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TUCUMAN, SANTIAGO DEL ESTEROU

qui appartenait aux Jésuites. Tucuman à quelque célébrité comme centre intellectuel : un de ses collèges passe pour l’un des meilleurs parmi les établissements scolaires de la République. Les deux bourgs les plus animés de la province après Tucuman, Monteros et Medinas, également situés sur des affluents du rio Dulce, participent aux industries agricoles du chef-lieu.

Santiago del Estero, « Saint-Jacques du Marais », fut le centre de l’andenne province de Tuema ou Tucuman, qui se soumit au pouvoir des Incas dès le commencement du quatorzième siècle. En cet endroit les conquérants espagnols établirent (1553) la première ville permanente de leurs possessions platéennes, qui fut longtemps connue sous le nom de Tueuman, transféré maintenant à une cité plus prospère. Bâtie sur la rive droite du rio Dulce, dans une plaine d’environ 200 mètres en altitude, Santiago est, comme l'indique le surnom del Estero, environnée de lacs et de marécages, lits encore humides que laissa le fleuve errant. En 1635, une crue renversa la moitié des maisons; une partie de la population émigra vers Tucuman; l’autre se dirigea vers Cérdoba. La ville délaissée, souvent exposée aux attaques des Indiens, resta sous le gouvernement des Jésuites, qui firent de la contrée un autre Paraguay pour la discipline des indigènes policés, travailleurs de leurs propriétés. Les populations se ressemblent beaucoup de part et d'autre : même propreté, même aimentation presque exelusivement végétale, même usage du maté comme boisson stimulante, même goût pour le jeu de la harpe, instrument national‘. Après la proclamation de l'indépendance argentine, Ibarra, dictateur et maître absolu pendant trente années, fit tous ses efforts pour maintenir son domaine en dehors des agitations, mais par cela même en dehors du progrès ambiant. Santiago n’était plus guère qu’une ruine aux maisonnettes d’adobes rongées par le salpêtre. Cependant la ville, qu'un embranchement de voie ferrée rattache à la grande ligne de Cérdoba à Tucuman et qu'un autre chemin de fer relie directement aux

colonies de Santa Fé, a vu cesser son isolement et reprend quelque acivité par l'exportation de la luzerne, du iroment et autres denrées; elle s'adonne aussi à l’industrie sucrière, mais avec un moindre succès que Tucuman.

Loreto, Atamisqui, Salavina, qui eurent, comme Santiago, à souffrir des

! Martin de Moussy, ouvrage cité.

XIX

crues du rio Dulce et de ses changements de lit, sont d'autres centres agricoles. Sur le Juramento, Matarä, également entourée de cultures, près des lieux de gué choisis autrefois par les Mocovi et les Abipon pour leurs incursions, se trouvait très exposée : c'était l'un des points faibles du territoire de colonisation". Là commençait un chemin facile qui « dirigeait vers Corrientes à travers les solitudes du Chaco, désignées vers le milieu du parcours sous le nom de campo del Cielo ou « champ du Ciel ». À une petite distance au nord de cette plaine fertile, ouverte maintenant à la colonisation, se trouve un bloc de fer météorique, célèbre dans les annales de la science. Encore au milieu du sièele dernier on ne le connaissait que par les rapports des Indiens et de quelques blanes, chasseurs ou chercheurs de miel sauvage. En 1788, le gouvernement de Buenos Aires envoya une commission étudier ce bloc, qui avait alors une contenance d'environ 7 mètres cubes et pesait #5 tonnes. Depuis on en a détaché de nombreux fragments, notamment pour en fabriquer des fusils, au commencement de la Révolution, et divers musées en possèdent des morceaux : les analyses chimiques y ont reconnu un dixième de nickel, D'autres méléorites de moindres dimensions parsemaient le sol aux alentours,

La province de Catamarca, au sud-ouest de Tucuman, se trouve déjà dans le cœur des montagnes; elle ne touche à la région basse que par ses frontières du sud-ouest, où s'étendent les salines jadis pareourues par les lits errants du rio Dulce : le rempart de l’Aconquija et ses prolongements limitent à l’est le reste de la province. Catamarea, le chef-lieu, est située à 572 mètres d'altitude, entre deux chaînes de montagnes, à l’est la sierra de Ancaste, à l’ouest celle d'Ambato : un gave, le rio del Valle, la traverse et se divise en canaux d'irrigation dans ses jardins. Lorsque la ville fut fondée, en 1680, elle eut tellement à souffrir des inondations, qu'il fallut la reporter à quelques kilomètres en amont. Catamarcea est facilement accessible : une voie ferrée qui se dirige au sud-ouest, puis se bifurque à Chumbicha, la met en communication, d’une part avec Rioja, Mendoza, la route du Chili, de l’autre avec Cérdoba, Rosario, Buenos Aires. Ces chemins expédient les oranges, les figues sèches et le bétail des provinces environnantes.

Andalgalä, ainsi nommée d’une vaillante peuplade de Calchaqui depuis

longtemps mélangée avec la population espagnole, s'appelle aussi le

4 M. G. and E. T. Mulhall, Handbook of the river Plate.

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Fuerte, d'après un fort maintenant abandonné. La ville est située dans une plaine unie, à 1010 mètres d'altitude, à la base méridionale du massif grandiose d’Aconquija. Cette colonie, perdue au milieu des montagnes, doit toute son importance à ses mines d'argent, les plus productives de la république Argentine. La plus riche, que les Cachalqui exploitaient déjà avant la conquête, mais dont ils gardèrent l'existence cachée, fut découverte à nouveau en 1849, grâce à la confidence d'un vieil Indien.

N°9 459. — ANDALGALA ET L'ACONQUIJA.

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Située à plus de 5000 mètres d'élévation, elle produit en moyenne par mois 200 tonnes de minerai, contenant 55 tonnes de métal pur : trois mille mules sont constamment employées aux transports entre les mines el l'usine de Pileiaio, établissement remarquable, fourni des meilleures machines anglaises. Très industrieux, les habitants d'Andalgalä exploitent aussi du kaolin pour fabriquer des briques réfractaires; ils cultivent des vignobles qui fournissent d’excellent vin, et des vergers riches en fruits, qu'ils exportent à Tucuman; ils envoient des mules et des ânes au Chili, et Côrdoba reçoit leurs cuirs et leurs étoffes en laine de huanaco.

Des puits artésiens creusés dans la plaine suppléent à l'insuffisance des LT torrents, Le col qui fait communiquer Andalgalf avec Tucuman et Cntamarca, entre la chaine neigeuse de l'Aconquija au nord et celle de Manchao au sud, est très fréquenté : des convois de mules chargées \ passent constamment, portant les vins, les euirs, les fruits secs d'Andalgali, ou le sucre, le tabac, le riz de Tucuman. Autrefois le mouvement devait être beaucoup plus considérable, car la région des hauteurs, presque dépeuplée de nos jours, était avant la conquête couverte de villages et de cultures : les anciens canaux d'irrigation, dont on voit partout les traces, en sont le témoignage évident. Pucarä, misérable hameau,

HE A groupe ses cabanes sur le plateau du passage, où s'élevait jadis une | t La La LA U La © Là U | cité défendue par une véritable pucard ou « forteresse », dont les

remparts cireulaires se développent encore sur une longueur de trois kilomètres".

Encore plus avant dans les montagnes, les vallées occidentales du Catamarea sont peuplées de sobres et industrieux Calchaqui que la rigueur du climat n'empêche pas de contribuer à la richesse de l'Argentine. L'antique Belen et sa voisine Londres, sur un gave qui va se perdre dans les salines d'un ancien lac, s'entourent de vignobles, de roseraies, de vergers: les femmes y tissent des ponchos très appréciés jusqu'au Chili. Plus à l'ouest, la vallée de Tinogasta, la dernière de l'Argentine à la base des grands plateaux neigeux, fait avee Copiapé un commerce de mules et de bêtes à cornes. Dans la haute vallée jaillissent les eaux thermales de Fiambala, visitées pendant la belle saison.

La province de la Rioja, comme celle de Catamarca, est formée de a hautes vallées andines, s’inelinant au sud et au sud-ouest vers la zone de jurd plaines salées que limitent à l'est les massifs de Cérdoba. Peuplée égale- lorr ment de laborieux Calchaqui, auxquels se sont joints des mineurs chi- desc liens, elle ajoute les produits du tissage domestique aux ressources que (hi

lui procurent l'élève du bétail et, dans les fonds, la culture des terrains \érl por

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irrigables. La fertilité de la Rioja a passé en proverbe, et en aucune partie de l'Argentine on ne moissonne meilleur froment, on ne cueille meilleures oranges, on ne fabrique meilleur vin; le sol poreux et léger des

champs arrosés de la Rioja semble l'emporter sur les terres profondes d'a

des bords du Paranä pour donner un goût savoureux et délicat aux grains el

1 Gunardo Lange, Anales del Museo de la Plata, 1892.

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ANDALGALA, LA RIOJA, CHILECITO, 717

aux fruits', Tout ce qui se peut irriguer dans les vallées et les plaines wt cultivé : pour accroître les terrains de labour, il faudrait établir des nservoirs dans les cirques supérieurs des vallées.

La ville de la Rioja, fondée en 1591 à la base orientale des montagnes de Velasco, regarde du haut de sa terrasse, située à 510 mètres, la vaste étendue des plaines inelinées. Rattachée maintenant au réseau des chemins de kr argentins, elle n'a qu'un faible commerce, la population étant assez

Le] dairsemée : où tarissent les ruisseaux, commence le désert, Le travail est HU La . L «“ L .

plus actif dans la vallée qui s'ouvre plus à l'ouest, entre la sierra de \elasco et les monts neigeux de Famatina, Le bourg qui donne son nom £ (.)

N° 183, —— CHILECITO ET LE FAMATINA,

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au superbe massif, forme une rangée continue de maisonnettes et de judins se prolongeant sur une quinzaine de kilomètres, le long d’un brrent, et s’arrêtant à l'endroit où s'épuisent les eaux. Un autre gave, descendu du nevado de Famatina, fait surgir en aval un deuxième bourg, Chilecito ou Villa Argentina, plus important que le premier, et devenu le véritable chef-lieu industriel et commercial de la province : le nom qu'il porte, — « Petit Chili », — dit les origines de sa population. C'est le centre de la région minière de la Rioja. Les deux versants de la vallée, dans la era de Velasco et dans celle de Famatina, renferment des gisements d’or, d'argent, de cuivre, de fer, de nickel; tous les ruisseaux sont métallifères,

il quelques-uns tellement chargés de métal, qu’on ne peut les utiliser

! Martin de Moussy, ouvrage cité.

pour l'irrigation. En certains endroits se rencontrent des amas de scories et les ruines de fours grossiers qui témoignent des exploitations de cuivre faites jadis par les Calchaqui pour la fabrication d'armes et d'instruments agricoles. Les premiers travaux sérieux des blancs datent de 104; ik furent maintes fois interrompus par la guerre civile où par les malversations de quelque chef militaire.

Le grand mineral, c'est-à-dire la région minière par excellence, occupe la partie méridionale de la sierra de Famatina; les gisements les plus riches se trouvent sur les crêtes mêmes qui avoisinent le piton central, à 4000, 4500 et même 5 000 mètres au-dessus du niveau de la mer. Celles de la Mejicana furent découvertes, dit-on, par des Mexicains quisuivirent jusqu'à sa source un ruisseau chargé d’ocre, puis elles furent exploitées par des « Aragonais » dont la légende à fait des êtres à demi mythiques. Outre les excavations suivies avec méthode par des compagnies minières, il existe des milliers de trous, de puits, de galeries sur tous les escarpements : des centaines de pilquineros où mineurs erranis, accompagnés d'un chien et coupant à la hache leur nourriture gelée, parcourent les crêtes neigeuses à la recherche des gisements de métal, et dès qu'ils ont fini d'exploiter un filon superficiel, vont en découvrir un nouveau. La roche caleaire qui compose ces montagnes est traversée d'in-

nombrables filons métalliques, pyrites de cuivre, argent et or, mélées au chlore, à l'iode, à l’arsenie, au soufre. De 1820 à 1860, le rendement

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de ces mines, en or et en ar cent, s’éleva à 30 millions de franes, utilisé us en partie à la Rioja pour la frappe de là monnaie. Actuellement on pol exploite aussi des minerais de cuivre ayant en métal pur la teneur d'un : Tupi sixième environ, La ville de Chilecito ou du « Petit Chili », à laquelle ki viennent aboutir les périlleuses sentes de la montagne, se relie à Buenos cord Aires et à toute l'Argentine par un embranchement de voie ferrée : Vin- 6 china lui sert d'étape pour les relations très actives qu'elle entretient par née] la haute vallée du Vermejo avec le centre minier de Copiapé, sur Fautre LE versant des montagnes argentino-chiliennes. PA aux des La province de San Juan, autre région minière, appartient en entier, jh comme Catamarea et la Rioja, au domaine des bassins fluviaux sans écou- d Li lement. San Juan, la capitale, est fort bien située à 690 mètres d'allitude, misl dans une plaine fertile que la rivière du même nom arrose par mille canaux divergents, mais celte eau se perd à peu de distance, au sud, dans CSP les marais de Huanacache. San Juan, fondée en 1561, à 6 kilomètres plus pla

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CHILECITO, SAN JUAN, JACHAL. 719

au nord, puis reportée à l'endroit qu'elle occupe aujourd’hur, s'entoure d'un magnifique boulevard planté de peupliers et d'une zone de belles «ultures. Elle possède un jardin botanique. Dite San Juan de la Frontera à cause du voisinage des Andes qui séparent l'Argentine du Chili, la ville fut avec le versant du Pacifique un assez grand commerce de bétail, de fruits secs et autres denrées agricoles. Le village de Zonda, qui s'élève à l'ouest dans un vallon de plus d'un millier de mètres d'altitude, est un lieu de plaisance et de bains très apprécié par les habitants de San Juan. A l'est, le bourg de Caucete — officiellement Independencia —, commande un réseau de canaux d'i rigation creusés dans un désert reconquis et bordés maintenant de riches campagnes. Quelques gisements métallires et des lignites que l’on trouve dans les montagnes environnantes expliquent la fondation à San luan d'une école des mines, d’ailleurs peu fréquentée. Le bourg de Jachal, situé à 200 kilomètres au nord, sur une rière abondante, grossie d'un gave à chaque issue de vallée, concentre k trafñie de la province dans toute sa partie septentrionale et dirige de nombreux convois muletiers vers les deux ports chiliens de Huasco et de Coquimbo. Le distriet de Jachal abonde en mines et sn eaux thermales.

La province de Mendoza, après celle de Tucuman la plus peuplée des régions andines, doit son importance exceptionnelle à sa situation sur la voie maîtresse de l'Amérique du Sud, entre Buenos Aires et Valparaiso : cest entre les deux plus hauts colosses de la chaîne, l'Aconcagua et le Tupungato, que s'ouvre le col de la Cumibre, choisi pour la route et le futur chemin de ter. Au sud, des seuils plus bas interrompent la crdillère; mais, se trouvant fort éloignés en dehors du chemin qui réunit ks deux points vi‘aux de l'Argentine et du Chili, ils restent encore négligés par le commerce. Comme les autres provinees andines, Mendoza possède des veines de métal assez riches, quoique faiblement exploitées pendant ce siècle; mais elle doit ses principales ressources aux vignobles, aux champs de céréales, aux luzernières qu'arrosent les torrents descendus des Andes : la sériciculture, essayée avec enthousiasme vers le milieu du siècle, est maintenant abandonnée, Avec les provinces de San Juan et de Nan Luis, Mendoza appartient à la région du Cuyo, jadis associée administrativement au Chili, sous le régime colonial de l'Espagne.

Mendoza, la capitale, qui fut aussi chef-lieu de toute la vice-royauté espagnole de la Plata, éleva ses premières maisons en 1560, dans une

plaine que parcourent des ruisseaux transformés en canaux d'irrigation.

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Mais la ville actuelle n’est pas celle que fondèrent les conquérants : elle se trouvait plus à l’est. La première Mendoza, presque aussi étendue que la nouvelle, était bâtie de maisons plus hautes, édifiées en matériaux plus lourds. En quelques minutes elle fut renversée. C'était en

861, le soir d’un merecredi des Cendres, à l'heure où presque toute ln

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