GEORGIE DU SUD
La Georgie méridionale se trouve sous la même latitude que la Terre de Feu, c'est-à-dire plus au sud que les îles Falkland et dans une position beaucoup plus isolée au milieu de la vaste mer, loin de toutes les grandes voies de la navigation, à 2000 kilomètres à l’est du détroit de Magellan et sous l’action directe du courant polaire antarctique : la température moyenne } est de plusieurs degrés plus basse que celle d'Ushuia, sur le canal de Beagle. Le climat, venteux et humide, mais assez égal, conviendrait, pense-t-on, à l'élève des bêtes ovines, comme celui des Falkland; l'herbe nourricière, le tussock, y croît jusqu'à l'altitude de 900 mètres. Toutefois qui n’hésiterait à demeurer, au milieu des pluies et des orages, dans une prison rocheuse perdue à l’extrémité du monde? Au delà, vers le pôle antarctique, les mers parsemées de glaces flotlantes recourbent leur surface sur l'immense rondeur planétaire, attendant toujours les Scoresby et les Nansen qui diront les mystères de ces étendues inexplorées.
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En achevant ce long travail, commencé au temps de ma jeunesse, je me félicite de la chance heureuse qui m'a permis de ne pas manquer une seule fois, dans le cours d’une vie pourtant mouvementée, aux engagements de publication régulière que j'avais pris envers mes lecteurs. Je reconnais toutefois que ma bonne volonté et mon labeur consciencieux n'auraient pas suffi dans cette entreprise si des collaborateurs dévoués ne m'avaient constamment soutenu de | leurs recherches et de leurs conseils.
Mon premier sentiment est donc celui de la gratitude. Je l'adresse à tous les amis qui m'ont aidé directement ou indirectement, par notes, lectures, correspondances, corrections, encouragements ou critiques. Mais ce témoignage de ma reconnaissance, tous ceux auxquels je la dois ne l’entendront point! Regardant en arrière, je vois le chemin marqué pour moi de distance en distance par le souvenir des compagnons de travail que la mort a recueillis. C’est vers eux surtout que se dirige ma pensée à la fin de mon œuvre. Sur cette dernière feuille j'inscris le nom d'Émile Templier, qui pour publier la Terre et les Hommes, depuis longtemps à l'étude, vint me chercher sur les pontons de Brest.
Cette période de vingt années, longue relativement à la vie d’un homme, n’est qu’un rien pour la Terre, mais qu’elle a été bien remplie! Que de découvertes et d’explorations se sont succédé,
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ajoutant à nos connaissances premières et nous forçant à modifie ait
notre exposition du monde! Le mystère des pôles est encore les y
inconnu, mais Nansen a su accomplir son merveilleux voyage del soci rive à rive à travers le glacier continu du Groenland. Dans l'inté- les t rieur de l'Asie, le « Sanctuaire Éternel » où réside le divin Dalaï- l'hu
Lama reste depuis la visite de Huc inabordable aux profanes Euro-Æ trou péens, mais le cercle des itinéraires se resserre chaque année ne © autour du lieu sacré. Dans le « Continent noir », le problème du
pas
Nil, ceux du Zambèze, du Congo, du Niger sont résolus. Partout le la gr
réseau des voyages couvre la planète comme un filet aux mailles! grail L L] rétrécies. On à même commencé d'explorer avec méthode le monde sent
souterrain, des cavernes, des catavothres de la Grèce, aux avens et M; aux puits de Vaucluse et des Causses. La carte des profondeurs ma-
il m
rines, avec leur température, leurs organismes vivants, leurs dépôts par | géologiques, se poursuit et se complète comme celle des continents. essa Par des connaissances nouvelles l’homme se transforme, pour: ï tel ainsi dire, renaissant chaque jour. qui En même temps, le rapprochement entre les terres lointaines se@ Lu
fait plus étroit. L'Atlantique, si large avant les vikings de Norvège | 8
et les marins génois, est devenu dans le langage des matelots un D simple « fussé » que l'on traverse en cent heures. Chaque année, | Vi se raccourcit la durée du tour du Monde, devenu maintenant pour @S# à la quelques blasés une fantaisie banale. Tellement rapetissée est la ligne planète entre les mains de l’homme qu’elle se donne partout un prés mème outillage d'industrie, que par le réseau continu des services celui postaux et des télégraphes elle s’est enrichie d’un système nerveux @N beau pour l'échange des pensées, qu'elle cherche un méridien commun, { l'œu une heure commune, et que de toutes parts surgissent les inven- et ne teurs d’un langage universel. Malgré les rancunes de là guerre, À préh malgré l'hérédité des haines, l'humanité se fait une. Que nos comi origines aient été multiples ou non, cette unité grandit, elle Et devient une réalité vivante. D de
Devant ce monde qui se modifie tous les jours et dont je ne puis @S dits
suivre les changements que de loin, j'ai cependant tâché de voir sans
int à modifier clairement les terres décrites comme si je les avais réellement sous S est encore es yeux et d'étudier les hommes comme si je me trouvais dans leur eux voyage del 1. Dans l'intéle divin Dalairofanes Euro-
société. J'ai voulu vivre mes récits, en montrant pour chaque pays ls traits qui le caractérisent, en signalant pour chaque groupe de l'humanité le génie qui lui est propre. Partout, dirai-je, je me suis Lirouvé chez moi, dans mon pays, chez des hommes mes frères. Je
chaque année ne crois ‘point m'être laissé entraîner par un sentiment qui ne fût
: problème du pas celui de la sympathie et du respect pour tous les habitants de us. Partout le à grande patrie. Sur cette boule qui tourne si vite dans l’espace, taux mailles! grain de sable au milieu de l'inimensité, vaudrait-il la peine de iode le monde s’'entre-haïîr?
, aux avens ct Mais, en me plaçant à ce point de vue de la solidarité humaine, fondeurs ma-@ | me semble que mon œuvre n'est pas achevée. Avant d'étudier , leurs dépôts par le détail la surface planétaire et les peuples qui l'habitent, j'avais es continents. D essayé dans un ouvrage, la Terre, d'étudier la vie propre du globe sforme, pour tel qu'il se présente isolément, préparé pour recevoir l'humanité qui anime ce grand corps. C'était une sorte de préface à la série de
lointaines se volumes que je termine aujourd’hui. Mais ne faut-il pas conclure? s de Norvège
matelots un JS L'Homme a ses lois comme la Terre.
haque année, 4 Vue de haut et de loin, la diversité des traits qui s’entremélent ntenant pour à la surface du globe — crêtes et vallées, serpentines des eaux, tissée est la lignes des rivages, sommets et profondeurs, roches superposées — e parlout un présente une image qui n’est pas le chaos, mais au contraire, pour des services celui qui comprend, un ensemble merveilleux de rythme et de ème nerveux DS beauté. L'homme qui contemple et serute cet univers assiste à en commun, À l'œuvre immense de la création incessante qui commence toujours it les inven- et ne finit jamais, et, participant lui-même par l'ampleur de la com- * a guerre À préhension à l'éternité des choses, il peut arriver, comme Newton, e. Que nos comme Darwin, à les résumer d’un mot.
randit, cle Et si la Terre paraît logique et simple dans l’infinie complexité
de ses formes, l’humanüé qui l'habite ne serait-elle, comme on le je ne PUS dit souvent, qu'une masse aveugle et chaotique, s’agitant au hasard,
ché de voirf sans but, sans idéal réalisable, sans la conscience de son destin”?
Les migrations en sens divers, les peuplements et les exodes, 1 croissance et la décroissance des nations, les civilisations et le décadences, la formation et le déplacement des centres vitaux né sont-ils, comme il semble au premier abord, que des faits et encoré des faits juxtaposés dans le temps, sans qu’un rythme en règle les | oscillations infinies et leur donne un sens général exprimable paf
une loi : c’est là ce qu'il importe de savoir. Le développement de l’homme est-il en harmonie parfaite avec les lois de la Terre Comment change-t-il sous les mille influences du milieu changeant Les vibrations sont-elles simultanées et de siècle en siècle modi fient-elles incessamment leurs accords?
Peut-être le peu que nous savons déjà nous permettra de voi
plus avant dans les ténèbres de l'avenir et d'assister aux événements
qui ne sont pas encore. Peut-être arriverons-nous à contempler pa la pensée le spectacle de l’histoire humaine, jusque par delà les temps mauvais de la lutte et de l'ignorance, et y retrouverons-nous le tableau de grandeur et de beauté que nous présente déjà la Terre
C'est là ce que je voudrais étudier dans la mesure de mes forces. Du million de faits que j'ai dû énumérer de chapitre en chapitre, je voudrais extraire une idée générale et justifier ainsi en un court volume, écrit à loisir, la longue série de livres sans conclusion! apparente que je viens de terminer.