‹ Nouvelle pratique médico-chirurgicale illustrée (volume 3)Chapitre 7 sur 91 · I .Mildiou pnnlit · texte numérisé non relu

I .Mildiou pnnlit

Baume <le tolu Poudre de 1 ><>\

a in centi

Pour une pilule : I il i par jour.

Sirop d ■ goudron | < iodex .

Goudron végétal purifié . . 10 gram s.

(1res siliceux, calciné

el lavé 15

Eau distillé*» 1000

Sucre blanc Q. S.

Filtrez le goudron disisé par le sable el allongé d'eau tiède; ajoutez ensuite le ucre.

Pommade île goudron (Codex).

Goudron végétal purifié 10 grammes.

Axonge 00

l .m de goudron.

Goudron végétal pu

lilie

Sable siliceux légère

meiil calciné. . .

Eau distillée

lïli

Émulsion de goudron ( odes 1884;.

( îoudron purifié. .

Teinture de quillaya

Alcool à 90" .'...)

Eau distillée chaude

*20 grammes.

L ne cuillerée à café, aux repas, dans peu d'eau.

GOURME. — Y. Impétigo.

GOUTTE. — Si. comme du temps d'Arétée, il est vrai de dire encore aujourd'hui que « les dieux seuls sont fixés sur la véritable nature de la goutte ». nous avons, du moins, appris à mieux connaître les manifestations cliniques de celle maladie, el à rattacher à la même diathèse goutteuse des symptômes, en apparence et au premier abord. Tort disparates entre eux.

Les Grecs ont désigné la goutte sous des noms différents d'après son siège. Lorsqu'elle occupait le pied, ils la nommaient podagre, 7couç, pied, et àypa, prise (le piège dans lequel l'animal esl pris par le pied) : chiragre, de ysip, main, quand elle occupait la main; el gonagre. de yovu. genou, quand elle siégeait au genou. Le mot goutte a prévalu. 11 date du xiir2 siècle, et lui introduit par Rodulfe. Il vient de cette idée que l'humeur peccante est distillée goutte à goutte dans les articulations. De là des termes à peu près équivalents dans les différentes langues: « goût » anglais: « gicht » allemand: « golla » italien; « gola » espagnol.

Localisai ions articulaires aiguës ou chroniques, tophus avec on sans suppuration, localisations viscérales primitives ou secondaires sur la gorge. l'œil, le rein, le cœur, etc., sonl autant de signes de la maladie goutteuse, de cette affection protéiforme qui, plus que toute autre, esl la maladie

totius subtantiœ ». Trousseau «lisait d'elle : « totum corpus esl pôdagra », signifiant ainsi, par cet axiome, que dans la goutte, maladie essentiellement chronique, toute crise aiguë, mais celle en apparence la plus primitive et la

65 Goutte.

plus légitimement individualisée et isolée, n'est, au demeurant, qu'un épisode aigu, un réveil brutal de la maladie restée sommeillante.

Pathogénie générale de la goutte. — Médecins et biologistes s'entendent presque tous à l'heure actuelle pour accorder à l'acide urique un rôle primordial dans la pathogénie des accidents goutteux. Les recherches chimiques de ces dernières années n'ont servi qu'à préciser le pourquoi et le comment de cette action. Voici très rapidement résumées les théories pathogéniques en litige. Je passe sous silence celles qui n'accordent aucun rôle à l'acide urique. Concevoir la goutte sans acide urique paraît une impossibilité nosologique. Cet acide, qui, à l'état normal, est éliminé par les urines, s'accumule donc dans le sang et les tissus des goutteux.

Par quel mécanisme se produit cette accumulation?

i° Par élimination retardée, entravée, d'acide urique.

Théorie de Garrod : La rétention d'acide urique dans l'économie a pou cause un vice d'excrétion urinaire par lésion ou insuffisance rénale. « Le rein est la pierre angulaire de l'édifice pathogénique de la podagre, l'acide urique en est le ciment. » (Critzman.)

2° Par destruction trop lente d'acide urique.

Théorie de Bouchard : La destruction trop lente, non seulement d'acide urique, mais surtout de Yacidose, en général, de l'organisme, serait due à un ralentissement de la nutrition. Ainsi se comprendrait la parenté qui existe entre la goutte, la lithiase, l'obésité. Les combustions organiques sont incomplètes; les albumines, introduites par l'alimentation, ne sont ni brûlées ni transformées complètement; l'étape terminale, urée, n'est pas atteinte, le cycle évolutif s'arrête au stade intermédiaire d'acide urique, d'où production exagérée de cet acide, et d'autres acides organiques, également « gouttogènes ».

Théorie de Lancereaux : Une névrose primitive influencerait les actes d'assimilation et de sécrétion, favorisant le défaut de destruction normale de l'acide urique. Ces théories ont été rajeunies par l'étude récente des ferments oxydants, des oxydases, diastases, qui seraient diminuées ou inhibées chez les goutteux.

5° Par production exagérée d'acide urique.

Théorie de Lecorché : La goutte est caractérisée par une augmentai ion exagérée des échanges moléculaires. (Théorie inverse de celle de Bouchard.)

Théorie de Murchinson : Il existe une déviation nutritive de la matière azotée dans le foie. 11 fait pins d'acide urique qu'il ne devrait. (Théorie hépatique.)

1° Par défaut de solubilité.

Théorie de SchmQll : A l'état normal, l'acide urique sérail dans le sang en combinaison stable avec un antre acide dérivant, lui aussi, des albumines ri des nucléines, acide nucléique pour Minkoswkî (1900). acide thymiqne pour Schmoll 1905). ('elle combinaison stable faciliterai! L'élimination urique. Or, chez le goutteux, l'acide nucléique on thymique faisant défaut, la solubilité de l'acide urique disparaîtrait, et ce corps étant, par suite, très difficilement éliminé par l<i rein, s'accumulerait dans le sang, h se dépo serait dans les tissus sous forme d'urates.

V l>. M. C. IV

Goutte. 66

Pathogénie spéciale de la précipitation des urates. L'étal uricémiquè dûmenl constitué, pourquoi el comment, dan- Les tissus, au niveau des articulations, au niveau des tophus, cel acide urique se précipite-t-il sous forme d'urate de soude?

D'après Ebstein, L'acide urique esl une substance toxique qui eau-»' des

modifications inflai atoires cl nécrosantes des Lissus; or, au contact du

lissu mort, l'acide urique sérail précipité sous forme d'urate de soude.

Van Loghem (d'Amsterdam) (1904, Ann. Pasteur a étudié expérimentalement la précipita lion de l'acide urique par injection sous-culanée ; il a observe (pic cet acide est très facilement dissous (et non phagocyté dans les humeurs « in vivo ». Par contre, quand ces humeurs sont au préalable très riches en acide urique, tout apport nouveau sous-cutané de cet acide Facilite sa précipitation en urate. Ces cristaux d'urate sont ultérieurement résorbés par les phagocytes. Ainsi se trouve expliqué, chez le sujet uricémiquè, le rôle des traumatismes locaux qui provoquent si souvent la crise goutteuse locale. L'épanchement qui suit le traumatisme s'accompagne de mise en liberté sous le tégument d'acide urique facilement précipi table en urate dont la présence va provoquer bientôt le gonflement douloureux. La guérison s'obtient par phagocytose des cristaux uratiques.

Étiologie. — Bien des inconnues subsistent encore avant que l'on puisse formuler une étiologie et une pathogénie générale définitives. Ne sait-on, par exemple, que, dans les leucémies avec hyperproduction d'acide urique. on n'observe pas d'accidents goutteux? Aussi doit-on se contenter de mettre en lumière trois éléments directs : prédisposition générale, plus ou moins soumise aux lois de l'hérédité, vie physique sr dentaire et alimentation défectueuse, non seulement riche en albumine, mais surtout en nucléo-protéides (riz de veau, foie, rein, cervelle, etc.), ou encore en boissons chargées de tanin (vin de Bourgogne). La France, l'Angleterre, pays de vie plantureux' et de « chère lie », sont les terres classiques de la goutte. Le sexe masculin paye à la maladie un tribut plus considérable. L'Age moyen du début de la goutte est entre 25 et 55 ans. On a cité des cas de goutte chez de tout jeunes enfants; on a cité encore des vieillards atteints, à 72, 75 ans, de leur première crise légitime de podagre.

Symptomatologie. — La goutte a des manifestations variables. Elle peut se révéler :

1° Sous la forme aiguë, articulaire ou viscérale ;

2° Sous la forme chronique, articulaire ou viscérale; la seconde de ceformes pouvant succéder à la première, ou, au contraire, survenir d'emblée.

1. Goutte aiguë articulaire. — La goutte aiguë est un épisode aigu de la maladie goutteuse.

11 existe donc des prodrome* et des signes avant-coureurs de cette goutte aiguë. Quels sont-ils?

Prodromes. — C'est, dans l'enfance et l'adolescence, la tendance aux migraines, aux dermatoses, à l'eczéma, à L'impétigo, à l'herpès récidivant de la verge. C'est encore la tendance aux épistaxis, aux hémorroïdes, parfois à la calvitie précoce, à la pharyngite granuleuse, à la bronchite sèche durant

Goutte.

les mois d'hiver, aux conjonctivites à réplétion, à l'écoulement urétral interminable à la suite de la gonorrhée.

Signes avant-coureurs. — Mais la maladie goutteuse est restée jusqu'alors latente. Elle couve, elle n'a pas encore éclaté. Elle n'attend qu'un prétexte pour se révéler sous le type articulaire aigu, et ce prétexte lui est fourni par un repas copieux et de bonne chère, un refroidissement, une fatigue physique, un traumatisme, même simplement la compression du pied par une chaussure trop serrée, ou encore par un surmenage intellectuel ou une émotion trop vive. Les signes immédiatement précurseurs seront une céphalée plus ou moins accusée, un certain degré de photophobie, des troubles digestifs, une gêne musculaire pouvant aller jusqu'à la raideur, et même faire place à des symptômes localisés de crampe et de contracture (De Grandmaison), un certain état vertigineux coïncidant avec de l'apathie physique et morale.

Parfois une détente paraît se produire. Le malade de la veille redevient gai. C'est une alerte, une accalmie toute momentanée. La crise aiguë va brutalement éclater.

La crise du gros orteil. — Brusquement, suivant la description classique, au chant du coq (sffb galli cantic), comme disait Sydenham, entre minuit et deux heures du matin, le malade est réveillé par une douleur vive dans le gros orteil, ou plus exactement dans l'articulation métatarso-phalangienne du gros orteil. Cette douleur spontanée procède par élancements pénibles, par lancinements, broiements. Elle reste contusive dans l'intervalle des paroxysmes douloureux. Elle s'exaspère à devenir horriblement douloureuse par le frôlement des couvertures, par le moindre mouvement. Le simple toucher superficiel de la région est un supplice pour le malade, et lui arrache des cris. Le goutteux aigu est, du reste, d'une irritabilité extrême, protestant contre toute tentative de thérapeutique locale, n'acceptant comme palliatif externe que des compresses humides, et surtout le « cerceau » protecteur qui isole le membre malade des contacts extérieurs.

L'arthrite ne survient que trois ou quatre heures après l'apparition de ces vives douleurs ; c'est alors que L'articulation métatarso-phalangienne d'un seul côté ou des deux côtés présente les signes classiques de l'inflammation : chaleur, rougeur, tuméfaction. La jointure esl gonflée, œdématiée, la peau esl tantôt rosée, pelure d'oignon, plus souvent rouge violacé, pivoine. comme prête à s'ulcérer. La rougeur |>»miI s'étendre en dehors des limites de l'arthrite. La région malade esl chaude, et le palper impraticable, tant la douleur esl \ ive.

Évolution. — Après trois à cinq heures de terrible souffrance, le malade. brisé par la fatigue, seul ses douleurs diminuer el s'endorl d'uu sommeil agité. Les douleurs reparaissent dans la journée, La nui! suivante, souvent

Fig. 15. — Papilles du rein. Fines aiguil les allongées, disposées en faisceaux irréguliers, ou isolées et comme jetées au hasard (Brissaud et Brécj ).

Goutte.

moins fortes, el peu à peu s'atténuent, pour disparaître vers le 5 ou le 6 ,i<>ur. Au point de vue local, progressivement, les signes '!<■ l'inflammation s'atténuent, la jointure diminue de volume, quelques sueurs localisées sun ienneni : puis, vers le î" <>u le 5e jour, <mi môme temps qu'une desquamation caractéristique, se déclare un pruril localisé très violent. Le malade se gratte, et, parfois, malgré la douleur qu'il provoque ainsi, s'excorie l'épiderme de ses ongles.

La crise de goutte du gros orteil est terminée.

Symptômes généraux. — Au cours de la crise de goutte, les symptômes généraux sont variables. 11 existe le plus souvent des troubles digestifs, une

langue très -almrrale. une haleine fétide, une soif vive, des sensations nauséeuses, une sensibilité particulière de la région hépatique, quelques râles de bronchite, quelques palpitations cardiaques.

La fièvre est souvent fréquente, entre 58 et 59°, pouvant s'élever à 40°. Elle mesure pour les uns l'intensité de l'attaque ; pour Bouchard, elle n'est en rapport, ni avec le nombre, ni avec l'intensité des fluxions, ni avec l'acuité de la douleur. Elle disparait, en général, quand la desquamation survient. Elle peut tomber alors au-dessous de la normale, ou persister au contraire pendant quelque temps.

La température locale est toujours plus élevée

Fig. 14. — Aiguilles allongées, comme dans la figure précédente, mais disposées en faisceaux et sortant d'un tube dilaté (Brissaud et Brécy).

qu'au niveau de la région symétrique saine.

L'examen du sang a, jusqu'ici, été négligé au point de vue des numérations quantitatives et qualitatives des globules. Au contraire, la teneur du plasma ou du sérum en acide urique a été bien étudiée. Le procédé du fil de Garrod est classique, 3 à 4 cenfim. cubes de sérum sont prélevés aseptiquement. Il faut, en effet, éviter la pullulation microbienne qui pourrait fausser la réaction. Le sérum est mis à dessécher partiellement. On a, au préalable. déposé en son sein quelques brins de (il, et ajouté quelques gouttes d'acide acétique dilué. L'acide urique se précipitera sur les fils el l'on pourra y déceler au microscope les cristaux caractéristiques.

D'après Garrod, la présence de 2 milligr. d'acide urique rapporté à

69 Goutte.

500 centimètres cubes de plasma est nécessaire dans le sang circulant, pour la précipitation « in vitro » de quelques cristaux ; à 10 milligr. d'acide urique pour 500, il existe une abondance exceptionnelle de cristaux. Un simple calcul nous montre qu'à ce taux la proportion d'acide urique peut s'élever dans le sang total du goutteux de 2 à 10 centigr. environ. Ajoutons que Debove a trouvé le sérum lactescent dans trois cas de goutte ; lactescence, qu'avec Widal nous avons signalée chez certains brightiques.

U examen de Vur%ne fait voir que chez les goutteux, en dehors des attaques aiguës, l'excrétion urique se comporte comme chez les sujets sains, qu'au contraire, dans la goutte aiguë, il y a une diminution très nette de l'excrétion urique au début de l'accès, suivie d'une augmentation à la fin de l'accès. Même, assez longtemps après la crise, on peut constater une proportion anormale d'acide urique urinaire.

Telle est la description de la crise franche de goutte aiguë.

Cette crise peut être la seule manifestation goutteuse durant la vie entière du sujet, ou au contraire récidiver à plus ou moins longs intervalles. Un malade pourra avoir des accès de goutte aiguë qui resteront immuablement aigus sans passer à l'état chronique, ou, au contraire, les accès sont subintrants, la jointure ne revient plus à l'état normal, la chronicité s'établit.

Il existe certaines autres modalités de l'arthrite goutteuse aiguë, modalités dans la durée du temps d'évolution (2 jours à 3 semaines), modalités dans l'intensité des douleurs, modalités dans la localisation de l'arthrite ou dans la généralisation de cette arthrite. Toutes les articulations peuvent être prises, simulant ainsi l'attaque de rhumatisme articulaire aigu.

II. Goutte aiguë viscérale. — La « fluxion » goutteuse peut d'une façon irrégulière se porter primitivement sur le pharynx, l'œil, le poumon, le tube digestif. Certains auteurs considèrent les vomissements avec acétonémie chez les enfants comme les équivalents de goutte larvée infantile. On comprend combien le diagnostic peut être, dans ces cas, difficile, si la localisalion viscérale est primitive. Le plus souvent le diagnostic rétrospectif est alors seul possible, grâce à l'apparition ultérieure delà crise du gros orteil. Au cours de l'accès articulaire régulier de goutte, on peut voir survenir des complications viscérales goutteuses redoutables au niveau du poumon, des centres nerveux, du cœur (goutte remontée, métastases goutteuses).

III. Goutte chronique articulaire. — La goutte chronique atteint généralement les sujets Agés. Elle est rarement chronique d'emblée, clic est précédée par «les attaques plus ou moins fréquentes de goutte aiguë. Le malade en proie à la goutte chronique est voué à l'impotence. Les pieds, les genoux, les mains sont déformés, les articulations métacarpo-phalangiennes son! parfois le siège de déformations considérables. A la goutte chronique appartient l'histoire des tophus, concrétions formées d'urate de soude, d'urate cl de phosphate de chaux. Les concrétions se développent dans le tissu cellu laire sous-cutané ci siègent de préférence au niveau des mains, des orteils. des oreilles. Dans quelques cas, le lophus se résorbe : parfois, au contraire, |;i peau s'ulcère ci la matière lophacée est déversée en dehors, entretenant ainsi de véritables fistules crayeuses.

Goutte. 70

La goutte thermique peul entraînera sa suite un véritable état de cachexie goutteuse.

IV. Goutte chronique viscérale. — La goutte et le rein. — La goutte peut se manifester au niveau des peins soUs différentes formes: gravelle, colique néphrétique, hématurie, mais un type surtout demande ;i être individualisé, c'est le type du rein goutteux, d<- la aéphrite goutteuse. Anatomiquement, il s'agit d'un petit rein rouge scléreux, granuleux, rétracté, à productions kystiques fréquentes, avec présence de cristaux d'acide urique et d'urate de soude, <jui se déposent soilà l'intérieur des Lubes urinifères, soit à l'extérieur dans le tissu conjonctif (fig. 13 et I i). Les signes d<i la aéphrite goutteuse sont ceux des néphrites chroniques en général (v. c. m.), c'est-à-dire s'accompagnant d'hypertrophie ventriculaire gauche, de galop, d'œdème malléolaire, de dyspnée, d'hémorragie rétinienne, d'hypertension artérielle, etc.

L'albuminurie est très fréquente dans ces cas et parfois abondante. Dieulafoy a isolé une forme d'albuminurie, sorte de diabète albumineux goutteux, qui peut durer des années sans aboutir au mal de Bright.

Diagnostic. — Le diagnostic de la goutte larvée (goutte viscérale aiguë primitive) est souvent difficile; celui de la goutte aiguë articulaire ne présente aucune difficulté.

L'étiquette nosologique à donner à certains cas de rhumatisme articulaire chronique, de parenté goutteuse (en dehors, par conséquent, de la goutte articulaire chronique classique avec top/rus), est parfois des plus embarrassantes. Rhumatisme noueux déformant? Rhumatisme goutteux? Deux caractères légitiment le second diagnostic (J. Teissier, de Lyon) : 1° la lésion primitive, non du cartilage ni de l'articulation elle-même, mais des tissus péri-articulaires ; 2° la présence de dépôts d'urate de soude au niveau des déformations osseuses ou des tissus péri-articulaires, qui tranchent, à l'épreuve radiographique, par leur teinte pâle (imperméabilité des urates aux rayons X). Il existe en outre quelques cas intermédiaires dans lesquels rhumastisme goutteux et rhumatisme noueux déformant semblent s'être donné rendez-vous.

Pronostic. — L'accès de goutte articulaire n'est pas grave en lui-même, mais la goutte emprunte ses facteurs de gravité à la possibilité des accidents terribles de la goutte remontée, aux métastases goutteuses, et surtout à la fréquence des lésions cardio-aortiques et néphrétiques. Le goutteux récidivant meurt le plus souvent par son cœur et son rein, il devient presque fatalement un réno-cardiaque.

Lésions. — Au point de vue histologiquc, les dépôts d'urate de soude se font d'abord autour des cellules cartilagineuses profondes, puis il se forme des incrustations plus ou moins étendues sur les surfaces articulaires, dans l'épaisseur des ligaments, des tendons, des gaines tendineuses et même parfois sur les prolongements aponévritiques des muscles.

Traitement de la Goutte. — A propos du pronostic parfois sévère de la goutte, un goutteux illustre, le grand Sydenham, disait : « Pour les humbles comme moi, il existe pourtant une consolation dans celte pensée que la goutte, contrairement aux autres maladies, lue plus de riches que de

71 Goutte.

pauvres, et surtout plus de gens d'esprit que de sots ». Peu de goutteux se contenteront de la douce philosophie de Sydenham, ou de la thérapeutique peu compliquée de Fiiller : « abstinence, flanelle, patience, repos », et demanderont à la thérapeutique, sinon une guérison de leur diathèse, du moins l'atténuation des manifestations de cette diathèse.

I. Thérapeutique générale. — 1° Il faut réduire, par un régime alimentaire approprié, la formation de Vacide urique. Le goutteux tendra à devenir végétarien et à rester petit mangeur. La chair animale ne sera permise qu'une fois par jour, à l'exclusion du gibier faisandé, et surtout des viandes jeunes et riches en nucléo-protéides, telles que foie, rein, cervelle, et surtout ris de veau. Les œufs, le caviar, sont permis; la laitance de poisson, riche en nucléine, doit être interdite. Le lait est autorisé; son albumine, comme l'albumine de l'œuf, est en effet une paranucléine qui n'est pas susceptible de donner de l'acide urique. Les graisses, le beurre, sont indifférents ; les hydrates de carbone particulièrement recommandables, surtout le riz, la pomme de terre, beaucoup plus que le pain, dont le goutteux doit se méfier (Gautier).

Parmi les légumes verts prohibés (haricots verts, petits pois, oseille, épinards), les tomates ne méritent pas l'ostracisme dont elles ont été frappées (Gautier); mais les asperges peuvent être nuisibles (nucléo-albumine). Le goutteux peut faire usage des fruits mûrs, des oranges surtout. Il n'a pas à se méfier du citron, qui jouirait même de propriétés curatives.

Quelque bien que l'on ait dit de l'ingestion d'alcool, le goutteux devra s'en abstenir; au contraire, il pourra user avec modération de thé, de café.

2° // faut favoriser, par les exercices physiques, l'oxydation de Vacide urique formé ; mais, comme le diabétique, le goutteux ne devra jamais user qu'avec modération des nombreux sports qui se pratiquent à l'excès (escrime, chasse, bicyclette, cheval, etc.). Les frictions sèches le matin, le massage non précédé de sudations calorifiques excessives, sont des adjuvants utiles à la cure.

5° Enfin, pour aider à la solubilisation et à V élimination de Vacide urique, on a recours à la médication alcaline, dont le but est de diminuer l'acidité du sang et d'empêcher la précipitation de l'acide urique.

La médication lithinée (bcnzoate, carbonate, citrate de lithine) vise à substituer les urates de lithine aux urates de soude, ceux-là étant plus solubles que ceux-ci.

La médication solvante de l'acide urique est représentée par l'emploi de h» piperazine, du lycétol, du sidonal. On a également essayé tout récemment, en se basant sur les données pathogéniques que nous avons exposées au sujet des combinaisons plus ou moins stables de l'acide urique dans l'organisme, de donner de l'acide thymique (combinaison qui favorise la solubilité et l'éliminai ion urique). Le produit est spécialisé sous le nom de « solurol ».

II. Thérapeutique spéciale. — Faut-il intervenir dans l'accès «le goutte aiguë? El quand on aura badigeonné la région enflammée avec du laudanum tiédi, ei qu'on l'aura protégée contre les heurts extérieurs, faudra I M donner du colchique, le médicamenl quasi spécifique «le la goutte? Oui.

[ Corr

V Genl

} lien

\ Fraxinus exe

/ Scilla maritii

f Chin. und Ci

Goutte. ~-

pour Lecorché, et dès Le début de l'accès. Non, pour Bouchard, Dieulafoy, Legendre el I >ï<mi d'autres cliniciens. L'accès de goutte aiguë étant regardé par ces auteurs comme une sorte d'émonctoire qu'il faut respecter, on ue donnera <lu colchique que lors de la détente critique, vers le 6e, 7", 8e jour, et l'on calmera momentanément les douleurs <lu malade par du salicylate de soude, <\c l'aspirine, du pyramidon.

En Ions cas, plusieurs préparations de colchique peuvent être employa et, à ce propos, certaines spécialités commerciales doivent être connue- et citées : la liqueur Laville, les pilules Lartigue, la teinture de Cocheux, la colchicine Eioudé.

L'administration du colchique ne sera, du rôle, que passagère, durant Lrois, quatre jours, une semaine au plus. On ne répétera celle eure qu'après l'apparition d'un nouvel accès. Ce n'est qu'au cours des crises subaiguës, avec tendance à la chronicité, que le colchique pourra être moins parcimonieusement distribué.

Voici la composition réelle de la liqueur Laville et des pilules Laville :

Liqueur

Convàllaria Majalis 0 gr. 10

mtiana Lutea 0 gr. 10

axOrmodactylus i 0 gr. 10

Principes actifs de < T. J , . n on

^xcelsioi' 0 gr. 20

ima 0 gr. 15

linchonin 0 gr. 50

Chlorate de Calcium 0 gr. 50

Phosphate de Sodium 0 gr. 15

Vin et Alcool 60 grammes.

Pilules :

Extrait de Physalis Alkekengi 10 grammes.

Natr. Silicis 5 —

Principes actifs de \ ^axin"s ^elsior 0 gr. 50

1 ( Convàllaria majalis 0 gr. 50

F. s. a. 150 Pilules.

Les pilules Lartigue contiennent, chacune d'elles, 5 centigr. d'extrait de colchique, 1 centigr. d'extrait de digitale el 4 centigr. d'extrait de quinquina.

La colchicine rallie à elle nombre d'adhérents.

Aux goutteux cachectiques, on donnera du fer et de l'arséniate de soude, et l'on permettra une alimentation substantielle. C'est encore dans le cas de goutte chronique asthénique que l'on peut retirer les meilleurs effets de l'emploi de l'acide phosphorique. Personnellement, nous l'avons employé chez un goutteux chronique du service de Brissaud, avec un réel succès, à la dose de 2 gr. 50 à 3 grammes quotidiennement durant trois mois. L'acide phosphorique a agi dans ce cas merveilleusement après échec de toutes les médications longtemps essayées. 11 n'est pas douteux que, chez certains malades, il puisse exister une double étape biochimique, l'étape d'hypoacidité, pouvant plus ou moins rapidement succédera l'étape d'hyperacidité des humeurs.

Quant au traitement hydrominéral, Évian, Vittel, Martigny, Contrexé-

1. Hermodacte (doigt d'Hennés, doigl curateur i\\\ dieu égyptien) <*>! le nom donné par les anciens au colchique d'automne. (Delpeuch, la Goutte et le Rhumatisme.)

73 Gouttes (Poids des).

ville sont des stations réputées. Les eaux de Vichy conviennent surtout aux goutteux gras avec gros foie, et Châtel-Guyon aux goutteux constipés.

Les goutteux rénaux bénéficient du régime diététique avec déchlorurat'tnn. sans adjuvant de cure thermale.

La goût le chronique relève de la Bourboule, d'Aix, de Bourbonne-les- Bains.

On voit que le goutteux doit se garder, dans la thérapeutique diététique ou médicamenteuse de sa diathèse, de toute règle trop sévère ou trop exclusivement systématique. A nul mieux qu'à lui ne s'appliquent ces paroles de J.-J. Rousseau : « Il faut savoir être sobre avec sobriété ».

Traitement chirurgical. — Un malade se plaint sans cesse de ses tophus douloureux. C'est un tophus du coude, de la main, du pied qui va provoquer une gêne douloureuse constante, parfois même paroxystique, sous l'influence d'un heurt. Si, dans ces cas, l'état général est bon, et s'il n'existe pas de tares viscérales accusées, l'ablation des concrétions doit être tentée. Plusieurs succès définitifs ont été publiés à la suite de telles tentatives (Sicard, Friedel, Laurent). j.-a. SiCARD.

GOUTTE SATURNINE. — Cette affection, mise en doule par certains auteurs, ne laisse pas d'être réelle (Musgrave, Garrod, Charcot, Potain), mais elle est rare. Les peintres en bâtiment payent un plus large tribut à la maladie que les autres professionnels maniant des substances plombiques.

La goutte saturnine est un exemple de goutte directement acquise, sans intervention de diathèse héréditaire. Il semble que l'intoxication saturnine héréditaire favorise l'accumulation d'acide urique dans l'organisme, en modifiant l'action des ferments oxydants, après avoir provoqué des lésions du rein et surtout des troubles de la fonction hépatique. La goutte saturnine se distinguerait de la goutte ordinaire par l'absence de tophus, la généralisation rapide des accès articulaires, leur durée plus longue, leur localisation aux grosses jointures, enfin par l'aspect anémique des malades et la précocité des lésions vésicales, surtout rénales.

Les accidents dus au saturnisme peuvent évoluer parallèlement : coliques de plomb, paralysies diverses, etc. Il faut être très saturnin cl depuis longtemps pour devenir goutteux saturnin. Cette nécessité d'une imprégnation marquée de l'organisme par le plomb explique comment de nombreux saturnins échappent à la goutte.

Le traitement vise à la fois la cure du saturnisme (v. c. m.) et de la goutte commune (v. <•. m.), ,/.-.i. SICARD.

GOUTTES POIDS DES). — Le dosage des médicaments par gouttes est très usité lorsqu'il s'agil de liquides actifs.

Des circonstances nombreuses influent sur la formation des gouttes el modifient leur volume. Le volume des gouttes et. par conséquent, leur poids changent avec la nature du liquide qui !<•> constitue et avec les conditions de leur production; le nombre <l<is gouttes fournies par un gramme de liquide varie donc aussi sous les mêmes influences. On a été conduit, pour doser avec la précision nécessaire les liquides par gouttes, à faire

Gouttes (Poids des). 74

usage d'instruments spéciaux, que l'on désigne sous le nom <!<• comptegouttes.

L'instrument qui a été adopté comme compte-gouttes normal est con stitué par un tube ou un récipient de verre,donl La forme peut être variable et auquel est soudé un tube d'écoulement. L'instrumenl doit satisfaire aux conditions suivantes :

1° Le diamètre extérieur du tube d'écoulement doit être égal à 5 millimètres (Convention internationale);

Ll" Le diamètre intérieur du même tube doit être égal ù 6 dixièmes de millimètre;

3° L'écoulement du liquide doit toujours se faire en chute libre.

Vingt gouttes d'eau distillée, comptées avec le compte-goutte normal, doivent, à la température de 15°, peser un gramme, à moins de deux centigr. près.

Poids des gouttes, à la température de 15°, des principaux médicaments liquides, inscrits dans la Pharmacopée française.

Page 1