RIO NEGRO, MADEIRA
d'une de ces anciennes coulées. D'après les indigènes, plusieurs des rivières du bassin communiqueraient par des furos navigables en temps d'hivernage.
Dans son cours inférieur, le rio Negro forme, comme les fleuves canadiens, plutôt une succession de lacs qu'une véritable rivière : il a jusqu'à 50 kilomètres de large, bien plus que l'Amazone en certains endroits; mais aussi descend-il avec lenteur : parfois le courant est à peine percepüible, et vers l'embouchure l'Amazone reflue souvent dans le lit de la rivière Noire. La ligne de séparation des eaux constitue cette « barre » qui a valu à Manaos son ancien nom de Barra do Rio Negro. Les crues fluviales, moins hautes que celles du Purûs, oscillent entre 9 et 10 mètres. Lors de la décrue, les profondeurs ordinaires sont encore très considérables, de 50 et même de 50 mètres; cependant les seuils qui interrompent le lit en rendent la navigation difficile pendant les périodes de maigres. Les petits bateaux à vapeur calant { mètre 52 remontent le leuve jusqu'à Santa Izabel, à 726 kilomètres en amont du confluent, mais il arrive, lors des baisses exceptionnelles, et pendant un ou deux mois de l'année, que le service doive être abandonné. De même que la plupart des fleuves dont la vallée n'est pas déjà tracée par une cassure des montagnes ou par un plissement des terres, le rio Negro empiète graduellement sur sa rive droite, qui est la rive haute, celle des berges, où des groupes de maisonnettes ont pu s'établir de distance en distance.
Avec le rio Negro, le Madeira ou fleuve du « Bois », le Cayari ou « Fleuve Blane » des Indiens, marque la grande dépression transversale de la cuvette amazonienne : le rio Negro naît dans les plaines du Veneaela et reçoit des eaux affluentes venues des Andes colombiennes; le Madeira a ses premières sources dans les montagnes de la Bolivie et sur les terres basses au versant indécis qui s’inelinent au sud vers la Plata. La rivière maîtresse du bassin, aussi bien par la masse liquide que par l'origine, est le rio Beni (Veni), qui reçut l’effluent du lac de Titierca, heaucoup plus vaste autrefois, mais qui en reste séparé par des seuils
de débris depuis que le elimat s’est asséché et que les rivières se sont appauvries. Uni à la puissante Madre de Dios, Mayu-Tata ou Amaru-Mayo, «rivière des Serpents », le fleuve bolivien Beni rejoint un autre coumnt majestueux, le Mamoré, accru lui-même du Guaporé, rivière qui coule en entier sur territoire brésilien, contournant les hautes terres Luccidentales du plateau de Matto Grosso. Le Mamoré, la « Mère des Hommes », appelé rio Grande ou Guapay dans son cours supérieur, prend son
origine à plus de 4000 mètres d'altitude, dans les Andes de Cochabamba, et, décrivant une grande courbe régulière autour de ees montagnes, parallèle au rivage du continent sur le Pacifique, se grossit de plusieurs rivières nées dans l’entre-deux de plaines basses qui séparent le système orographique de la Bolivie et celui du Brésil, Toute cette ramure de couants se développe en directions gracieusement convergentes dans 1» fond de l'ancienne mer qui occupait jadis la dépression médiane lis nent. Un barrage de rochers, formé de gneiss métamorphique redresst en falaises, ferme à demi la porte de communication ouverte entre les plaines du sud et celles du nord; il obstrue les courants et les force } s'unir en un seul flot, qui descend par brusques sauts de seuil en seuil. Ce fleuve unique, formé par l'union du Beni et du Mamoré, fut nommé Madeira, à cause de ses longues processions de bois flottants, par son premier explorateur Francisco Palheta, en 1725. Depuis cette époque, il à servi de grand chemin à tous les voyageurs entre les plateaux de la Bolivie et les plaines de l’Amazone. D'Orbigny, Church, Keller-Leuzinger sont, parmi les modernes, ceux qui l'ont le plus soigneusement étudié. La carte hydrographique en à été dressée à l'échelle du 100 000°, d'après les observations de Selfridge, en 1878.
En amont du confluent, le Beni et le Mamoré ont déjà leurs les, que l'on propose de contourner par route et chemin de fer. De 14 caute d'amont ou Guajara Guassu, sur le Mamoré, à la dernière cascade, la ‘achoeira de Santo Antonio, la dénivellation totale est de 60 mètres environ, répartie sur un développement de 380 kilomètres. La plus haute chute, celle de Ribeiräo, à une vingtaine de kilomètres en aval du Beni, plonge de 12 mètres; les quarante-cinq autres varient de 10 mètres à quelques décimètres et se compliquent des mille phénomènes que présentent les rapides, les remous, les tournants : pour remonter le fleuve par les hiefs et les portages, les plus vigoureux bateliers doivent passer de deux à trois mois dans la zone des cascades, Les rameurs indiens distinguent dans chaque rapide « la tête, le corps et la queue », cabeça, corp, rabo; ils voient dans l’ensemble de la chute comme un être vivant, comme un dragon qui les engloutirait volontiers. Au-dessous du saut de Saint-Antoine, à 61 mètres d'altitude seulement, l’onde, calmée, coule désormais au nord-est, parallèlement au Purüs, d'un mouvement égil quoique rapide, entre des berges et des plages monotones, se succédant par une sorte de rythme dans l'interminable forèt, La moindre profondeur du courant dépasse 5 mètres en eaux basses; en certains endroits sonde ne touche le fond qu'à 190 mètres; la masse liquide représente
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MADEIRA, TROMBETAS. 133
dans les crues un débit de plus de 59 000 mètres cubes par seconde", quarante Loires ou Girondes, Plus jaune encore que l'Amazone, le Madeira s'unit au grand fleuve par des canaux obstrués d'îles; une de ses branches, le Parand Mirim ou « Fleuve Petit », se détache pour aller rejoindre l'Amazone à près de 300 kilomètres en aval, enfermant l'ile très vaste de Tupinambaramas, découpée en ilots. De nombreuses rivières, telles le Canuma, l'Abacaxis, le Mauhé Assu, ont un régime analogue. Sur une centaine de kilomètres ou davantage, chacun de ces rios est un le sinueux, sans courant perceptible, analogue à un fjord ou à un estuaire marin, Quoique abondants, ces bayous ne sont alimentés en amont, dans la région des cascades et des rapides, que par de petits cours d'eau, et à leur embouchure mème ils se déversent dans le Paranä Mirim par un étroit canal. Une barre d'alluvions, apportée par les eaux blauches du Madeira, ferme à demi, comme une sorte de clapet, l'issue par laquelle s’épanchent lentement leurs eaux noires.
Plus bas, l’Amazone n'a pas d'affluents qui puissent se comparer au Madeira par la masse liquide. Ceux du nord, s'écoulant d’un versant relalivement étroit, que dominent les montagnes de Cairrit et les Tumuc- Humac, n'ont qu'un développement de quelques centaines de kilomètres. Le Trombetas, le plus abondant, dont les hauts affluents naissent dans les savanes, s'unit avec l'Amazone après avoir formé un lac ramifié ayant certainement pour origine la flèche d'alluvions que l'Amaszone dépose sur ses rives et qui retient en barrage les eaux affluentes. En amont, l'Urubü, le Uatumä, le Yamundä ou Neamundä (Cumery), explorés avec soin par l'hydrographe Barbosa Rodrigues, présentent le même phénomène; en outre, un redoutable tourbillon, un « chaudron », caldeirào, formé par le conflit des eaux, oblige les navires à contourner au sud la bouche du Yamundä. En aval, le Part et le Jary, qui descendent des Tumuc- Humac, ont un cours plus régulier, plus libre d’eaux dormantes, grâce à la résistance de leur courant, coupé de distance en distance par des rapides et même de hautes cascades. Crevaux descendit le Jary et le Part en 1877 et 1879, au grand péril de sa vie : il donna à l’une des casdes le nom de « Chute du Désespoir ». En 1697, Férolles avait aussi parcouru la vallée du Part à la tête d'une force armée, pour s'emparer du poste de Macapä sur l’Amazone.
Le Tapajoz, le grand affluent du versant méridional, qui s'unit à l'Amazone en aval du Trombetas, reproduit dans son cours les traits hydro-
! Keller-Leuzinger, ouvrage cité.
graphiques du Madeira; il n'en diffère que par le manque de tributaires andins, semblables au Beni et au Madre de Dios; son nom lui vient des Indiens Tapajocos où « Plongeurs », que les Portugais ont complètement exlerminés". De mème que le Guaporé et le Mamoré, l'Arinos et le Juruena, les deux rivières maîtresses qui constituent le Tapajoz naissent dans les régions faitières du Matto Grosso, entremélant le chevelu de leurs filets nourriciers avec ceux du Paraguay, sur le versant platéen; cette région, dite des Pareai, dont l'altitude est d'environ 600 mètres, offre des seuils très accessibles entre les deux aigueverses, et tôt où tard des canaux remplaceront les coulées incertaines qui, pendant les saisons de fortes pluies, font communiquer les deux bassins par des eaux continues superficielles ou souterraines : un des ruisseaux de ce pays des seuils porte le nom de Sumidouro, — « Aven » où « Entonnoir », — qui témoigne de la nature calcaire des roches, percées de galeries souterraines*.
En s’unissant, l'Arinos et le Juruena, dont les noms appartenaient jadis à des tribus d'Indiens, reçoivent l'appellation de Tapajoz et le fleuve, coulant au nord-est, parallèlement au Madeira, présente comme lui un cours de pente égale, soudain interrompu, sur le rebord du plateau, par une série de chutes. Seize cataractes se succèdent; puis, en aval, le Tapajoz, s'étalant largement entre ses rives boisées, serpente en un long hief navigable d'environ 500 kilomètres. Mais un nouveau barrage de rochers arrête son courant, qui plonge en une cascade infranchissable aux embarcations. Brown et Lidstone, qui exploraient le fleuve en IS, après Castro, Langsdorf, de Castelnau, William Chandless, durent s'arrêter devant cet obstacle, le Salto Auguste, le seul qu'il soit impossible de franchir en toute saison, Le bief inférieur de navigation n'a que 590 kilo mètres de cours, mais, dans cette partie, le Tapajoz, encore plus « mort: que le rio Negro et presque aussi noir que lui, — d'où son appellation vuleaire de rio Preto, — s'élargit graduellement en un lae, où le courant cesse d'être perceptible. De mème que le Trombetas, les tributaires du 'arana Mirim et tant d'autres affluents où sous-affluents de l'Amazone, le Tapajoz est à demi fermé à son embouchure par une flèche d'alluvions déposée par le courant fluvial; dans ces derniers temps, louverture, jadis trois fois plus large, s'est rétrécie à 1200 mètres, Le grand lac de
Villafranca, qui se prolonge en amont, parallèlement au fleuve majeur
1 Spix und Martins, ouvrage cité.
# De Castelnau, Expédition dans les parties centrales de l'Amérique du Sud. 5 Barbosa Rodrigues, Rio Tapajos.
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URL, Tavares, 0
TAPAJOZ, XINGÜ. 155
l'es sur près d'une centaine de kilomètres, doit son existence à ce refouleles ment des eaux. Le Tapajoz offre le chemin le plus court entre l'estuaire de 1 à el l'Amazone et celui de la Plata, et sera certainement très fréquenté quand a, des voies de communication auront permis de tourner ses cataractes", Les Le Ningü, dernier grand affluent de l'Amazone proprement dit, prend | lets son origine dans le même plateau du. Matto Grosso, mais paraît mieux on, EL Limité du côté du sud et séparé des eaux paraguayennes par une saillie des plus élevée, Un large éventail de rivières lui donne une masse liquide des abondante dès la partie supérieure de son cours, mais pas plus que Île de M Tapajoz il ne peut servir à une navigation continue du sud au nord : des dues chaines de collines, qu'il doit franchir à peu près sous les mêmes latitudes “ils que le Tapajoz, interrompent son lit par des suecessions de cascades et de qui rapides insurmontables aux barques. Le cours du Xingü, que visita au uer- svele dernier le missionnaire jésuite Tundertpfund et dont Adalbert de Prusse remonta le cours inférieur en 1842, était naguère tellement ignoré, jadis que ses affluents méridionaux étaient représentés sur mainte carte comme sue, les tributaires du Tapajoz. Enfin, les recherches de von den Steinen, en i un ISS# et en ISST, permirent de le figurer avec précision sur les cartes. 4, par Son lit est un des plus accidentés que présentent les rivières brésiliennes,
le relief inégal de la contrée forçant les eaux à de brusques détours. En aval de sa plus violente cataracte, il modifie son cours normal, dirigé dans le sens du sud au nord, et se rejette vers le sud-est pour contourner un massif de rochers à une centaine de kilomètres à l'est, À son embouchure, le Xingü, déjà sous l'influence de la marée océanique, s'étale en un lac vaste comme celui du Tapajoz; le cordon littoral qui le sépare
frankilo-
dort
de l'Amazone est divisé par les bayous en un archipel de forêts insulaires,
D tandis qu'un labyrinthe d'autres canaux se développe en amont du con- |
lent, le long de la rive méridionale du grand fleuve,
si Ce prodigieux courant des Amazones, dans lequel d'autres courants ation ë
urant comme ceux du Xingü, du Tapajoz, du Madeira disparaissent inaperçus,
se ressemble dans son énorme développement de 5300 kilomètres, de Taba- RE Uugn à Macapi, Sa largeur est beaucoup plus égale que celle du rio Negro où du Tapajoz, Si l'on ne considère pas ses furos latéraux, ses labyrinthes d'igurapés et de paranas comme faisant partie du corps fluvial, l'Amazone est presque partout assez étroit pour que du milieu le voyageur voie à la
lais les deux rives, indiquées au moins par un liséré de verdure, qu'em- |
brume l'éloignement, L'étroit par excellence, désigné quelquefois comme
RL, Tavares, 0 rio Tapajos.
autre
k 156 NOUVELLE GÉOGRAPHIE UNIVERSELLE, le « défilé » d'Obidos et situé en aval de l'embouchure du Trombetas, supérieure présente à l'époque des crues, en juin, une largeur de 1520 mètres, — plus où m d'après Ferreira Penna 1892 mètres‘, -— une profondeur moyenne de E d'unc dc 76 mètres et coule à raison de 7600 mètres par heure. On peut inférer Amazone b de ces chiffres que le fleuve des Amazones débite dans cette saison au « tables » moins 100000 mètres cubes d’eau par seconde, avant d’avoir reçu le combes de Tapajoz, le Xingü et d’autres affluents’. Lors des grandes inondations, nicoara, de le flot d'excédent va se perdre au sud même d’Obidos, dans un vaste D de beaux a réservoir, le Lago Grande de Villa Franca, long de 56 kilomètres, sur Martius, att 7 à 16 kilomètres de largeur; des milliards et des milliards de mètres contreforts cubes d'eau sont ainsi enlevés au courant et à la 75, Spix et Martins, retrouvé de et plus tard Wallace, évaluant la portée du fleuve .: même détroit, mais destructif d à la saison sèche et sans avoir sondé jusqu’au fond, ont trouvé un débit 1 dépression : de 15000 mètres seulement, pas même le dixième de la portée d'inon- la distance € dation. La quantité d'eau qui tombe dans le bassin, prodigicuse sur les 2 lravers d'Ob versants orientaux des Andes et d'au moins 2 mètres dans la grande mais sur la étendue des selves amazoniennes, mais peu abondante dans les savanes, la même for sous le vent des montagnes guyanaises, ne saurait être évaluée à moins D l'estuaire, et de 2 mètres et demi, et si elle s'écoulait en entier, d’un flot toujours sud-est vers le égal, le débit fluvial ne serait pas inférieur à 500 000 mètres cubes d'eau La grande par seconde. En aval des saltos et des cachoeiras, dans les vallées de tous forte part de les affluents du nord et du sud, les eaux s'étendent à droite et à gauche dix mètres, q en d'énormes réservoirs d'évaporation qui diminuent en de fortes propor- E là quelques d tions, non encore mesurées, la masse déjà si puissante du courant fluvial, D le fleuve, l'ile La colline d'Obidos, haute seulement d'une trentaine de mètres, fat LS le flot élargit partie d’une chaîne rocheuse, très découpée par les érosions, mais cepen- en fleuves, S: dant reconnaissable. A l’est, elle se continue par les collines d'Erere, que londeur dans « le voyageur, las de voir défiler l'interminabie forêt sur les bords de l'Am- iles de Mexian zone, aperçoit avec ravissement, profilant leurs terrasses verdoyantes all de l'Amazone nord de Monte Alegre; ces tables peuvent être considérées comme le type ments d’une a de toutes les hauteurs qui limitent au nord et au sud la plaine de basses ont redressé le alluvions dans laquelle s'étale le fleuve. Coupées en falaises ou en escar- A autres arbres : l pements rapides que recouvre la végétation, les collines reposent sur des bouquets de ve | couches de schiste argileux et sont formées d’un grès de dureté variable, forment en eff contenant à mi-hauteur un banc de tabatinga, argile iaune ou rose, qui Quelle est l’e retient les eaux et les force à jaillir latéralement en sources, La partie une si prodigi
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2 Lewis Herndon, Valley of the Amazon.
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FLEUVE DES AMAZONES, COLLINES D'ERERE, MARAIJO. 137
supérieure est disposée en forme de terrasse avec des euvettes d'érosion plus où moins profondément creusées par les intempéries, et du haut d'une de ces tables de grès, d'où l’on voit serpenter au loin l'immense Amazone bordé de lacs, on aperçoit aussi à l’est et à l’ouest la rangée des «tables » se profiler jusqu'à l'horizon sans autres brèches que des combes de verdure. Elle se prolonge à l'est par les collines nues de Paranäcoara, de Velha Pobre et par la serra d'Almeirim, boisée au contraire de beaux arbres jusqu'à la cime; ces dernières plates-formes, gravies par Martius, atteignent 240 mètres. Dans toute la vallée amazonienne, des contreforts andins aux rivages de l’Atlantique, au nord, au sud, on a retrouvé de ces grès labulaires ayant plus ou moins résisté au travail destructif du temps; mais, tandis que dans la partie centrale de la dépression amazonienne les deux terrasses du sud et du nord sont à la distance de huit à neuf cents kilomètres, elles se rapprochent par le travers d'Obidos et de Monte Alegre, puisque entre ces deux villettes, mais sur la rive gauche, Santarem s'élève à l'extrémité d’un débris de la même formation rocheuse. Jusque sur les bords et dans les îles de l'estuaire, et par delà le golfe amazonien, le liltoral qui se prolonge au sud-est vers le Piauhy et le Cearä présente des rochers de nature identique.
La grande ile Marajé fait partie de cette zone rocheuse dans la plus forte part de son étendue, mais elle ne dépasse le niveau marin, de cinq à dix mètres, que par ses côtes orientales, tournées vers la haute mer, et là quelques dunes se promènent sur le fond de rochers; à l'ouest, vers le fleuve, l'ile est en maints endroits recouverte par les marées de syzygie : le flot élargit les estuaires et deux fois par jour transforme les ruisseaux en fleuves. Sa plus grande rivière, l’Anajas, à jusqu'à 60 mètres de profondeur dans son lit incessamment balayé par le flux et le reflux. Les deux iles de Mexiana et de Caviana, situées au nord de Marajô, dans la bouche de l'Amazone proprement dit, sont, comme leur grande voisine, des fragments d'une ancienne terre continentale; mais les alluvions fluviales en ont redressé le pourtour, signalé de loin par une ceinture de palmiers et autres arbres : à l'extérieur s'étendent des marais et des lacs parsemés de bouquets de verdure, On connaît ces massifs sous le nom d'ilhas, et elles forment en effet des îles pendant la période d'inondation".
Quelle est l'origine des couches de grès, disposées si régulièrement sur une si prodigieuse étendue sans que leur horizontalité première ait été troublée depuis les âges lointains où elles se sont formées? Agassiz, qui
!Alfred R, Wallace, ouvrage cité.