‹ Nouvelle méditations poétiques: avec commentairesChapitre 5 sur 74 · PRÉFACE VII · texte numérisé non relu

PRÉFACE VII

jardins, sur les confins de la vie et de la mort, vous rappelleront ce que nous nous sommes dit, ici ou là, assis ou debout, sous telle inclinaison de l'ombre, sous tel rayon du soleil, au chant de tel oiseau dans les branches sur nos têtes, aux aboiements de tel chien, au hennissement de tel cheval de prédilection dans l'enclos ; vous vous arrêterez pour écouter encore et pour répondre, et vous serez, mieux que ce livre mort et muet, un souvenir vivant de ma vie écoulée. Cela m'est doux à penser. Ce n'est pas la postérité, c'est encore un crépuscule de la vie humaine après que notre court soleil est déjà éteint. L'homme n'est bien mort que quand tous ceux qui Vont connu et aimé sur la terre se sont couchés à leur tour dans le tombeau qui ne parle plus d'eux aux nouvelles générations. Jusque-là l'homme vit encore un peu dans la vie de ceux qui survivent. C'est l'aurore boréale du tombeau.

Les Orientaux, qui ont tout dit parce qu'ils ont tout senti les premiers, ont un proverbe plein de ce sens exquis de l'amitié. « Pourquoi Dieu, disent-ils, a-t-il donné une ombre au corps de l'homme ? C'est pour qu'en traversant le désert l'homme puisse reposer ses regards sur cette ombre, et que le sable ne lui brûle pas les yeux. » Vous avez été souvent pour moi comme une ombre de rafraîchissement, umbra refrigeriij et vous le serez encore pour ma mémoire, quand j'aurai passé.

Làmartinr.

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