‹ Nouvelle méditations poétiques: avec commentairesChapitre 3 sur 74 · PREFACE V · texte numérisé non relu

PREFACE V

volume contre un autre volume, d'un premier genre de mes poésies contre un nouveau genre, de l'approbation donnée à un de mes actes contre un second, de l'applaudissement soulevé par un de mes discours contre le discours qui suivait. Ainsi est faite l'opinion publique : elle ne veut pas reconnaître longtemps même son plaisir. Il faut qu'elle construise et qu'elle démolisse sans fin, pour reconstruire après, même les plus insignifiantes renommées. Elle finit par une suprême raison quand ses jouets sont morts, et qu'elle s'appelle la postérité; mais, pendant qu'ils vivent, elle n'est réellement pas encore l'opinion : elle est le caprice de la multitude.

Voilà ce que je vous disais un jour en descendant, nos fusils sous le bras, nos cbiens sur nos tidons, les pentes ravinées de sable rouge des hautes montagnes semées de châtaigniers qui font la toile peinte de la scène entre Saint-Point et le mont Blanc.

Où sont ces jours maintenant ? Où sont ces pensées nonchalantes qui s'échangeaient entre nous alors en conversations interrompues, comme les bruissements des saules et des chênes alternaient doucement, sous les premières ombres des soirées, avec les babillages des eaux filtrant à nos pieds dans les rigoles de la montagne ? Le rapide sillage du temps, qui court en changeant la scène et les spectateurs, nous a emportés tous deux sous d'autres latitudes de la pensée. Que d'autres entretiens aussi n avons-nous pas eus depuis sur d'autres théâtres et sur de plus importants sujets? Nous avons vu s'agiter les peuples, crouler les trônes, surgir les républiques, bouillonner les

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