‹ Nouvelle géographie universelle [microforme]Chapitre 54 sur 401 · JAPURA, PURUS · texte numérisé non relu

JAPURA, PURUS

la mème rive, le Purüs s’unit au fleuve principal par plusieurs bras, enfermant des forêts insulaires. Cette grande rivière, dont le débit annuel dépasse probablement celui du Japurä, naît à la base des Andes péruviennes, mais sans recevoir de gaves descendus des montages comme les hauts affluents du Putumayo et du Japurä. Le Purüs, de même que le Jutahy, le Juruñ, le Teflé, le Coary, est un fleuve de plaines : son énorme masse liquide lui est donnée par la pluie, non par les neiges. Ses plus hautes sources se trouveraient entre 320 et 550 mètres! : l'Ucayali à l’ouest, le Madeira au sud, l’enveloppent de leurs bassins supérieurs dans les vallées des Andes. Avant le milieu du siècle, un certain Joûo Cometi, puis, en 1852, un Brésilien de Pernambuco, Serafim, explorèrent le Purüs pour le gouvernement brésilien, l'un à 1900, l’autre à 2160 kilomètres du confluent; mais la première expédition vraiment sérieuse, en 1860, fut dirigée par le mulâtre Manoel Urbano, et ce voyageur fut aussi le principal informateur de William Chandless, qui, en 1864 et 4865, suivit le cours fluvial et son affluent l’Aquiry en fixant les points astronomiques et en dressant la carte : un des affluents gauches du Purüs a reçu le nom de Chandless. Depuis, Brown et Lidstone, Ehrenreich, Labre, ont aussi étudié avec soin tout le cours inférieur du Purus. Le premier bateau à vapeur qui en 1862 remonta le fleuve jusqu'à 1500 kilomètres de l'embouchure, portait le botaniste Wallis. Extrèmement tortueux, le Purüs, dont le développement total dépasse 5000 kilomètres, déroule ses anneaux en une infinité de petits méandres, composant eux-mêmes dans leur ensemble des cireuits de plus grande amplitude, ares dont les flèches pointent alternativement vers le sud-est et le nord-ouest. La direction générale du :cnrant, parallèle à tous les autres affluents méridionaux, est celle “x s':!-ovest au nord-est : les divers tri-

Mbutaires, Aracä, Hyuacu, AquirY, Pauyañn, Mucuim, Tapauä et autres,

s'unissent presque tous au Prus vers la convexité de l’une des grandes serpentines du fleuve. Bien plus encore que l'Iça, le Purüs peut ître considéré comme un type de courant des plaines : il coule et : er dans l'ancienne dépression au centre de la méditerranée amazonienne. Dans loute son étendue le cours est déblayé d'obstacles : il n’a point de rapides; les iles même y sont rares. Le lit sinueux, qui ne présente d'autre différence, de l'amont à l'aval, que sa largeur croissanie, et où le batelier se reconnaît par des indices qui échappent aa voyageur pas- Sager, offre en son mouvement uniforme une succession de « eingles » et

à! W, Chandless, Journal oj the R. Geographical Society, 1865.

de « battures », de falaises érodées et de plages. D'année en année, les méandres se déplacent par l’écroulement des berges et l’accroissement des grèves. En de rares endroits, les bords du Purüs consistent en « terre ferme », c'est-à-dire en promontoires d'argile rouge élevés au-dessus du niveau des inondations. La masse dans laquelle le courant ronge ses berges est dite varzea et comprend des sables et des argiles multicolores, pui au-dessous vient l’igapo, la terre des battures que recouvrent les moindres crues. Les oscillations de niveau causées par les pluies sont indiquées sur le pourtour des bancs de sable par la végétation des saules et autres arbustes, s’étageant à des hauteurs diverses au-dessus du flot de maigre, L'amplitude des crues, même à peu de distance en amont du confluent de l’Amazone, n’est pas moindre de 18 mètres. Au plus haut de sn courant le Purüs emplit toute sa vallée entre les faîtes latéraux; de bord à bord, il n'a plus un kilomètre, mais vingt, et même trente : les ea tamisent leurs troubles dans l'immense crible formé par les arbres de h forêt. Dans cette saison, des bras latéraux s’ouv'ent vers l'Amazone, mu i ne paraît pas probable que les furos de communication tracés sur d'anciennes cartes entre le Purüs et le Madeira existent réellement.

Entre ces deux affluents majeurs, le rio Negro, la « rivière Noire ; — le Guiari ou Paranä Pixuna — s’unit au Solimôes pour former ave lui le courant des Amazones. Parmi tant de cours d’eau qui portent le mème nom, le rio Negro roule la plus forte masse liquide; c’est aussi le plus connu et nul ne mérite mieux cette appellation. Tous les voyageur qui, après les explorateurs et missionnaires espagnols et portugais, ont visité le rio Negro, Humboldt, Wallace, Agassiz, Spix, Martius, Coudrea, ont été frappés du contraste que présentent les rivières blanches üu bassin, traversant des régions argileuses, et les rivières noires, moin chargées de troubles, mais contenant par l'effet de la décomposition dx plantes plus de substances humiques; d'autres rivières du bassin roulent un flot bleu. L'eau du rio Negro est limpide et transparente, malgré s nuance jaunâtre sous une faible épaisseur, brune, puis noire en couche profonde ; d'ailleurs fort désagréable à boire, elle serait même malsaine. Le contraste le plus net des deux eaux se présente au confluent du ri Negro et du rio Branco, « rivière Blanche », presque laiteuse, qui descenl des savanes limitrophes de la Guyane anglaise. Les deux courants « longent comme deux fleuves distinets dans le même lit d'aval; pendant h crue de novembre, alors que le rio Branco roule par exception plus d'eau que le rio Negro, on en reconnait distinctement le flot jusqu'à plus de 90 kilomètres en aval, et même on peut en discerner quelques traces

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une faible distance au nord de Manaos. Au confluent du Solimôes et du rio Negro, celui-ci, à l'onde noire un peu pälie par les eaux blanches du rio Branco, se mèle plus promptement au courant du violent Amazone qui s'empare du flot de l’affluent par de vastes remous. Les moustiques ne tourbillonnent pas en essaims au-dessus des rivières noires; celles-ci sont aussi beaucoup moins poissonneuses et quelques-unes d’entre elles n'hébergent point de crocodiles, tandis que ces animaux pullulent dans les eaux blanches voisines. Le rio Negro n’est point au nombre des fleuves évités par les sauriens.

Les eaux courantes et les portages faciles qui rattachent le bas cours de l'Orénoque et celui du rio Negro ont fait chercher les sources de ce dernier fleuve dans le voisinage de l’isthme d’Atabapo. Mais la rivière Guainia, qui nait à l'ouest dans les plaines que dominent les Andes colombiennes, aurait plus de droit à être considérée comme le vrai rio Negro, et plus encore le rio Uaupès, — ou Ucuyaris, — qui prend ses sources dans les vallées mêmes des hautes montagnes, au sud du Guaviare, l'Orénoque occidental. Le cours du rio Uaupès se continue avec la même orientation par celui du rio Negro entre San Joaquim et Barcellos; le lit des deux cours d'eau présente aussi les mêmes caractères géologiques, et l’un et l'autre ont une échelle de cascades et de rapides sur des seuils de granit; en amont de la plus haute cataracte, celle de Jurupari, le fleuve, aussi «blanc » que le Solimôes et peuplé des mèmes poissons, parcourt des plaines unies, dépourvues d'arbres au pied des Andes'. Depuis 1854, époque à laquelle Jesuino Cordeiro remonta le Uaupès jusqu'à ses sources, quelques voyageurs, Wallace, Stradelli, Coudreau, en ont visité le cours interieur e: ont pu constater que son débit moyen dépasse de beaucoup celui du saut rio Negro. Un bayou latéral, l'Ira Paranä, rattache pendant lhivernage un affluent du Uaupès avec l'Apapuris, tributaire du Japurä*; mais en éle les marais se dessèchent entre les deux versants. Au siècle dernier plusieurs voyageurs, officiers et traitants, suivirent cette voie de l'un à l'autre fleuve.

En amont de la jonction avec le Uaupès, le rio Negro proprement dit reçoit, on le sait, la rivière Cassiquiare que lui envoie l'Orénoque, et qui s'est accrue des deux tiers environ, dans son cours à travers le territoire vénézolan, Une autre bifurcation, moins connue et moins importante dans le régime hydrographique de la contrée, se produit plus au sud : la rivière

Alfred Russell Wallace, Narration of Travels on the Amazon and Rio Negro. ? Spix und Martius, ouvrage cité; — Henri À. Coudreau, la France Équinoxiale, atlas.

Baria se divise en deux branches, dont l'une va rejoindre au nord le bas Cassiquiare, tandis que l’autre descend directement au rio Negro sous le nom de rio Canabury. Une ligne d’eau continue, presque parallèle au rio Negro supérieur, se développe ainsi à l’est sur une longueur d'environ 500 kilomètres, n'offrant d’ailleurs, au faite de séparation, aucune utilité pour la navigation de canotage. Augmenté du Cassiquiare, le rio Negro pénètre en territoire brésilien à la base d’un rocher de 900 mètres,

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