L'ART OGIVAL
L archileclure ogivale, toute française d'origine, convient admirablement è l'expression de la pensée rehgieuse. L'élancement des colonnes, l'élévalion des cwtles et ia Itmn, la/Um
aériames, la lumière qui inonde le sanctuaire, tout élève les idées et exalte les sentiments. Afmi la valeur artistique de ses conceptions a dépatsé le cadre rtAjMU. Wtr « llfn»><
aussi dans lej monuments d'ordre civil on l'on voit se manifester sa grartdeur. son élégance de plus en plus raffinée et la richesse de son décor. Quant à la sculpture. tHe atteia! Jit le
tràziime siècle une perfection Quasi classique, où l'observation réaliste de Vartisie et Cinspiration idéaliste du croi/ant s'unissent hurmonieuseutent
pondit une modification dans la disposition des contreforts. On les amincit et on les dégagea du mur, et ce fut par l'intermédiaire d'une série d'arches légères, les arcs-boutants, lancés des contreforts aux piliers, qu'ils étayèrent l'édifice.
Le système des croisées d'ogive et des arcs-boutants assurait une si parfaite solidité que l'on put donner aux nefs des dimensions énormes. La voûte s'élança à 34 mètres de hauteur à Notre-Dame de Paris ; à 43 mètres à la cathédrale d'Amiens, à 48 mètres à celle de Beauvais. Les piliers allégés, formés de faisceaux de colonnettes, montèrent d'un jet, comme de minces troncs d'arbres, jusqu'au faîte de l'église. Entre les piliers rien que le vide : comme ils suffisent à porter la voûte, les murailles ont été presque complètement supprimées. A leur place s'ouvrent, découpées en forme de pointe de lance, d'immenses baies. A l'extérieur les tours sont elles-mêmes percées à jour par de hautes fenêtres ; elles encadrent une fenêtre ronde, la rose, pareille avec ses vitraux à un soleil de pierre, et de verre. La lumière entre à flots dans l'intérieur de l'église, d'où se dégage en toutes ses parties une impression de force intelligente et d'audacieuse légèreté.
LA SCULPTURE. LES VITRAUX. 0 0 L'ornementation est d'une admirable richesse. La disparition presque totale des murs entraîne la transformation
NOTRE-DAME DE PARIS : L'ABSIDE ET LA FLÈCHE a Lcbside eti particulièrement remarquable par l'élégante hardiesse de ses arcs-boutants^ qui ont 15 rnètres de portée, La flèche, haute de 45 mètres (95 m. au-dessus du sol), est en chêne recoaoerl de plomb. La boule qui supporte la croix renferme des reliques de la vraie Croix et de la Couronne d'épina. (cL. hachette.)
de la décoration picturale. Les fresques ont fait place aux vitraux. Chacun d'eux est un tableau lumineux découpé en multiples médaillons, dont la suite retrace les principaux épisodes de la vie d'un saint, ou bien représente, comme à la cathédrale de Chartres, les travaux des divers corps de métiers.
Mais la décoration est surtout sculpturale. Les soubassements, les pieds-droits, les tympans des portes sont couverts de bas-reliefs : médaillons symbolisant, comme à la cathédrale d'Amiens, les douze mois de l'année, ou représentant, comme à la Sainte-Chapelle de Paris, la Création, le Déluge ; grands basreliefs divisés en plusieurs étages et retraçant des épisodes de la vie du Christ, de la Vierge, des Samts, par exemple, à la cathédrale de Reims, le couronnement de la Vierge ; à Notre-Dame de Paris, le Jugement dernier. On multiplie partout les statues ; on en comptait deux mille à la cathédrale de Reims, qui semblait avant le bombardement allemand une immense dentelle de pierre. Elles sont dans les premières cathédrales assez gauchement sculptées, raides, allongées à l'excès, comme à la cathédrale de Chartres. Puis la science et l'habileté des statuaires s'accroissent. Leurs œuvres s'assouplissent ; au treizième siècle, il en est d'admirables, tel le Christ dit le Beau Dieu d'Amiens; tel, à Reims, le groupe de la Visitation. Ici les draperies sont d'un art si parfait qu'elles ne seraient pas indignes des grands artistes grecs.
LES ŒUVRES ET LES ARCHITECTES. 0 0 La première grande œuvre de style ogival fut la basilique de Saint-Denis, construite au milieu du douzième siècle (1143-1144) par l'abbé Suger, le ministre de Louis Vil, et devenue la sépulture des rois de France. Mais c'est au treizième siècle, et particulièrement de Philippe Auguste à saint Louis, que furent élevés les chefs-d'œuvre de l'art français. Ce sont, en les énumérant dans l'ordre où les travaux furent commencés : Notre-Dame de Paris (1 163), les cathédrales de Chartres (1194). de Rouen (1207), de Reims (1211), d'Amiens (1220), l'incomparable Sainte-Chapelle du Palais de Saint-Louis (1240), le chœur de la cathédrale de Beauvais (1247), la cathédrale de Bourges (1273).
Bien que de patientes recherches permettent constamment de découvrir de nouveaux noms d architectes, les constructeurs de la plupart des églises ogivales demeurent encorç inconnus. On sait pourtant, mais sans presque rien connaître de leur existence, qui furent les principaux créateurs de nos plus belles cathédrales : l'évêque Maurice de Sulli et Jehan de Chelles pour Notre-Dame, Jean de Beauce pour Chartres, Jean d'Orbais et Robert de Couci pour Reims, Robert de Luzarches pour Amiens, Pierre de
LA CIVILISATION FRANÇAISE AU MOYEN AGE
Montreuil pour la Sainte-Chapelle. Ces noms, presque ignorés, méritent de devenir populaires autant que le peuvent être ceux des plus grands architectes de l'Antiquité grecque ou de la Renaissance.
ÉVOLUTION ET EXPANSION DE L'ART FRANÇAIS, a a he style ogival n'a pas été employé seulement dans la construction des églises ou des grands monastères, comme le Mont Saint- Michel, l'un des joyaux de l'Europe ; il fut appliqué aux édifices civils : grands palais, comme le palais de saint Louis à Paris, le palais de justice à Rouen, hôtels de ville, comme celui d'Ypres; — à l'architecture militaire : châteaux forts, comme Pierrefonds et le château des Papes, remparts de villes comme à Carcassonne, Avignon, Aigues-Mortes; — ■ enfin aux habitations privées, depuis la simple maison à carcasse de bois jusqu'aux hôtels de pierre, les uns d'aspect sévère, comme l'hôtel de Sens à Paris, les autres d'une exquise élégance, comme l'hôtel de Jacques Cœur à Bourges, l'hôtel de Cluny à Paris, l'hôtel Bourgtheroulde à Rouen.
Le style français régna sans partage en France jusqu'au seizième siècle et à la Renaissance, soit pendant près de quatre cents ans. Dans un si long temps, il a évolué parce qu'il était vivant. Très sobre au début, il est devenu de plus en plus élancé et hardi dans ses formes, de plus en plus somptueux dans son ornementation. Ainsi l'on a eu successivement, au douzième siècle le style ogival primitif où, comme à la façade de Saint-Denis, les arcs et les voussures des fenêtres s'éloignent à peine du plein cintre ; puis, au treizième siècle le style à lancettes, le style des grands chefsd'œuvre où les arcs franchement brisés, comme à Notre- Dame et à la Sainte-Chapelle, présentent la forme aiguë d'un fer de lance ; au quatorzième siècle, le style
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conduits au tombeau fiât des morts ricaneurs. (cL. neuscein.)
rayonnant où l'édifice, élevé par des architectes sûrs de leur technique, s allège, s'affine et se pare d'ornements multipliés, roses, gables pointus des portails, pinacles et clochetons ; enfin au quinzième siècle, riche presque jusqu'à l'excès, comme au Palais de justice de Rouen, le style flamboyant, ainsi nommé parce que les nervures enlacées des fenêtres dessinent des sortes de flammes ondulantes.
L'architecture ogivale excita l'admiration de toute l'Europe. Elle conquit l'Angleterre, l'Italie, l'Espagne, l'Allemagne, la Bohême, l'Autriche, la Hongrie, la Pologne ; avec les Croisades elle pénétra dans l'Europe orientale et jusqu'en Asie. Londres, Milan, Venise, Burgos, Cologne, Nuremberg, Prague, Vienne, Cracovie, des villes du Péloponèse, l'île de Rhodes, Chypre, la Syrie montrent avec orgueil, pieusement conservés en Europe, presque en ruines en Orient, des cathédrales, des palais, des hôtels de ville, des châteaux forts construits, trois siècles durant, dans le style français et souvent par des maîtres d 'œuvre français.