LAC ARGENTINO, RIO SANTA CRUZ
comme le Viedma, il fut autrefois beaucoup plus élevé, et sur le pourour du bassin on distingue nettement deux anciennes rives : la plus haute, rocheuse et couverte de blocs erratiques; l'autre, bordée de dunes, que le vent d'ouest éleva en poussant le sable des plages. De mème que les lacs des Alpes suisses, ceux des Alpes argentines, cuvettes de plissement parallèles aux crêtes voisines, paraissent d'une grande prolundeur. Moreno, disposant d'une sonde de 37 mètres, ne trouva pas le fond du lac Argentino à 3 kilomètres de la rive occidentale, la moins abrupte du pourtour, De même que dans les fjords, — et ces les furent peut-être des fjords comme ceux du versant opposé des Andes, — l'extrénmité tournée vers la haute mer est la moins profonde et les abimes se eusent vers la base des monts, à l'endroit où le bassin lacustre se ramifie en canaux tortueux entourant des roches péninsulaires, Là, chaque branche du lac reçoit son affluent de glaces, dont les débris flottent lentement vers la sortie du fleuve,
Le rio Santa Cruz, émissaire de la chaîne des lacs qui commence au Viedma, s'échappe de la baie orientale du lac Argentino, à quelques kilomètres de la bouche du rio Leona : les deux cours d'eau se continuent comme les moitiés d'une mème rivière. Le courant est interrompu de apides que les embarcations ne peuvent franchir à la montée, à moins d'être trainces à la cordelle et soulevées à bras d'hommes; à la descente, lors des crues, les esquifs sont emportés par-dessus les obstacles avec une vitesse de 20, même de 25 kilomètres à l'heure; la masse liquide qui s'épanche par ce canal représente, d'après Moyano, l'énorme débit de S5o mètres cubes par seconde : certainement le Santa Cruz est le plus abondant des fleuves de Patagonie. En admettant que la chute d'eau moyenne dans le haut bassin de Santa Cruz représente une couche de 119 millimètres par an, — chiffre qui parait très rapproché de la vérité, — la surface de terrain nécessaire à la formation d'une rivière de celte force dépasse 35 000 kilomètres carrés; telle doit étre au moins l'étendue du bassin qui alimente les lacs Viedma et Argentino. L'eau du Santa Cruz, moins froide que l'air ambiant, provient certainement de régions plus chaudes, notablement plus rapprochées de l'équateur. Toute l'eau que roule le fleuve s'échappe des lacs : déjà Fitzroy avait reconnu à sa transparence parfaite qu'elle devait sortir de grands réservoirs lacustres; les rares pluies qui tombent à l'est dans le bassin fluvial se perdent dans les cendres volcaniques. Le fond du lit, de mème que les rives et les terrasses des roches latérales, est recouvert de blocs erratiques, masses énormes ayant jusqu'à 500 mètres cubes. La profonde vallée
du rio Santa Cruz fut autrefois le déversoir des roches andines, soit parce qu'un glacier les poussait vers la mer, soit parce qu'elles descendaient sur les eaux d'un fjord, poussées par le vent d'ouest, Des masses bisaltiques, couvertes de scories, rétrécissent le cours fluvial, À son extrémité orientale, la vallée du fleuve, dominée par des hauteurs de 50 à 120 mètres, a tout à fait l'aspect d'un ancien détroit marin, et Darwin suggéra l'idée que cette coupure du plateau aurait été un passage entre