‹ Nouvelles chansons à dire ou à chanterChapitre 101 sur 166 · L'EMPEREUR NOIR · texte numérisé non relu

L'EMPEREUR NOIR

Vous souvient-il du vieux Soulouque,

Nègre venu, nègre parti ?

Son portrait peint par Edouard P'ouque

Couvrait tous les murs d'Haïti.

Il portait des plumets énormes

Sur de fantastiques chapeaux.

Il aimait trop les uniformes,

Les crachats et les oripeaux.

On lui disait : « Sire, on vous aime, L'univers a les yeux sur vous ; Toussaint Louverture lui-même Vous arrive à peine aux genoux.

Vous avez de plus belles formes Que le gouverneur de Cuba. »

Il aimait trop les uniformes, Les compliments et le tabac.

Il voulait, cet homme héroïque.

Que partout son nom fût cité ;

C'est surtout sur la Jamaïque

Qu'il tenait son œil arrêté.

Car tous ses goûts étaient conformes

A ses appétits fastueux.

Il aimait trop les uniformes,

Le rhum et les spiritueux.

Les nobles dames de l'empire, Éprises de sa gravité, Aiguisaient leur plus fin sourire Contre sa noire Majesté, Elles cambraient leurs pieds difformes Et blanchissaient leur teint de jais.

II aimait trop les uniformes Et les femmes de ses sujets.

Nous avons vu plus d'un monarque Qui ressemblait à celui-là ; Quels que soient le titre et la marque, Tous les gouvernants en sont là.

Ils demanderont des réformes; Et puis, lorsque leur jour luira, Ils aimeront les uniformes.

L'or, le pouvoir, et caetera.

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