SUR UN DON DE LA DUCHESSE D'ANGOULÊME
AUX INDIGENTS DE PARIS, EN iS^I
Pour me précipiter de plus haut dans l'abîme, Le sort mit mon berceau sur les genoux des rois. La couronne à mon temps me marqua pour victime ; L'orage de mon front la fit tomber deux fois.
Le bourreau me jeta le bandeau de ma mère ; De mes ans dans l'exil je vécus la moitié ; Mon diadème fut une ironie amère, Reine ici, reine là, mais par droit de pitié.
J'accepte ! Mais le ciel, en prenant mon royaume, Comme pour ajouter un contraste moqueur, Me fit une fortune à l'image du chaume.
Et ne me laissa rien de royal que le cœur ;
I. Madame la duchesse d'Angouléme avait envoyé, de Texil, un don pour les indigents à Mme Sophie Gaj.
SUR UN DON i85
Ce cœur qu il fait aux rois dans sa magnificence, Où s'élève exaucé le vœu du suppliant, Qui croit, même impuissant, à sa toute-puissance, Qui s'ouvre comme un temple au doigt d'un mendiant.
De si loin qu'un malheur me jette une parole. J'étends comme autrefois mon bras vers mon trésor ; J'ouvre ma main royale, il en tombe une obole!... Mais on voit mon empreinte, et l'on dit : « C'est de l'or! »