SUR LES RUINES DE ROME
Un jour, seul dans le Colisée, Ruine de l'orgueil romain, Sur l'herbe de sang arrosée Je m'assis, Tacite à la main.
Je lisais les crimes de Rome, Et l'empire à l'encan vendu, Et, pour élever un seul homme, L'univers si bas descendu.
Je voyais la plèbe idolâtre.
Saluant les triomphateurs, Baigner ses yeux sur le théâtre Dans le sang des gladiateurs.
Sur la muraille qui l'incruste, Je recomposais lentement
Les lettres du nom de l'Auguste ' Qui dédia le monument.
J'en épelais le premier signe :
Mais, déconcertant mes regards.
Un lézard dormait sur la ligne Où brillait le nom des Césars.
Seul héritier des sept collines, Seul habitant de ces débris, U remplaçait sous ces ruines Le grand flot des peuples taris.
Sorti des fentes des murailles, Il venait, de froid engourdi.
Réchauffer ses vertes écailles Au contact du bronze attiédi.
Consul, César, maître du monde, Pontife, Auguste, égal aux dieux, L'ombre de ce reptile immonde Eclipsait ta gloire à mes yeux !
La nature a son ironie :
Le livre échappa de ma main
Tacite, tout ton génie
Raille moins fort Forgueil humain!