‹ Nouvelles causes celebres du droit des gensChapitre 12 sur 33 · L. D. de Brunswick · texte numérisé non relu

L. D. de Brunswick

La cour de Versailles répondit à cette déclaration par une contre-déclaration tant en son nom qu^en ce-

lui de rimpératrice-reine , et de la czarine, dans laquelle le roi de France, séparant positivement sa guerre particulière contre TAngleterre, soit en Afrique, en Asie et en Amérique, soit en Westphalîe, de la guerre qui se faisait en Saxe et en Silésie, fit connaître aux deux cours, qu^ajant accepté la médiation de PEspagne pour sa réconciliation avec TAngleterre, elle était prête à traiter de sa paix personnelle avec r Angleterre. Que, quant à la guerre regardant directement le roi de Prusse, le roi ainsi que les deux impératrices étaient disposés à donner leurs mains à rétablissement d^un congrès, en autant que les cours de Londres et de Berlin fissent également parvenir leur invitatiT)n à toutes les puissances qui se trouvaient directement en guerre avec la Prusse, nommément aux rois de Suède et de Pologne. Voici cette contre-déclaration de la France.

Contre-déclaration de Sa Majesté Très-Ckrétiennè.

Leurs Majestés Britannique et Prussienne ayant trouvé bon de témoigner par l'acte de déclaration qui a été délivré de leur part à la Haje le 25 de novembre dernier, aux ambassadeurs et ministres des cours de Versailles, de Vienne et de Pétersbourg' auprès des Seigneurs Etats -Généraux des Provinces-Unies, que désirant sincèrement contribuer au rétablissement de la tranquillité publique, Elles étaient prêtes à envoyer des plénipotentiaires dans le lieu qui sera estimé le plus convenable afin d'y traiter sur cet important objet, avec ceux que les parties belligérantes jugeront à |iropos d'autoriser de leur côté, pour parvenir à un but aussi salutaire.

Sa Majesté le roi Très-Chrétien, Sa Majesté Timpératrice-reine de Hong-rie et de Bohème, et Sa Majesté rim* pératrice de tontes les Russies, également animées du désir de contribuer au rétablissement de la tranquillité publique sar an pied solide et équitable, déclarent en échange:

Que S. M. le roi Catholique ayant bien voulu offrir sa médiation pour la guerre qui subsiste depuis quelques années entre la France et PAngleterre, et cette guerre n'ayant d'ailleurs rien de commun avec celle que soutiennent également depuis quelques années les deux impératrices avec leurs alliés contre le roi de Prusse;

S. M. Très-Chrétienne est prête à traiter de sa paix personnelle avec l'Angleterre, par les bons offices de S. M. Catholique, dont Elle s'est fait un plaisir d'accepter la médiation.

Quant à la guerre qui- regarde directement S. M. Prussienne, LL. MM. le roi Très -Chrétien, l'impératrice -reine de Hongrie et de Bohème, et l'Impératrice de toutes les Russies, sont disposées à donner les mains à l'établissement du congrès proposé; mais comme en vertu de leurs traités Elles ne peuvent prendre aucun engagement relatif à la paix, que conjointement avec leurs alliés, il sera nécessaire, pour qu'Ëlles puissent s'expliquer définitivement sur le sujet, qu'avant tout, il plaise à LL. MM. Britannique et Prussienne, de faire parvenir leur invitation à un congrès, à toutes celles des puissances qui se trouvent directement en guerre contre le roi de Prusse, nommément à S. M. le roi de Suède, ainsi qu'à S. M. le roi de Pologne électeur de Saxe, lesquels spécialement doivent être invités au futur congrès.

En conséquence de cette déclaration la cour de Versailles ordonna au comte d^AflTri, ambassadeur de France à la Haje, d^entrer en explication avec le chevalier Jork^ envoyé extraordinaire de la Grande- Bretagne. Ces deux ministres eurent plusieurs con-

8 CAUSE PREMIBRE. (1761.)

férences qui démontrèrent que la cour de Londres était peu portée à une pacification^ et que la déclaration qu^elIe avait fait remettre par le prince Louis de Brunswick 5 n^était, pour s'en tenir à iHnterprétation la plus favorable , qu'un acte extérieur de complaisance dont elle avait l'intention de détruire reffet«

Tandis que le duc de Choiseul, désirant faire jouir la France des douceurs de la paix, voulut d'abord obtenir une suspension d'armes , le prince de Kaunitz, principal ministre du cabinet de l'impératrice Marie- Thérèse, prévoyant que l'accommodement particulier de la France, entraînerait la pacification générale, exagérait à M. de Choiseul, pour le détourner de son dessein, les difficultés de la' négociation qu'il allait entamer. Aussi le prince de Kaunitz s'appliqua-t-il à éluder cette armistice tout en paraissant j consentir, en la fixant à une durée bien trop rapprochée (^).

Ce fut en suite des dispositions favorables que le roi de France trouva dans ses alliés, pour concourir

(!) En fixant la durée de Tarmistice au 1 juillet, lorsque l\>n était d<^jà en mars, c'était en quelque sorte le rendre illusoire; car ce court intervalle se serait écoulé dans l'espace de temps nécessaire pour faire parvenir la déclaration à la cour de Londres, et en obtenir la réponse. Le duc de Choiseul disait énergiquement: „li „faut conclure de trois choses, Tune: ou que M. de Kaunitz ne fait , , point d'attention aux distances de notre véritable guerre, quand il „propose une suspension d'armes aussi limitée ; ou que ce ministre se „8ert d'une astuce bien grossière, pour avoir l'air de se prêter à „notre proposition de suspension d'armes, en même temps qu'il en „anéantît l'effet^ ou enfin qu'il n'est occupé que des intérêts de la „guerre de terre , et qu'il oublie (ce dont je ne doute pas) dans tou- „tes les opérations de sa politique, les intérêts de l'allié qui sou- „tient aujourd'hui la maison d'Autriche."

aux moyens, qui pouvaient faciliter et accélérer le rétablissement de la paix générale, que S, M, T. Chr, fit publier le 26 mars 1761, une déclaration tant en son nom qu^en celui des cours de Vienne, de Pétersbourg, de Stockholm et de Varsovie, par laquelle ces puissances invitaient les cours de Londres et de Berlin à renouer les négociations, et proposaient la ville d^Augsbourg pour siège du congrès.

Déclaration de Sa Majesté Très -Chrétienne.

Les dispositions à la paix, très-conformes aux sentiments de toutes les parties belligérantes que les rois d'Angleterre et de Prusse ont marquées Tannée passée, ayant éprouvé des difficultés qui en ont éloigné le succès, les cours de France, de Vienne, de Pétersbourg, de Stockholm et de Varsovie sont convenues unanimement d'inviter celles de Londres et de Berlin à renouer une négociation aussi salutaire au bonheur du monde, et qui doit intéresser Thumanité de toutes les puissances qui se trouvent en guerre.

Dans cette vue, et afin que Ton puisse procéder au rétablissement de la paix, Elles proposent rassemblée d'un congrès, auquel Elles croient qu'il conviendrait de n'admettre, avec les plénipotentiaires des parties principales bellig'érantes , que ceux de leurs alliés. Si les rois d'Angleterre et de Prusse adoptent ce moyen, le roi Très- Chrétien, l'impératrice-reine, l'impératrice de Russie, le roi de Suède et le roi de Pologne, électeur de Saxe, proposent la ville d'Augsbourg pour le lieu du congrès, en observant que LL. MM. n'indiquent Angsbourg, que comme une ville à portée de toutes les parties intéressées, qui parait remplir par son emplacement la convenance de tous les États, et qu'EUes ne se refuseront pas au choix d'une autre ville d'Allemagne, si LL. MM. Britannique et Prussienne la jugent plus convenable.

Le roi Très-Chrétien, l'impératrice-reine , l'impératrice de Russie y et les rois de Suède et de Pologne déclarent en outre qu'ils ont choisi les plénipotentiaires qui seront chargés de leurs intérêts au congrès, dans Pespérance que le roi d'Angleterre, le roi de Prusse et leurs alliés, pour ne pas différer la négociation, feront promptement de leur côté le choix de leurs ministres respectifs.

La simplicité de cette déclaration que pour le bien général les cours de France, de Vienne, de Pétersbourg, de Stockholm et de Varsovie, se sont déterminées à faire aux cours de Londres et de Berlin, leur fait espérer que LL. MM. Britannique et Prussienne voudront bien notifier par une réponse prompte, leurs sentiments sur un objet aussi essentiel au repos et au bonheur de l'Europe.

Par ordre et au nom de S. M. Très-Chrétienne. Paris, 26 mars 1761.

Le duc de Choiseul.

Le cabinet de Versailles sentant cependant que la tenue d'un congrès où les intérêts des colonies d'Amérique seraient traités, en même temps que ceux des deux impératrices , de la Suède , de Saxe et du roi de Prusse, serait d'une longue durée, songea à ouvrir par la voie du prince Galitzin, envoyé extraordinaire de Russie en Angleterre, une négociation directe avec la cour de Londres.

Ce fut par son canal que M. de Choiseul fit remettre au cabinet de I^ondres un mémoire, accom-

pagné d'une lettre à M. Pitt, secrétaire d'Etat de de S. M. Britannique, dans lequel l'indépendance de la guerre maritime, de la guerre continentale suivie en Allemagne étant convenue, il proposait d'entrer en négociation pour terminer la guerre survenue à l'occasion des limites du Canada; en témoignant à la

CAUSE PREM1£RB. (1761.) 11

fois le désir qae la paix particulière de la France fat unie à la paix générale. Le roi offrait de convenir que chaque puissance resterait en possession de ce qu^elle se trouverait avoir acquis à certaines époques qa^on déterminerait; sauf à négocier pour Téloignement et le rapprochement de ces époques, ainsi que sur la compensation des objets que Tune ou Tautre puissance aurait Fintention de reouvrir.

L^ Angleterre alors avait conquis sur la France nie Royale au cap Breton, le Canada en entier, les îles de la Guadeloupe et de Marie - Galante et celle de Gorée en Afrique avec le Sénégal; Ton i^orait en Europe la situation précise des affaires des deux cours en Asie; Fexpédition contre Belle - Isle n^était point commencée. La France de son côté avait conquis File deMinorque, avait rétabli quelques parties du port de Dunkerque, et possédait en Allemagne le comté de Hanau, le landgraviat de Hesse et la ville de Gottingue dans Félectorat de Hanovre.

N°- IV

Lettre du duc de Choiseul^ ministre des affaires étrangères du roi de France^ adressée à M. Pitt^ sea^étaire d'État de S. M. Britannique pour les affaires étrangères,

JMonsîeor, le roi mon maitre, en s'onissant aux sentiments de ses alliés, pour parvenir, s'il est possible, an rétablissement de la paix générale, m'a autorisé d'euvojer à V. Exe. le mémoire ci-joint, qui concerne uniquement les intérêts de la France et de l'Angleterre, relativement à la guerre particulière des deux couronnes. .Le roi a lieu d'espérer que la manière franche ayec laquelle il propose de

traiter airec S. M. Britannique, ôtera toute méfiance dans le cours de la nég'ociation, si elle a lieu, et engagera S. M. Britannique à faire connaître au roi ses sentiments véritables, soit sur la continuation de la guerre, soit sur la conclusion de la paix, ainsi que sur les principes d'après lesquels on doit opérer pour procurer ce bien aux deux nations. J'ajouterai à V. Exe. que je suis en même temps autorisé à Tassurer que, relativement à la guerre qui concerne le roi de Prusse, les alliés du roi mon maître sont décidés à traiter leurs intérêts, dans le futur congrès, avec la même simplicité et la même franchise que je puis assurer à V. Exe. de la part de la France, et qu'en conservant ce qui est du à leur dignité, à leurs propositions et à la justice, ils apporteront dans la négociation toutes les facilités que leur humanité leur inspire pour le bonheur général de l'Europe.

Le roi mon maître et ses alliés ne doutent pas qu'ils ne trouvent les mêmes sentiments dans le coeur de S. M. Britannique et de ses alliés. Je regarde comme un bonheur pour mon ministère d'avoir été l'organe de sentiments aussi heureux, qui me fournissent l'occasion d'assurer Y. Exe. de la considération distinguée avec laquelle j'ai l'honneur d'être, etc.

Mémoire du roi Très-Clirétieiu

Le roi Très-Chrétien désire que la paix particulière de la France avec l'Angleterre soit unie à la paix générale de l'Europe, pour laquelle S. M. fait 4es voeux les plus sîu*cères; mais comme la nature des objets qui ont occasionné la guerre entre la France et l'Angleterre, est totalement étrangère aux contestations de l'Allemagne, S. M. Très- Chrétienne a pensé qu'il était nécessaire de convenir avec S. M. Britannique des points principaux qui formeront la base de leurs négociations particulières, pour accélérer d'au-^ tant plus la conclusion générale de la paix.

Le meillear moyen de parvenir au but qae Ton se propose, est d'écarter les embarras qui peuvent y mettre obstacle. Dans le cas d'une paix, les discussions des nations sor leurs conquêtes réciproques, les diflTérentes opinions sur l'utilité des conquêtes et les compensations pour les restitutions, forment ordinairement la matière embarrassante d'une Bëgociation pacifique. Comme il est naturel que chaque nation, sur ces différentes parties, cherche à acquérir le plus d'avantages possibles, la méfiance et l'intérêt combattent et produisent des longueurs. Pour éviter ces inconvénients, et prouver la franchise de ses procédés dans le cours de la négociation de la paix avec l'Angleterre, le roi Très-Chrétien propose à S. M. Britannique de convenir que, relativement à la guerre particulière de la France et de l'Angleterre, les deux couronnes resteront en possession de ce qu'Elles ont conquis l'une sur l'autre, et que la situation où Elles se trouveront au 1 de septembre de l'année 1761 aux Indes-Orientales, le 1 de juillet de la dite année aux Indes-Occidentales et en Afrique, et au 1 de mai prochain en Europe, sera la position qui servira de base au traité qui peut être négocié entre les deux puissances. Ce qui veut dire que le roi Très-Chrétien; pour donner un exemple d'humanité, et contribuer au rétablissement de la tranquillité générale, fera sacrifice des restitutions qu'il a lieu de prétendre, en même temps qu'il conservera ce qu'il a acquis sur. l'Angleterre pendant le cours de cette guerre. Cependant comme S. M. Britannique pourrait penser que les termes proposés des mois de septembre, juillet et mai seraient ou trop rapprochés, ou trop éloignés pour les avantages de la couronne britannique, ou que S. M. Britannique croirait devoir faire des compensations de la totalité ou d'une partie des conquêtes réciproques des deux couronnes; sur ces deux objets le roi Très-Chrétien entrera volontiers en négociation avec S. M. Britannique, lorsqu'il connaîtra ses intentions, le principal objet de S. JM. Très-Chrétienne étant de prouver, non-seulement à l'Angleterre, mais à toute la

terre, les dispositions heureuses où Elle se trouve, d'ëcarter toutes les entraves qui pourraient éloigner l'objet salutaire de la paix*

Le roi Très - Chrétien s'attend que les dispositions de S. M. Britannique sont pareilles aux siennes, et qu'Elle répondra avec la même sincérité sur tous les points qui sont contenus dans ce mémoire et qui intéressent si essentiellement les deux puissances.

En réponse à ce mémoire de la France, la cour de Londres dans un mémoire qu^elle fit remettre au prince Galitzin, auquel était jointe une lettre de M. Pitt à M. de Choiseul, reconnut comme établie la distinction des deux guerres, accepta le Étattis quo de Vuti possidetisy mais se réservait à négocier sur les époques qu^elle voulait toutefois ne fixer quVu jour de la signature du traité de paix (^ ) ; en manifestant à la fois le désir de voir arriver un plénipotentiaire à Londres afin que Ton pût entrer en négociation (^).

(1) Cette manière adroite d*opérer, tendait à laisser les Anglais en possession de tout ce qu'ils ayaient pris à la France. Quant à Pile de Minorque que la France pouvait seule leur offrir en échange, M. Pitt se proposait, à la faveur des délais de la négociation pour les époques, de tenter une entreprise contre Belle-Isle, qui alors aurait servi de compensation pour Minorque.

(2) M. Pitt, en suggérant cette idée à son maître, avait un double objet en vue. D'abord, la première nouvelle de la négociation avait augmenté les fonds en Angleterre; l'arrivée d'un plénipotentiaire français à Londres n^ pouvait que consolider l'opinion d'une paix prochaine, et opérer une hausse considérable dans les fonds et les papiers publics: de plus, les arrangements nécessaires pour l'envoi des plénipotentiaires respectifs consumerait du temps, et M. Pitt se proposait d'en profiter pour effectuer la conquête de la Martinique. Flassan, Hi8t, de la 4ipl française.

CAUSB PREMliBlUZ. ' (1761.) 15

N°- VI

Lettre de M. Pitt^ adressée au duc de ChoiseuL

Londres, le 8 ayril 1761.

Monsieur, le roi mon maitre m'a autorisé d'envoyer à y. Exe, avec la promptitude qui s'est trouvée possible, le mémoire ci-joint, en réponse de celui du 26 du mois passé, fait par ordre et au nom du roi Très-Chrétien, concernant oniquement les intérêts de l'Angleterre et de la France, relativement à la guerre particulière des deux couronnes, lequel était joint à la lettre de Y. Exe. de même date, qui m'a été remise par Mr. le prince Galitzin.

S. M. a fait connaître ses sentiments véritables sur l'ouvrage salutaire de la paix, avec la franchise que S. M. Très-Chrétienne a désirée, et dont Elle a donné l'exemple; le roi mon maitre de son côté , ne souhaitant rien plus que d'ôter, par la sincérité de son procédé toute. méfiance dans le cours de la négociation.

J'informerai de même Y. Exe. que c'est avec grande satisfaction que le roi a appris que Y. Exe. est autorisée à assurer que, relativement à la guerre qui concerne le roi de Prusse, les alliés de S. M. Très-Chrétienne sont décidés à traiter avec la même simplicité et franchise que la cour de France, et qu'ils apporteront dans la négociation du futur congrès, toutes les facilités que leur humanité leur inspire ponr le bonheur général de l'Europe.

Je dois ajouter ici que, relativement à la guerre qui concerne le roi de Prusse, aussi bien qu'à l'égard des autres alliés du roi mon maitre, S. M., toujours constante à rem* pUr avec l'exactitude la plus scrupuleuse, les engagements de sa couronne, ne saurait jamais manquer de soutenir leurs iitérêts respectifs, soit dans le cours des négociations (que" Dieu veuille rendre heureuses), soit dans la continuation de la guerre (si contre toute espérance tel malheur devenait inévitable) avec la cordialité et l'efficace d'un allié sincère et fidèle.

Au reste, il est superflu de dire à quel point le roi fait des Yoeux pour le prompt accomplissement de la paix g-énérale de TAllemagne, après la preuve si marquée quie S. M. vient d'en donner, en apportant tant de facilité à convenir de la proposition d'un endroit aussi éloigné qu'est la ville d'Augsbourg pour l'assemblée du congrès.

Telles sont les dispositions droites et sincères du roi mon maître pour le rétablissement du repos public. Je m'estime heureux d'être chargé de faire connaître de pareils sentiments, et de trouver l'occasion d'assurer V. Exe. delà considération distinguée avec laquelle j'ai l'honneur d'être, etc.

W. PlTT.

N°- VII

Mémoire de S. M. BHtannique; du 8 avril 1761.

S. M. Britannique désire, ainsi que le roi Très-Chrétien, que la paix particulière de l'Angleterre et de la France soit unie à la paix générale, pour laquelle le roi de la Grande- Bretagne s'intéresse si sincèrement, que, dans cette vue, il entend même que les discussions qui pourraient naître entre les deux couronnes , sur leurs différends particuliers, ne devront nullement apporter le moindre retardement à la prompte conclusion d'un ouvrage aussi salutaire qu'est la paix générale de l'Allemagne; et S. M. Britannique est d'autant plus confirmée dans ce sentiment dicté par humanité envers tant de nations nombreuses, qu'Elle sent dans toute son étendue ce que le roi Très-Chrétien établit pour fondement: „Que la nature des objets qui ont occasionné la „guerre entre l'Angleterre et la France est totalement étran- „gère aux contestations de l'Allemagne.^^

C'est d'après ce principe incontestable, que le roi de la Grande-Bretagne adopte entièrement la pensée de S. M. Très-Chrétienne, qu'il serait nécessaire de convenir entre les deux couronnes des points principaux qui formeront la base de leurs négociations particulières, pour accélérer d'autant plus la conclusion générale de la paix.

CACfiTE PREMtisRE. (1761.) ft

Le roî de la Grande-Bretagne convient également, quant à la proposition en général, que le roî Très -Chrétien a faîte avec une franchise à laquelle S. M. Britannique vent repondre dans tout le cours de la négociation, savoir, que, relativement à la guerre particulière de l'Angleterre et de la France, 1° les deux couronnes resteront en possession de ce qu'EUes ont conquis Tune sur l'autre; 2° que la situation où Elles** se trouveront à certaines époques, sera la position qui servira de base au traité qui peutétre négocié entre les deux puissances.

Quant à la première partie de la susdite proposition, S. M. Britannique se fait un plaisir de rendre ce qui est dû à la grandeur d'àme de S. M. Très-Chrétienne, qui, par des motifs d'humanité, fera le sacrifice, à l'amour de la paix, des restitutions auxquelles Elle croit avoir lieu de prétendre, conservant en même temps ce qu'Elle a acquis sur l'Angleterre pendant le cours de cette guerre.

Quant à la seconde partie de la susdite proposition, concernant les conquêtes réciproques faites par les deux couronnes, Tune sur l'autre, à savoir, que la situation où elles se trouveront aux époques respectives énoncées pour les différentes parties du monde, sera la position qui servira de base au dit traité; le roi de la Grande-Bretagne reconnait encore avec satisfaction la candeur qui se manifeste de la part de S. M. Très-Chrétienne sur cet article, en prévenant, comme Elle l'a fait, des difficultés extrêmes, et en anticipant des objections indispensables qui ne pourraient que se présenter à ce sujet; étant, en effet, évident de soi-même que les expéditions par mer exigeant des préparatifs de longue main, et dépendant de navigations incertaines aussibien que du concours des saisons, dans des lieux souvent trop éloignés pour que les ordres, relativement à leur exécution, puissent s'adapter aux vicissitudes ordinaires de négociation, sujette pour la plus part à des contre-temps et à des lenteurs, et toujours variable et précaire; Il ne résulte nécessairement que la nature de pareil- I. 2

18 CAUSE PREMIËRE. (1761.)

les opérations ne se trouve guère susceptible , sans trop de préjudice à la partie que les emploie, d'autres époques pour la fixation des conquêtes réciproques, que celles qui aient rapport au jour de la sig-nature du traité de paix. Cependant comme cette considération, ainsi que celle qui regarde des conpensations (s'il s'en trouverait de convenables à faire entre les deux couronnes) de partie de leurs conquêtes réciproques, renferme la matière la plus intéressante et capitale du traité même, et que c'est sur ces deux objets décisifs que le roi Très-Chrétien offre d'entrer volontiers en négociation; le roi de la Grande-Bretagne désirant correspondre avec efficacité aux dispositions heureuses du roi Très-Chrétien, d'écarter toutes les entraves qui pourraient éloigner l'objet salutaire de la paix, S. M. Britannique déclare qu'Elle est prête de son côté d'entamer avec promptitude et sincérité la négociation proposée. Et pour démontrer avec plus d'authenticité l'étendue de la franchise de son procédé, S. M. Britannique déclare en outre, qu'Elle verrait avec satisfaction à Londres une personne suffisamment autorisée, par un pouvoir du roi Très-Chrétien, d'entrer aussitôt en matière avec les ministres britanniques sur tous les points qui sont contenus dans le mémoire joint à la lettre de Mr. le duc de Choiseul, du 26 de mars 1761, au secrétaire d'Etat de S. M. Britannique, lesquels points intéressent si essentiellement les deux puissances.

Par ordre et au nom du roi de la Grande-Bretagne mon maître.

W. PlTT.

Cette proposition de PAngleterre, d'envoyer un plénipotentiaire à Londres, n'empêcha pas que la destination de Parmement commandé pour la conquête de la Martinique ayant subitement changé, la flotte anglaise, forte de cent quinze voiles, parut devant Belle-Isle le même jour que le mémoire ci-dessus fut remis par M. Pîtt au prince de Galitzin.

8i d^un côté, cette brusque expédition éclaira M. de Choiseul sur le dessein du cabinet britannique, de Tautre, Tinterprétation captieuse que donnait le ministère anglais au mémoire de la cour de Versailles ne pouvait lui échapper. En conséquence ce ministre, en écrivant à M. Pitt, s^efforça dans un nouveau mémoire d^en rétablir le véritable sens; en acceptant à la fois au nom du roi la proposition de Tenvoi d^un ministre à Londres, laquelle exigeait la réciprocité de renvoi d^un plénipotentiaire anglais en France, pour entamer une négociation tant sur le fond de la question, que sur les époques, aussi bien que relativement aux compensations qui conviendraient aux deux couronnes.

N« vni.

Lettre du duc de Choiseul^ adressée à M. Piit

Versailles, le 19 avril 1761.

Monsieur, j'ai rendu compte au roi mon maître de la lettre que V. Exe. m'a fait l'honneur de m'ccrîre le 8 de ce mois, ainsi que du mémoire qui y était joint.

S. M. a vu avec un plaisir véritable la conformité des sentiments de S. M. Britannique avec les siens, sur la forme simple et franche qu'il convient à deux aussi grandes puissances de suivre dans la négociation de la paix. Le roi n'a pas différé, monsieur, de nommer l'ambassadeur qui doit le représenter au congrès d'Aiigsbourg; S. M. a fait choix du comte de Choiseul , à-présent son ambassadeur à Vienne, et il sera rendu, dans la ville désignée, les premiers jours de juillet, dans l'espérance où l'on est ici que S. M. Britannique y enverra pour le même temps son am-

adeur. Le roi m'a chargé, monsieur, de marquer à cette

occasion à Y. Exe, en réponse à la déclaration contenue dans sa lettre, que S. M., aussi constante qu' aucune autre puissance à remplir, avec l'exactitude la plus scrupuleuse, les eng>ag>ements qu'Elle a pris avec ses alliés, continuera, avec la fidélité qui convient à la probité et à la di^ité de son caractère, à faire cause commune arec eux, soit dans la négociation de la paix de TAUema^e, soit dans la continuation de la guerre, si, pour le malheur de rhunianité , les dispositions heureuses où se trouvent les puissances belligérantes n'ont pas le succès qui est si fort à désirer. Je ne dois pas, à cette occasion, laisser ignorer à V. Exe. avec quel chagrin le roi se verrait forcé de continuer une guerre aussi destructive, après avoir eu la confiance, que toutes les parties étaient intéressées à faire cesser les calamités dont elle est la cause.

Pour ce qui est de la guerre particulière de la France avec l'Angleterre, je joins à cette lettre un mémoire en réplique à celui de Y. Exe; Ton ne peut trop éclaircir les intentions droites de nos maîtres, afin d'écarter dès le commencement d'une négociation intéressante les mésentendus qui quelquefois augmentent l'éloignement au lieu de le dissiper.

Yous êtes, monsieur, un ministre trop éclairé pour ne pas approuver ce principe.

J'ai l'honneur d'être, avec la considération la plus distinguée, etc.

Le JDUC DE CUOISEUL.

N°. IX

Mémoire de S. M. Très-Chrétienne; du 19 avHl 1761.

Le roi Très-Chrétien voit avec satisfaction que S. M. Britannique convient que la nature des objets qui ont occasionné la guerre entre la France et l'Angleterre, est totalement étrangère aux contestations qui ont produit la guerre d'Allemagne; c'est en conséquence de^ce principe que S. M.

Très-Chrétienne a offert au roi d'Angleterre de traiter sor des préliminaires relatifs aux intérêts particuliers des deux couronnes; mais en faisant cette proposition, le roi de France n'a pas entendu, comme le commencement du mémoire de Londres du 8 d'avril parait l'indiquer, que la paix d'Allemagne puisse avoir lieu sans que les différends entre la France et l'Angleterre fussent ajustés; S. M. Trës-Chrétienne compte assez sur ses alliés pour être certaine qu'ils ne concluront ni paix ni trêve sans son consentement; Elle n'a donc point entendu que la paix d'Allemagne put être conclue séparément de celle de la France et de l'Angleterre, et Elle n'a proposé au roi de la Grande-Bretagne que la séparation de la discussion des deux guerres, pour parvenir à une paix générale pour toutes les parties.

Le roi Très-Chrétien renouvelle la proposition qu'il a fait faire dans le premier mémoire, que les deux puissances restassent in statu quo de leurs possessions et de leurs conqaétes, selon les époques indiquées dans le dit mémoire; mais S. M. observe que le fond de la proposition est nécessairement lié avec les époques proposées, car l'on sentira qu'il pourrait arriver tels événements de part ou d'autre qui empêcheraient absolument l'acquiescement à Vuti possidetiSy si les époques s'éloignaient; et S. M. Très-Chrétienne est d'autant plus fondée à réclamer sur le fond de la proposition, si le roi d'Angleterre n'aquiesce pas aux époques qui j étaient jointes , que l'on ne peut pas douter que ces époques ont été proposées dans un temps qui n'était pas avantageux à la France.

11 est certain que les conquêtes réciproques ne peuvent être fixées que le jour de la signature de la paix; mais il n'est pas moins certain qu'on peut prendre pour base de négociation de cette paix, la situation où les parties belligérantes se sont trouvées à telle ou telle époque de la guerre. C'est ainsi que le roi de France a entendu la proposition qu'il a faite au roi d'Angleterre; et c'est d'après ce principe, si S. M.JBritannîque l'adopte, que S. M. Très-

Chrëtienne enverra un ministre accrédité à Londres, cbar^é de pleins pouvoirs suffisants pour traiter avec les ministres du roi de la Grande-Bretagne, soit sur le fond de la question, soit sur les compensations qui conviendront aux deux couronnes ainsi que sur les intérêts de leur commerce et de leurs colonies. La volonté de S. M. Très-Chrétienne est é^ale à celle de S. M. Britannique, pour faire cesser le malheur de la guerre qui désunit les nations qu'Elles gt>iivement; mais comme l'empressement doit être pareil des deux côtés, dans le même temps que le roi Très-Chrétien enverra le sieur de Bussj à Londres, il espère que le roi de la Grande-Bretagne enverra en France un ministre anglais, pour traiter sur les mêmes objets avec son ministère. S. M. Très -Chrétienne attend la réponse de S. M. Britannique sur le contenu de ce mémoire, pour expédier et recevoir les passeports réciproques et nécessaires. Par ordre et au nom du roi mon maître.

Le duc de Choiseul.

M. Pîtt répondit à ces ouvertures par un nouveau mémoire 9 dans lequel il voulut donner aux époques de VuH possideiiSf prononcées dans le mémoire français du 26 mars 9 une interprétation inadmissible ^ par laquelle Belle-Isle devenait un objet de compensation pour Minorque, ainsi que M. Pitt Pavait même témoigné au prince de Galitzin.

Lettre de M. Pitt^ adressée au duc de ChoiseuL

Witehall, le 28 avril 1761.

Monsieur, j'ai mis sous les yeux du roi mon maître, la lettre que V. Exe. m'a fait l'honneur de m'écrire le 19 de ce mois, ainsi que le mémoire qui y était joint.

CAUSB PREMIËRK. (1761.) 23

S. M. désire sincèrement une entière courorniité de sentiments de S. M. Très-Chrétienne avec les siens, sur la manière unie et directe qu'il convient de suivre dans une négociation également délicate et importante.

Le roi a appris, monsieur, avec satisfaction, que le roi Très- Chrétien a fait choix de Mr. le comte de Choiseul pour le représenter au congrès d'Angsbonrg', et que cet ambassadeur sera rendu, dans la ville désignée, les premiers jours de juillet; et le roi m'a chargé de faire connaître à V. Ëxc. quil a nommé M. le comte d'Egremont, Mr. le vicomte de Stormont et Mr. le chevalier York, pour le représenter au dît congrès, et que ces ambassadeurs seront rendus pareillement à Augsbonrg les premiers jours de juillet.

Je dois à ce sujet faire connaître à Y. Exe. que les remets du roi mon maître ne seraient pas moindres que ceux du roi Très-Chrétien, de voir continuer une guerre aussi désolante pour tant de nations, que l'est celle d'Allemagne.

Je joins à cette lettre un mémoire en réponse à celui de V. Ëxc. du 19 de ce mois, concernant la guerre particulière de la Grande-Bretagne et de la France: il est vrai, monsieur, qu'on ne peut trop approuver le principe d'écarter, en tout temps, les mésentendus des affaires: aussi ne peuUil échapper aux lumières de Y. Exe. que dans un commencement de rapprochement, des variations inattendues ont naturellement l'effet de répandre plutôt de l'obscurité et de l'incertitude dans les ouvertures, que d'y mettre cette netteté et cette assurance si indispensables dans une négociation entre deux aussi grandes puissances. Comme le remède naturel contre de semblables inconvénients, parait être l'arrivée des ministres réciproques, où, traitant de bouche, l'éclaircissement suit de près le doute, Y. Exe. verra par le mémoire ci-joint, les dispositions de S. M. à cet égard.

J'ai l'honneur d'être avec la considération la plus distinguée, etc.

W. PiTT.

24 CAUSE PREMIÈRB. (1761.)

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