‹ Nouvelles chansons à dire ou à chanterChapitre 13 sur 166 · LE MARCHAND DE PEAUX · texte numérisé non relu

LE MARCHAND DE PEAUX

Marchand, as-tu des peaux à vendre ?

— J'en ai des cents et des milliers.

— Lesquelles? Cherche à me comprendre.

— Les peaux que vendent les peaussiers ?

— Non: il s'agit de peaux humaines Où je puisse loger mon corps.

— J'en ai des mille et des centaines.

— Tâche de m'arranger alors,

Car, à l'exception de celles Dont je ne sais pas me priver, Il est peu de peaux dans lesquelles J'aurais plaisir à me trouver.

Voulez-vous la peau d'un ministre, D'un siinateur, d'un député ?

— Merci, politique sinistre, Nuits sans repos, jours sans gaité !

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— Le cuir d'un magistrat avare Ou d'un beau-fils dissipateur?

— Au loin, cupidité barbare, Argent vénal et corrupteur !

— Voulez-vous la peau d'un notaire, D'un boyard ou d'un hidalgo ?

Ou celle d'un commanditaire Dans la boutique de Gogo ?

D'un chirurgien, d'un dentiste ?

— Non, ça pèche par dureté.

— D'un littérateur, d'un artiste ?

— Non, ça crève de vanité.

— Est-ce que votre Seigneurie \'oudrait une peau de retour Pour la saison verte et fleurie De la jeunesse et de l'amour ?

— Oui, telle serait mon envie.

N'était l'épine de la fleur,

Et que, remonter dans la vie, C'est remonter vers la douleur.

Marchand, ferme donc ta boutique :

Conserve tes cuirs et tes peaux ; 11 me faut, comme au sage antique, L'honneur, l'aisance et le repos.

Bien qu'elle soit assez ancienne Et d'un tissu fort délabré, Je trouve cela dans la mienne, J'y suis, j'y vis et j'y mourrai,

Car, à l'exception de celle Dont je ne peux pas me priver, Il n'est point de peau dans laquelle J'aurais plaisir à me trouver.

PREMIKRE PARTIE l3

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