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PERSE ET PERSANS

la Perse est cinq fois moins populeuse, quinze fois moins en proportion du territoire; même une grande partie du pays est complètement déserte. Quoique divers auteurs parlent de cinquante millions de Persans qui auraient peuplé l'empire de Darius, il ne parait pas non plus que dans les temps asiatiques, lors de ses jours les plus prospères, les populations se soient pressées en multitude dans l'Iran : les sables, les argiles dures, les nappes de sel, quoique s'étendant alors sur une aire moins vaste que dans la période actuelle, limitaient d'un côté la région des cultures, arrêtée de l'autre par les roches escarpées des montagnes. C'est aux peuples conquis des plaines environnantes que les souverains de la Perse demandaient surtout leurs armées prodigieuses, composées de plusieurs centaines de mille hommes, et les approvisionnements immenses dont ils avaient besoin pour leurs campagnes en Scythie, en Egypte, dans l'Asie Mineure, en Thrace et en Grèce. Mais si faible dans le monde ancien qu'ait été l'importance numérique des Perses, ils jouissaient du privilège que leur assurait la situation géographique de leur pays.

Historiquement, le plateau d'Iran est le lieu de passage où devaient s'engager les peuples de races diverses dans leur marche d'orient en occident. En cette région de l'Asie, la mer Caspienne d'un côté, de l'autre le golfe Persique, rétrécissent le continent à un espace moindre de 700 kilomètres ; en retranchant de cet isthme les terres basses et malsaines de la côte, ainsi que les régions trop montueuses pour qu'on pût facilement les parcourir, l'espace réservé au mouvement des migrations entre les deux moitiés du groupe continental est de 500 kilomètres environ. Les steppes inconnues de la Scythie, au nord de la mer Hyrcanienne, ne servaient de campements qu'à des nomades barbares, sans relations avec les peuples civilisés; l'histoire proprement dite, celle dont la trace ne se perd pas dans la mémoire des peuples, ne pouvait avoir pour théâtre que l'étroit plateau compris entre l'Elbourz et les monts de la Susiane. C'est là que devaient se rencontrer les représentants des races différentes, avec leurs langues, leurs civilisations, leurs religions, et que devaient par conséquent se développer les idées nouvelles, provenant du contact et de la pénétration mutuelle de ces éléments distincts ayant eu leur évolution propre. De tout temps, pendant les âges historiques, des populations d'origine « touranienne » se sont trouvées en juxtaposition avec les c( Aryens » sur les plateaux d'Iran. Jadis les Mèdes et les Perses, de nos jours les Turki et les Farsi, sont, parmi tous les éléments ethniques en présence dans la contrée, ceux qui représentent les deux grandes races de l'Asie Centrale. Guerres ouvertes, dissensions intestmes, rivalités provin-

ciales et locales se perpétuent entre les habitants d'origine différente, et nul doute que cette lutte incessante n'ait contribué pour une forte part à la naissance de la doctrine iranienne sur le conflit éternel des deux principes ; mais du moins tous ces ennemis, se léguant de siècle en siècle la bataille sans fin, ne sont-ils point passés sans mêler leur sang et leur génie, ainsi qu'en témoignent l'histoire, les religions et les poèmes I L'Iran était un laboratoire où les tribus se modiûaient rapidement, différentes à leur sortie de ce qu'elles étaient à l'entrée. A l'issue de l'étroit corridor des plateaux iraniens, les peuples émigrants trouvaient l'espace plus libre devant eux. D'un côté ils pouvaient descendre dans la vallée de l'Euphrate et gagner les côtes de Syrie et pénétrer en Egypte par le littoral, de l'autre ils voyaient s'ouvrir à l'ouest les routes de l'Asie Mineure et de l'Europe par les détroits et la mer Egée, ou bien encore ils avaient le choix entre les chemins de la Transcaucasie, communiquant avec les plaines sarmates par les diverses « portes » du Caucase, à l'est, au milieu ou à l'ouest de la chaîne. Ainsi divergent de la Perse occidentale les grandes voies historiques se dirigeant vers l'Egypte, l'Europe méridionale et les régions du nord.

Jadis presque inexpugnable au centre de l'immense édifice continental, la Perse ne se trouve plus de nos jours dans les mêmes conditions géographiques. Au sud, la mer, qui défendait autrefois les abords de la contrée, invite au contraire les tentatives de l'étranger; au nord, la mer Caspienne ne va plus se perdre dans les solitudes inconnues, elle est contournée par des routes militaires et des chaînes de colonies, et des lignes régulièrement desservies par des paquebots font communiquer les ports et les routes des rivages opposés. Ainsi la Perse qui, il y a deux mille années, n'avait rien à redouter sur ses flancs du nord et du sud, est précisément menacée de ces deux côtés, et par les deux États prépondérants de l'Asie, dont les capitales sont à Londres et à Saint-Pétersbourg. Entre ces rivaux, l'Iran n'a plus qu'une indépendance fictive. Déjà en 1723 les Russes s'étaient emparés pour un temps de toute la rive occidentale de la Caspienne; depuis 1828 ils ont pris à la Perse ses provinces de la Transcaucasie, et par un récent traité ils ont modifié à leur profit la frontière, naguère indécise, qui limite la région des Turkmènes; enfin, l'ilot d'Achour-adé, qu'ils occupent à l'angle sud-oriental de la Caspienne, est un poste de surveillance d'où les Cosaques pourraient en quelques jours se présenter devant la résidence du chah. Dans le golfe Persique, devenu a lac anglais », comme la Caspienne est un ce lac russe», la suprématie incontestée appartient aux consuls britanniques ; même une garnison de cipayes occupe la pointe de Djask, à l'entrée du golfe, et la

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