200 par tète, Étrangers. . 25018 ) $ 137 160 000 ) 8 5500 »
Ensemble, 47792 propriétaires; $ 256 400 000 valeur totale; $ 5 300 par tête, # Simonnet, Notcs manuscrites,
l'extrémité est prise dans un étau à vapeur; le bœuf, entrainé dans un passage étroit, s'engage sous la traverse où se tient le boucher; sa tête s'arrête un moment contre le bois, et le coap s'abat, tranchant la moelle épinière. La masse pantelante tombe sur un chariot de fer qui roule par élans successifs devant les ouvriers, coupeurs de têtes, écorcheurs, saigneurs, découpeurs, et bientôt la chair, encore frémissante, pend aux crochets de l'usine, à moins qu'on ne la plonge dans les chaudières où se fait la séparation de la graisse et des os; des opérations chimiques plus délicates séparent et dosent les divers ingrédients qui servent à la fabrication de l'extrait de viande. Tout s'utilise dans les grands saladeros : les euirs, les suifs, les os et les débris de toute nature, transformés en guano.
Le commerce extérieur de la Bande Orientale, dont les quatre cinquièmes consistent, à l'exportation, en produits des saladeros et des troupeaux", s’accroit de décade en décade, quoique les révolutions, les épidémies, les crises financières occasionnent de brusques reflux* : on peut en juger par les oscillations de la valeur officielle des terres, cotées en 1889 à deux fois la somme qu'elles représentaient commercialement l'année suivante*. L'Uruguay a pour principal client la Grande-Bretagne, suivie de près par la France, qui achète les laines, concurremment avec là Belgique : en 1890, le Brésil, la Belgique, les États-Unis venaient ensuite par ordre d'importance. Le port de Montevideo concentre plus des deux tiers du trafic et presque les trois quarts de la navigation.
1 Exportation de la viande, des cuirs et des laines en 1890 : 23 440 000 # ou 126 576 000 francs.
? Ensemble de la fortune publique de l'Uruguay, évaluée à la fin de 1892 : 2 727 000 000 francs, soit 3 840 francs par personne. 5 Commerce de l'Uruguay en 1890 :
Importation, . . . 32 400 000 # ou 174 960 000 francs. Exportation. . . . 29 100 000 # ou 157140000 »
Ensemble. . . . 61 500 000 # ou 552 100 000 francs
Commerce en 1891 : Importation. . . . 18 900 000 $ ou 102 060 000 francs. Exportation. . . . 26 900 000 # ou 145260000 »
Ensemble. . . . 45 800 000 # ou 247 520 000 francs. # Mouvement de la navigation dans les ports de la Bande Orientale en 1892 : Navires au long cours et caboteurs :
Entrées, . . . . . 19 785 navires, jaugeant 4 270 045 tonnes, Sorties, . . . . . 12689 » » 4976905 »
Ensemble, . . 25474 navires, jaugeant 9 246 948 tonnes.
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lus des deux