Nouvelle pratique médico-chirurgicale illustrée
BLÉPHARITES. — Le mot Blépharite n'est qu'une dénomination anatomique sans signification précise. On le conserve encore pour désigner l'inflammation du bord palpébral, en lui adjoignant divers qualificatifs d'ordre clinique (blépharite squameuse, sèche, ulcéreuse, suppurée, hypertrophique), ou encore d'ordre anatomique (blépharite ciliaire, blépharo-adénite, blépharite glandulo-ciliaire), faute de données suffisantes pour établir une classification étiologique à peine ébauchée actuellement.
Les blépharites peuvent se diviser en deux grandes classes : les blépharites squameuses sèches et les blépharites ulcéreuses.
Dans les premières, le rebord palpébral est couvert de fines pellicules blanchâtres, furfuracées; la peau est hyperémiée, mais elle n'est jamais ulcérée, ni recouverte de sécrétion purulente desséchée; pourtant on peut, dans certains cas, observer quelques croûtes jaunâtres dues à la sécrétion des glandes sébacées. Cette forme a été rapprochée de la séborrhée sèche ou grasse (teigne) du cuir chevelu.
L'aspect de la blépharite ulcéreuse est tout à fait différent. Le bordpalpébral est hypertrophié, couvert de croûtes jaunes qui laissent au-dessous d'elles, lorsqu'on les détache, des ulcères qui sont eux-mêmes l'aboutissant d'un processus suppuratif qui a détruit plus ou moins les follicules pileux et les glandes sébacées qui y sont annexées. De telles lésions folliculaires amènent la perte totale ou partielle des cils (madarosis, u.aoàco, tomber, en parlant des cheveux); la déformation du bord palpébral qui s'épaissit, devient dur (tylosis, tùào:, durillon, callosité), s'éverse, s'ectropione; et enfin du larmoiement et des complications conjonctivales, cornéennes et quelquefois lacrymales (dacryadénite palpébrale).
Étiologie. — Les notions étiologiques sont actuellement bien imprécises; aussi, pour y apporter quelque netteté, doit-oncomparer les affections V" p. m. c. - II. 1
Blépharites. 2
du bord palpébral aux maladies de la peau el appliquer à la recherche du diagnostic étiologique «les premières les mêmes méthodes que pour les -croiidcs. La blépharite squameuse correspond à la séborrhée sèche, au pityriasis simple, comme la blépharite ciliaire séborrhéique correspond à la séborrhée fluide. Dans les altérations de l'épidémie, du derme et des annexes de la peau du boni palpébral (follicules pileux, glandes sébacées, -lan.lc- sudoripares), nous retrouvons les mêmes causes générales que dans les autres territoires cutanés, tel que le lymphatisme, la scrofule, la tuberculose, la syphilis (V. Syphilis oculaire), les diverses intoxications, les dermatoses parmi lesquelles doivent être particulièrement mentionnés l'eczéma et l'impétigo. Les inflammations conjonctivales chroniques, le larmoiement d'origines diverses, un état lacrymal latent, sont des causes locales que peinent favoriser l'air vicié, la fumée, les poussières, la chaleur, l'humidité. Viennent enfin les infections du voisinage (nez, conjonctive, voies lacrymales), puis les amétropies et surtout l'hypermétropie qui paraissent agir par l'hyperémie du bord palpébral consécutif aux clTorts d'accommodation.
La blépharite vaccinale ne se présente pas sous la forme de vésicules, mais bien d'ulcérations dues à une infection secondaire précoce, ulcérations précédées d'un œdème palpébral très accentué. Les lésions apparaissent de onze à douze jours après la vaccination de l'enfant et sont le résultat d'une contagion par contact. Les ulcérations se recouvrent d'un eschare qui tombe au bout de huit à dix jours et la réparation se fait sans laisser de cicatrices.
Diagnostic. — La blépharite squameuse ne peut être confondue avec aucune autre affection. La blépharite acarienne présente des caractères assez spéciaux pour être facilement distinguée des blépharites ulcéreuses. L'œdème palpébral du début, l'évolution rapide des ulcérations sont propres à la blépharite vaccinale. On ne confondra pas la blépharite ulcéreuse, dans laquelle les bords palpébraux sont recouverts de petits ulcères, avec une conjonctivite, dont la sécrétion épaisse se dessèche et forme des dépôts croùteux. Dans la phtiriase des paupières, les bords palpébraux ne sont pas ulcérés, ils ont un aspect foncé dû à des corpuscules grisâtres; d'ailleurs l'examen au microscope du parasite ne laissera aucun doute. L'aspect est à peu près le même lorsqu'il s'agit de l'acarus (gale).
Traitement. — Pour les blépharites squameuses comme pour les blépharites ulcéreuses bilatérales, c'est-à-dire relevant de causes générales, on associera au traitement local un traitement général basé sur la constitution du sujet. On placera, en outre, ce dernier dans d'excellentes conditions hygiéniques.
Les préparations de soufre et de goudron sont utiles dans la blépharite squameuse. Après avoir lotionné les paupières avec une solution de carbonate de soude, on appliquera sur le bord palpébral une pommade soufrée ou goudronnée.
Carbonate de soude 20 grammes.
Eau stérilisée 500 —
Pour laver les yeux matin et soir. Couper par moitié avec eau bouillie chaude au moment de s'en servir.
Blépharites.
Appliquer ensuite l'une des pommades suivante*3, qu'on pourra au besoin alterner:
1° Goudron végétal 1 gramme.
Lanoline ) ~ |() grammes>
\ aseline )
-1" Soufre précipité 1 gramme.
Lanoline | - 10 grammes.
\ aseline )
3° Soufre précipité j ^ { me<
Oxyde de zinc \
Vaseline ... i a~a 10 gramm.es.
Lanoline ou glycérolé d amidon )
1° Lanoline ) -
Eau oxygénée \
10 srramme
Soufre précipité 2 —
On devra en outre cathétériser les voies lacrymales dans les blépharites sèches, rebelles, même non accompagnées de larmoiement.
Dans la blépharite ulcéreuse, glandulaire, on fera de fréquents lavages des paupières avec de l'eau bouillie chaude ou encore avec la solution suivante :
Acide salicylique 50 centigr.
Acide borique 20 grammes.
Eau stérilisée 500 —
Couper avec moitié eau bouillie chaude au moment de s*en servir.
Ces lotions, auxquelles on pourra adjoindre l'application de cataplasmes de fécule de riz ou de glycérolé d'amidon, ont pour but de ramollir, de détacher les croûtes et de mettre en évidence les petites ulcérations qu'on cautérisera avec un pinceau d'ouate hydrophile imbibée de teinture d'iode ou dune des solutions suivantes :
1° Nitrate d'argent 20 centigr.
Eau stérilisée 10 grammes.
On pourra aussi se servir avec avantage des crayons de nitrate d'argent.
2° Acide picrique 10 centigr.
Eau stérilisée ) „ „
Glycérine 5 aa » grammes.
El tous les soirs on appliquera sur le bord libre des paupières un peu de pommade à l'oxyde jaune de mercure :
Oxyde jaune de mercure 25 à 50 centigr.
Vaseline )
Lanoline y aa 5 grammes.
ou au précipité blanc (chlorure mercureux précipité) :
Précipité blanc 10 à 20 centigr.
Vaseline i „
Lanoline i ;îu ;) grammes.
ou à Vichtyol :
Ichtyol 50 centigr.
\ aseline ) „
Lanoline . \ aa 5 grammes.
Les solutions de sublimé donnent de bons résultats à condition d'être à
Blépharospasme. i
doses élevées; aussi devra-t-on apporter beaucoup <!<' prudence dans leur emploi. On se servira <l<i> solutions suivantes :
I" Sublimé 1 gramme.
Glycérine 30 grammes.
2e Sublimé 10 centigr.
Glycérine 10 grammes.
La première solution cl 30) sera appliquée ions les 2 ou 3 jours et la seconde (I |». 100) plus souvent. Le médecin devra faire lui-même ces applications avec beaucoup de soin afin de ne pas mettre la solution en contact avec la conjonctive ou avec la cornée. En aucun cas ce traitement ne peut être confié au malade.
Ce traitement sera complété par l'épilation des cils et Je traitement des affections conjonctivales et des voies lacrymales concomitantes.
Blépharites parasitaires. — Phthyriase palpébrale. — Affection parasitaire du bord des paupières due à la présence de poux, principalement du Dediculus pubis, sur la peau du bord ciliaire, à la base des cils, le long desquels ils pondent leurs œufs et rejettent leurs excréments.
Les enfants soûl particulièrement atteints; les adultes n'en sont pas exempts.
Les malades se plaignent surtout de prurit au niveau des paupières. Les bords palpébraux sont un peu rouges, irrités, rarement enflammés ou couverts de croûtes, et presque toujours recouverts d'une poussière grisâtre (signe très important) qui leur donne un aspect foncé. A la loupe on reconnaîtra les poux et les lentes.
Le traitement rapide consiste à enlever les poux avec une fine pince, ce qui n'empêchera pas d'employer le traitement médical par les lotions avec de l'ouate hydrophile imbibée de liqueur de Van Swieten et d'application d'onguent napolitain. L'eau vinaigrée et les solutions alcalines seront utiles pour détruire l'adhérence des lentes aux cils.
On peut trouver à la racine des eils le demodex folliculorum, qui irrite le bord palpébral et donne naissance à des croûtes jaunâtres d'aspect melliforme.
Blépharites dues à la présence de parasites cryptogamiques. — Ces parasites (achorion Schoenleinii, trichophyton) siègent dans l'épaisseur du cil ou autour de sa racine. La blépharite favique (achorion Schoenleinii) est toujours compliquée d'autres manifestations faviques. Le trichophyton est reconnu à l'examen microscopique du cil. PÊCHIN.
BLÉPHAROPHIMOSIS. V. Paupière (Anomalies).
BLEPHAROSPASME. — Le blépharospasme est un spasme facial partiel, limité au muscle orbiculaire des paupières. Comme dans le spasme facial, il s'agit d'un mouvement involontaire, réflexe, d'origine bulbaire ou spinale, qui ne peut être réprimé, qui ne répond à aucun acte défini ni à aucune systématisation. Ce spasme peut s'étendre à d'autres muscles, mais ces muscles sont toujours du domaine de la septième paire.
Le spasme revêt des formes diverses : contractions parcellaires, aberrantes, fasciculaires, frémissements, battements de paupières, contracture permanente(H. M eige) (blépharotonus, blépharospasme pseudo-paralytique) :
5 Blessés (Recherche et Transport).
ces formes diverses peuvent se substituer Tune à l'autre. La paupière résiste plus ou moins au doigt qui cherche à la soulever; le sourcil est abaissé alors qu'il esl élevé dans le ptosis. Le mouvement spasmodique n'est pas instantané, il se manifeste par accès avec période d'augmentation, période stationnaire el période de déclin; il est le plus souvent unilatéral. Il n'est pas douloureux et peut se produire pendant le sommeil.
Le blépharospasme est un phénomène convulsif; il dépend par conséquent dune irritation passagère ou permanente d'un point quelconque de l'are facial, de toute excitation périphérique (lumière vive, poussière, corps étranger sur le globe oculaire, lésions conjonctivales ou cornéennes, traumatisme, lésions du voisinage, lésions de la muqueuse pituilaire, polypes du nez, etc.). Le blépharospasme a été signalé dans l'hystérie; mais avant de l'aire ce diagnostic étiologique, on devra bien s'assurer de l'absence de toute lésion oculaire, et même dans le cas où l'on retrouverait les soi-disant stigmates de la névrose, il est sage de se tenir encore sur la réserve, car on peut avoir affaire à une association hystéro-organique.
On doit à Henry Meige d'avoir bien fait ressortir les caractères qui distinguent les spasmes des tics, distinction sur laquelle Brissaud a appelé L'attention en 1893. Nous trouverons entre le blépharospasme et le tic des paupières toute la différence qui existe entre le spasme et le tic. Le blépharotic est un trouble psychomoteur; son origine est corticale; il constitue un mouvement, un geste qui répond à un but, à un acte, à une systématisation fonctionnelle (H. Meige). Il s'agit d'une réaction motrice qui nécessite l'intervention corticale; aussi le blépharotic, comme tous les tics en général, est-il susceptible de guérison par une méthode de traitement basée sur la discipline des actes psychomoteurs, alors que cette méthode n'a aucune prise sur le blépharospasme, justiciable, lui, de la médication antispasmodique. Et c'est pour avoir confondu le spasme et le tic que nous trouvons encore dans la plupart des ouvrages classiques une étiologie à la fois confuse et chargée pour le blépharospasme et qui doit être allégée de toutes les causes d'origine corticale qui constituent l'état mental des tiqueurs, état caractérisé surtout par l'impuissance d'une volonté débile et versatile. Et c'est pourquoi les termes de tic non douloureux des paupières, de lie convulsif doivent être abandonnés.
C'est à rétablir l'équilibre mental qu'on s'attachera pour faire disparaître le blépharotic, alors que pour le blépharospasme on soignera toute lésion oculaire ou périoculaire capable de déterminer une irritation quelconque dans le territoire de la cinquième paire. PÉCHIN.
BLESSÉS (RECHERCHE ET MOYENS DE TRANSPORT). — En campagne, le grand souci du service de santé militaire est d'enlever promptemenl et commodément les blessés du champ de bataille. « C'est, disait Percy, le premier secours et la première consolation que doivent recevoir ces victimes. »
De nos jouis, cette question de l'enlèvement des blessés a singulièrement grandi, depuis que 1;» précision, la vitesse et la longue portée des armes modernes, à tir rapide, ont rendu les combats plus meurtriers.
Blessés (Recherche et Transport). 6
En outre, celle question <lu transport des blessés doil retenir l'attention de tout praticien, en temps <le paix comme en temps de guerre, car la clinique ainsi que l'expérience des dernières guerres ont prouvé que les blessés splanchniques devraient être traités sur place.
Le repos et l'immobilité sont considérés aujourd'hui comme le meilleur traitemenl des plaies cavitaires; aussi Lejars a-t-il pu écrire : « Il faut épargner le pins possible aux grands blessés les évacuations précipitées et les transports lointains, en immobilisant pour eux, sur le champ de bataille ou dans son voisinage immédiat, un nombre suffisant de formations sanitaires. »
A son retour de la guerre Sud-Africaine le professeur Trêves écrivait : « Un autre facteur dont on ne saurait trop montrer l'importance, c'est le transport des blessés. »
« A Spion-Kop, au milieu des rochers, sur des pentes abruptes, les transports étaient longs et difficiles; en peu de temps nous avons perdu 7)7) blessés, sur un total de 700. \u contraire, quand le transport était couri et confortable, on pouvait observer des cas merveilleux de guéri son dans les plaies de l'abdomen sans la moindre réaction péritonéale. »
« Dans les fractures de cuisse, la durée du transport est un élément redoutable : s'il faut que le blessé passe deux jours en chemin de fer pour gagner les hôpitaux de la base, ce long voyage équivaut à un arrêt de mort; tandis que, si on peut le garder au repos à l'ambulance, au bout de cinq jours il va mieux et peut être évacué. Aussi ce n'est pas le blessé qui devra// aller à Vhôpital. c'est l'hôpital qui devrait venir à lui. »
Malheureusement, en campagne, ce vœu pourra rarement être réalisé, car il est nécessaire de déblayer le théâtre de la lutte. D'ailleurs, écrit Nûssbaum : « le blessé ne trouve au milieu de son corps d'armée que la misère et 1rs privations de tout genre. Evacué sur l'arrière, il trouve, au contraire, tout ce que l'amour du prochain et la reconnaissance de ses concitoyens peuvent lui donner. »
Mais puisque ces évacuations sont une dure nécessité, notre devoir n'est-il pas de rendre moins douloureuses les étapes « de ce long calvaire vers les soins définitifs et la guérison ». (Coustan).
Pour ce faire, dit M. le professeur Delorme, V idéal c'est de réduire, dans la limite du possible, le temps nui sépare le moment où l'homme est blessé, de celui oit il peut être pansé d'une façon jjIus méthodique. Aussi il faut proportionner les brancardiers aux exigences de la lutte, activer leurs transports et utiliser, dès qu'on le peut, en les portant le plus près possible de la ligne du feu, tes véhicules qui diminuent la lenteur du transport à bras, le plus lent de tous.
En résumé, « éloigner les blessés le plus rapidement et le plus loin possible le jour du combat, c'est pour eux une mesure de sécurité, pour l'armée un débarras ». Le transport prime donc la blessure.
Tout ce que nous avons à dire sur le transport des blessés en temps de guerre pourra trouver son application dans les cas d'accidents isolés ou multiples qui surviennent dans la vie civile en temps de paix.
Dans la zone meurtrière du feu, seules les équipes des brancardiers
Blessés (Recherche et Transport).
peuvent avancer, se glisser jusque dans les rangs des combattants « aux heures d'accalmie » et relever les blessés « partout où les phases du combat le permettent et le commandent (Benech). Seules, elles peuvent franchir, avec leurs brancards chargés, les nombreux obstacles des terrains variés (haies, fossés, ruisseaux, etc.) ».
Brancards improvisés. — Mais parfois les équipes manquent de moyens de transport, aussi faut-il que les brancardiers sachent rapidement improviser un brancard avec un sac et deux perches, avec une veste et deux fusils, ou avec deux fusils placés parallèlement, la gâchette et le pontet en l'air. En entrecroisant les bretelles de ces deux armes, on crée une espèce de sellette, sur laquelle est assis le blessé.
Dans les fermes, on trouve des civières, de courtes échelles auxquelles on fait sauter les deux premiers barreaux, les montants servant ainsi de hampes.
Les treillages en fil de fer, les barrières en bois (dites des chemins de fer) peuvent aussi servir à improviser des brancards.
En outre, il faut que les brancardiers apprennent à charger un blessé sur leur dos, en mettant un genou à terre, comme le fit Percy, à Mannheim, pour emporter son officier du génie blessé, ou s'ils se mettent deux, en entrecroisant leurs mains, pour former un siège qui recevra le blessé, ou en le saisissant, l'un sous les aisselles, l'autre en se plaçant entre les jambes du blessé (fig. 1).
De la ligne du feu, les blessés graves sont transportés par les brancardiers jusqu'aux postes de secours. Là, après avoir reçu les premiers soins, ils sont à nouveau dirigés vers la route carrossable la plus voisine sur Laquelle les voitures d'ambulance viendront les prendre. Cette station s'appelle le relai d'ambulance.
Brancards roulants. — Or, les voitures d'ambulance (à 2 et 4 roues) peuvent ne pas toujours suffire ou être très exposées, en raison de leur volume et de leur visibilité. Aussi de nombreux médecins se sont demandé s'il ne serait pas utile d'avoir un certain nombre de brancards sur roues, bien moins vulnérables, et de transformer une partie des brancardiers porteurs en pousseu rs. Car, d'après les expériences de de Mooy, nous savons qu'un pousseur accomplit, dans un laps de temps fixé, un travail sensiblement égal à celui de trois porteurs. Aussi, à l'instar des Le Fort, Longmore, Pirogoflf, Gablenz, le distingué médecin principal hollandais créa, il y a ÏO ans, un brancard roulant, qui est encore réglementaire dans l'armée des Pays-Bas (fig. c2).
Blessé transporté à bras par deux brancardiers.
Blessés (Recherche et Transport).
Dans la marine leuil rigide, très
M. Aullïcl a transformé la gouttière Bonnel en un l'an commode, aux pieds duquel s'adapte une petite roue
mobile (fig. 3).
Malheureusement Ions ces brancards roulants ont l'inconvénienl de ne pas employer le matériel existant et de constituer une réserve de matériel très encombrant et très onéreux pour l'État. Aussi, pour éviter ces critiques, nous avons songé à utiliser les brancards réglementaires, les roues caoutchoutées des
icard roulant de de Mooy.
Fig. 5. — Brancard roulant d'Auffret
bicyclettes que l'on trouve actuellement partout, et enfin une armature métallique, pour rendre solidaires ces deux parties constitutives (fig. 4).
Ce brancard roulant ainsi improvisé est peu coûteux, solide, stable sur route et se montant avec une extrême facilité. Sur ces indications, notre camarade Le Guelinel de Lignerolles a fait construire, en 1897-98, un brancard sur roues plus complet, plus perfectionné mais plus onéreux, qui a figuré cette année-ci à l'exposition de Nancy. Pour augmenter la stabilité, il a abaissé le point de fixation du brancard
Economie de poids, de temps, d'encombremenl, de prix, de personnel.
A notre avis, l'improvisation de ces brancards roulants faciliterait les évacuations, ménagerait le temps, les forces du personnel sanitaire, réduirait le nombre des brancardiers et favoriserait le transport des blessés graves.
Traîneaux improvisés. — Dans la guerre en montagne, il faut s'ingénier à improviser des traîneaux, comme ceux conseillés par Otis et Eybert (fig. 6).
Enfin, les plus importantes improvisations du champ de bataille sont celles qui permettent d'aménager, vile et bien, les voilures auxiliaires de toutes formes, (pie la réquisitionnons fournil un soir de grande bataille.
\0o<}ft»>.'
Fig. i. — Brancard roulant de BonnetU
Blessés (Recherche et Transport),
Aménagement des voitures de réquisition. — Les médecins, chargés de ces évacuations collectives, doivent d'abord réclamer la liste exacte des
hommes à évacuer assis ou couchés, puis faire le triage des véhicules fournis (voilures de luxe, voitures ordinaires à voyageurs ou à charroi), et enfin les aménager suivant leur destination (blessés assis ou couchés).
Il faut savoir que dans les calèches, en plaçant des planches sur les deux banquettes et un matelas par dessus, on peut y transporter deux blessés
graves. Dans les
coupes
Fig. 5. — Brancard roulant de Lignerolle:
et les cabriolets on ne peut y placer que des blessés
assis. Dans les omnibus, en mettant des planches sur les banquettes intérieures et des matelas par-dessus, on peut coucher en long trois malades graves. Dans les carrioles et les tapissières, on peut installer des malades assis sur les banquettes, sur des planches mises en travers, sur des chaises et des tabourets fixés avec des cordes, ou des malades couchés sur un brancard, un matelas, ou sur une bonne couche de paille et de foin.
Les caissons du train, les voitures d, artillerie (prolonges, fourragères) sont rapidement aménagés, en utilisant des crochets à ressort, ou l'appareil à suspension de Picard (fig. 7).
Les camion* des chemins de fer sont très utilisables, à cause de Fig. 6. — Brancard de montagne d'Eybert. leur faible hauteur cl
de leur largeur.
Quant aux chariots et chars lorrains, on peut les aménager à l'aide de cordes entrecroisées (fig. 8), en employant le système Bouloumié (fig. 9), en utilisant des perches flexibles (système Smith), eu se servant des ressorts de sommier préconisés par Écot, ou en suspendant les brancards aux ridelles de la voiture avec des cordes, des courroies ou des crochets à ressort.
Blessés (Recherche et Transport).
Recommandations générales. — Pour le transpari des blessés, il faut de préférence choisir des voitures suspendues, ou aménager celles qui ne le
Fig. 7. — Appareil à suspension (système Pican
sont pas. Elles doivent aller au pas. Il faut
Fie. 8.
Char l<
ain aménagé avec des cordes entrecroisées supportant les brancards.
es rouvrir d'une bâche, d'une couverture, montées sur des cerceaux, pour mettre les malades à l'abri du soleil et de la pluie.
Toutes les fois que les circonstances s'y prêteront, il faudra préférer le transport par bateaux à tous les autres : c'est le transport idéal par glissement sur l'eau.
qui fut utilisé déjà, au xvine siècle, après la Neuf-Brisach (Bagieu).
bataille de Dettinguen, pour évacuer les blessés su
Ou ne mettra un blessé sur un cheval que dans les cas d'urgence absolue. Aux [ndes, les troupes anglaises moulées ont des selles spéciales avec dossier semi circulaire, qui permettent de fixer le blessé sur sa monture.
En résumé, l'élude de ces diverses improvisations du champ de bataille doit intéresser tous les médecins, car elle a pour but d'améliorer le sort des blessés pendant les heures pénibles de leur transport.
- Suspension avec des cordes.
Système Bouloumiè.)
1 1 Blessés (Recherche et Transport).
Éclairage pour la recherche et l'enlèvement des blessés. Dans les guerres futures, l'action (levant se poursuivre jusqu'au déclin <lu jour, la relève des blessés ne pourra se faire qu'à la nuit. Aussi, dans tous les pays, les officiers du service de santé se préoccupent de l'organisation des chiens sanitaires (v. c. m.) et de l'éclairage du champ de bataille. Cette question mérite d'être étudiée et solutionnée le plus rapidement possible.
Or, quelles sont les qualités que doit avoir, de nos jours; un bon appareil d'éclairage du champ de bataille? D'après Fluteau, voici les conditions qu'ils doivent remplir :
1° Pouvoir éclairant suffisant pour permettre aux brancardiers de découvrir les blessés dissimulés dans les ravins et les broussailles;
L2" Solidité suffisante pour résister aux chocs dus au transport ou à la maladresse;
5° Poids faible, de manière à pouvoir être portés à la main pendant un temps assez long;
4° Volume restreint pour trouver place dans les caisses et paniers réglementaires;
5° Mécanisme simple, facile à manier et sans danger;
f)° Alimentation par une substance peu encombrante et assez facile à se procurer sur place.
Actuellement en France, on ne dispose que de la petite lanterne du brancardier contenue dans le panier de pansements n° 1 et de la lanterne dite à réflecteur et souche dans les formations sanitaires de l'avant. Or, ces lanternes s'éteignent facilement et n'ont pas une intensité lumineuse suffisante pour éclairer les fondrières et les broussailles, où se réfugieront les blessés. « C'est donc, écrit Warnecke, avec un maximum de quatre lanternes, dont le pouvoir éclairant est plus que médiocre, que le médecin, chef de service d'un corps de troupe, doit assurer pendant la nuit l'éclairage de la zone de terrain sur laquelle son régiment aura combattu. »
Aussi, depuis quelques années, on procède, dans les manœuvres du service de santé, à des exercices de relèvement des blessés pendant la nuit et on expérimente les appareils d'éclairage les plus connus pour leur intensité lumineuse. Ainsi nos camarades Warnecke, Fluteau et Jacob ont spécialement étudié cette question et ont publié les résultats de leurs expériences.
Ces auteurs ont trouvé que l'emploi des projecteurs électriques portatifs est jusqu'aujourd'hui prématuré dans nos formations de l'avant, car le poids des accumulateurs est l'obstacle le plus difficile à lever.
Les flambeaux Lamarre, à feu blanc et à feu rouge, employés dans les travaux de nuit par le service du génie et les pompiers de Paris, peuvent rendre des services, pour jalonner la route des brancardiers et éclairer certains passages dangereux.
La lampe Weels, à huile de pétrole, actionnée par l'air comprimé, en service à la Compagnie d'Orléans et préconisée par les médecins italiens (Mendini), a un pouvoir éclairant considérable, mais pèse 85 kilos et est d'un prix fort élevé.
L appareil Radiguet et Massiot, à la lumière oxyéthérique, éclaire bien. mais esl fragile, pèse 13 kilos et coûte r>00 francs.
Blessés (Recherche et Transport). 12
Les appareils à acétylène Fulgur, Alpha, des docteurs Seycheroo el Kouque sonl trop lourd- el d'un prix encore assez élevé. Seuls, les phares Alpha H Blériol à acétylithe (carbure de calcium préalablement immergé dans le pétrole el enrobé ensuite dans une gaine de glucose), semblenl avoir réuni Ions les suffrages. A leur sujet, Warnecke s'exprime ainsi : « Ces phares sonl portatifs, d'un maniement facile et Ires résistants ». el Jacob ajoute : « (les phares sonl des appareils légers, très portatifs, donnant une lumière 1res éclairante, d'une portée moyenne de 50 mètres; leur maniement esl des plus simples, sans danger et peut être confié sans crainte aux brancardiers el aux infirmiers. Leur prix, en particulier celui du phare Blériot, n'est pas très élevé, mais ils devraient subir quelques modifications dans leur construction pour pouvoir cire utilisés sur Le champ de bataille. »
En résumé, c'est l'acétylène qui a obtenu jusqu'ici le plus de suffrages, mais la forme pratique de la lampe est encore à trouver : aussi on devrait faire appel à l'ingéniosité des inventeurs pour arriver promptement à une solution.
« Bien des difficultés seront aplanies, écrit Tobold, le jour où l'on aura trouvé un moyen d'éclairage pratique et sûr. Les blessés seront rapidement découverts, transportés, les pansements et les interventions aux postes de secours el aux ambulances seront singulièrement facilités. »
Un bon éclairage du champ de bataille sera donc un des meilleurs moyens d1 humaniser la guerre de demain.
("est aussi le devoir de tous les médecins de se préoccuper de l'éclairage des lieux où se produisent des catastrophes dans la vie civile et où ils sont appelés à diriger la recherche, l'enlèvement et le transport des blessés.
Chiens sanitaires. — C'est un Allemand, le peintre animalier Jean Bungartz, qui eut le premier l'idée d'utiliser le flair des chiens pour la recherche des blessés. 11 créa môme, il y a une quinzaine d'années, la « Deutsche Verein fur Sanitàtshund ».
Depuis cette époque, on a fait dans tous les pays d'heureuses tentatives : En Suède, Lilliehook; en Hollande, Quanjer; en Italie, Ciotola et Paroni, ont dressé des chiens sanitaires; mais c'est surtout en Allemagne que les médecins, encouragés et aidés par le Ministre de la Guerre, se sont livrés à de très nombreux essais.
La France n'est pas restée étrangère à cette importante question el, depuis trois ans, Castaing, Bichelonne, Tolet, Boppe, Rudler, etc. ont dressé des chiens sanitaires et consigné leurs observations dans des brochures intéressantes.
Pourtant certains contradicteurs ont exprimé que, de jour, le rôle de ces animaux était inutile et que, de nuit, l'éclairage artificiel assurerait une sécurité suffisante pour la recherche des blessés. « Cette opinion, écrit Castaing, est inexacte, car l'emploi du chien sanitaire est indiqué, quand les blessés, disséminés, sont dérobés aux vues, derrière des éléments formant écran, aussi bien à la lumière solaire qu'à la lumière artificielle nocturne. Alors esl indiqué le procédé d'exploration olfactive du chien, secondé par la vitesse el la méthode de sa quête. Alors seulement la vision de V homme
Blessés (Recherche et Transport).
Fig 10. — Chien berger français dressé à aboyer près du blessé (cl. du C°e Tolel).
devient insuffisante et doit être suppléée par Vol faction du chien, qui, indiquée dans les cas ci-dessus, en plein jour, conserve intégralement son utilité en pleine nuit. Ces données délimitent et précisent l'intervention définie el incontestable du chien sanitaire, inutile en cas d'hécatombes sur lorrain visible. »
D'ailleurs, ces précieux auxiliaires ont déjà rendu des services sur les champs de bataille. Ainsi, au Transvaal, quelques collies bien dressés sauvèrent la vie à plusieurs blessés, que les brancardiers n'avaient pas trouvés (Johannes).
En Mandchourie, les trois chiens ambulanciers, expédiés par l'Allemagne, découvrirent à la bataille du Cha-Ho, 25 blessés qui auraient péri sans eux (Zutrenante).
La supériorité du chien sur l'homme, clans le travail de découverte, est donc indéniable, et il faut songer résolument à utiliser ces animaux dans les guerres futures.
En temps de paix, deux solutions se présentent : ou l'organisation dans les sections d'infirmiers militaires, ou l'organisation par appel fait aux particuliers, aux sociétés canines et aux sociétés de secours aux blessés.
Cette dernière solution nous parait être la plus pratique. Or, pour encourager ce dressage spécial, il serait bon d'instituer des concours rémunérateurs, et un chien ne serait classé sanitâts- Ajmdqu'après avoir reçu un brevet, c'est-à-dire après avoir subi des épreuves éliminatoires comprenant : 1° Un travail méthodique sans blessé figuré; 2° La découverte d'un blessé bien dissimulé derrière un abri ou dans un hallier ; 5° La découverte de plusieurs blessés dissimulés séparément dans une aire déterminée. Cette épreuve se ferait de nuit, et le chien devrai l signaler la présence d'un blessé trouvé par de lugubres aboiements (tndl erbellen, aboyer à la mort) (fig. 10 et 41).
Le type, la race, le marquage, le dressage de ces chiens seraient à déter-
Fig. 11. — Bloodhunds du major Richardson.
Blessures (Aggravation et entretien).
miner, mais la pluparl <lrs cynologues français estimenl que « les bergers de Beauce. les bergers allemands à poil courte! fourni, répondraienl bien comme endurance el finesse de oez aux conditions à rechercher chez le chien sanitaire ».
Ces animaux el leurs conducteurs, prévus dès le temps de paix, seraient réquisitionnés, en cas de grandes manœuvres ou de mobilisation.
Conclusions. — Des expériences faites, il ressorl :
I" Que la question de l'utilisation du chien pour la recherche des blessés est définitivement résolue :
2° Que sous bois ou sur des terrains très accidentés el surtout la nuit, le chien esl capable de découvrir, en un temps très court, des blessés qui, avant perdu connaissance à la suite d'un schock traumatique ou dune hémorragie, ne peuvent appeler à leur secours;
3° Qu'il est utile de continuer et d'encourager ces expériences, en utilisant surtout des chiens de grande quête et à nez puissant; qu'il faut se placer, au cours du dressage, pour le choix du terrain et de la méthode d'exploration, dans les conditions se rapprochant le plus possible de celles du temps de guerre. (Conclusions du comité d'organisation.)