CHAPITRE IX
LA VICTOIRE ET LA PAIX
La grande bataille de France.
L SITUATION AU DÉBUT DE L'ANNÉE 1918. ^ £l L'Allemagne semblait avoir partie gagnée sur le front oriental. Dès lors il lui fut possible de rassembler toutes les forces vives de son armée pour abattre enfin ses adversaires de l'Ouest. Les transports de troupes effectués d'est en ouest lui donnèrent bientôt une grosse supériorité d'effectifs sur les .^nglo-Français — environ 200 divisions contre 168. Mais il lui fallait se hâter d'exploiter une situation aussi favorable sous peine de ne plus jamais la voir se représenter : on pouvait prévoir en effet que l'arrivée des Américains en Europe, dans un délai plus ou moins rapproché, rétablirait fatalement la balance au profit des Alliés, puis la ferait pencher définitivement de leur côté. Attaquer à fond et vaincre avant l'entrée en ligne des Américains, tel devait donc être le dessein de l'Allemagne. Inversement, le dessein des Alliés devait être de rester sur la défensive, de refuser la bataille, jusqu'à ce que la supériorité en
effectifs et en matériel leur fût assurée. Anglais et Français fortifièrent leurs lignes et de pied ferme attendirent le choc.
LUDENDORFF a a Cependant l'Allemagne disposait encore d'une autre supériorité capitale à la guerre : l'unité de commandement. Tandis que sur le front de France, les deux grandes armées, britannique et française, continuaient d'être juxtaposées. obéissant chacune à un chef distinct — le général Pétain pour les Français, le maréchal Douglas Haig pour les Anglais — , au contraire du côté de l'ennemi tous les moyens d'action se trouvaient concentrés entre les mains d'un seul homme : Ludendorff. Avec le titre de « premier quartier-maître général ». Erich Ludendorff, chef d'État-Major du maréchal Hindenbnrg, était devenu le véritable chef de l'Empire et de l'armée. Travailleur acharné, organisateur impeccable, stratège audacieux et rendu plut audacieux encore par la confiance sans bornes qu'il avait en son propre génie, il mit tout en oeuvre pour assurer le
FELD-MARÊCHALVONHlNDENBURG.i»I,e()/uspopu;a;ri;<;McAe/smi7i(iiires GÉNÉRAL LUDENDORFF. a La plus lorle pe'umnaliU mililaire allemande
allemands. De grands succès remportés sur le front oriental le firent appeler au com~ que la guerre ait mise en relief. Chef d État'Major d'Hindenburg, il prit en réalité
mandement suprême en août 1916. Après l'armistice et le triomphe de la révolutiort, il toutes les initiatives et conduisit l'armée allemande d'abord à la victoire, puis au
sauva de l'anarchie l'armée et ta ramena en Allemagne. (j'HOJODV MViZE DE LA GUERRE.) désastre. Il n'en est pas moins resté le héros du parti pangermaniste. (cL. ILLUSTRATION.)
succès d'une entreprise où l'Allemagne jouait son va-tout. Les divisions destinées à l'attaque furent soumises à un entraînement mtensif et méthodique. L'attaque fut montée de la façon la plus minutieuse en vue de produire un foudroyant effet de surprise soit par le secret absolu des préparatifs — ce que Ludendorfî appelait « les armes du silence et de la discrétion » —, soit par une préparation d'artillerie plus massive encore et plus brève qu'à Verdun visant surtout à paralyser les défenseurs sous une avalanche d'obus toxiques. Le secteur choisi pour l'attaque fut la région de Saint-Quentin, au point de soudure, entre Anglais et Français : Ludendorff espérait profiter de leur liaison insuffisante, couper leurs communications et rejeter les Anglais à la mer pour accabler ensuite les Français.
BATAILLE DE PICARDIE. £l a Dans ce but quatre armées — ' près d'un million d'hommes — furent massés d'Arras à Saint-Quentin, la plus forte la XVIII® armée von Hutier, formant l'aile gauche, marchante. A la date du 19 mars 1918 un officier allemand notait sur son carnet : « La préparation a été faite si minutieusement qu'un échec est presque une impossibilité. Il est saisissant de penser à toutes les masses d'hommes qui montent cette nuit vers l'Ouest.
Sur toutes les routes variées de ce vaste front, l'Allemagne est en marche... »
Le 21 mars, à 4 h. 40, un ouragan de fer, de fumée, de vapeurs asphyxiantes et brûlantes se déchaîna de la Scarpe à l'Oise sur un front de 80 kilomètres. Cinq heures après, à 9 h. 40, l'infanterie allemande se portait à l'assaut. Au nord elle fut énergiquement contenue ; mais'au sud, entre Somme et Oise, la 5® armée anglaise fut littéralement submergée par le flot sans cesse grossissant des divisions de von Hutier. Comme l'avait espéré Ludendorfî, un trou béant s'ouvrit dans les lignes 'alliées, entre la droite britannique et la gauche française. L'énorme masse de choc allemande s'y précipita à toute allure. Du coup, c'était non seulement la route d'Amiens, mais par la vallée de l'Oise la route de Paris qui se trouvait découverte. Au même moment, dans le but de produire un effet de panique, les Allemands commençaient le bombardement de Paris par de monstrueux et mystérieux canons, d'une portée de 120 h.i\omHrti.
Jamais la situation n'avait été aussi critique pour les Alliés. Mais la parade française fut remarquablement vigoureuse et prompte : jetant en avant en toute hâte tout ce qu'il avait à proximité de forces disponibles, utilisant même les avions par grandes masses, le général Pétain réussit, dès le 25 mars, à enrayer la
LA VICTOIRE ET LA PAIX
CANON DE 400 EN l'OSiTION UE IIR
(cl. SKCIION l'HOTOGR. DES BEAL'X-ARIS.)
ai,\K D'ASSAUl' DE SAIN l-CtlAMOM)
CANON DE MO (cl. hction rHOToc*. oa mua-tMnJ
(Portré de 22 Ittlomitrn).
CANON i . I ,, • , ; ..
(Pact^ de 17 kilaBtctm).