UN FAMEUX
Vous avez vu passer cet homme Dans un équipage galant, Vous savez comment il se nomme ; Il n'a jamais eu qu'un talent.
Mais il est fameux par la grâce Que l'amour peut constituer ;
Il passe, il passe :
11 n'a personne à saluer.
D'ordinaire, les gens du monde, Au théâtre, au Bois, en chemin, Cherchent leurs amis à la ronde Pour les saluer de la main.
Rien de pareil ne l'embarrasse; Il n'a point à s'évertuer;
Il passe, il passe :
Il n'a personne à saluer.
Se femme est son titre de gloire, Son titre de fortune aussi.
Il héberge sa double histoire Dans son hôtel de Sans-Souci.
Puis, dans la rue il se prélasse ; La foule pourrait le huer.
Il passe, il passe :
Il n'a personne à saluer.
Cet époux, plein de défiance, A fait, avant d'emménager, Un double traité d'alliance Avec un monarque étranger.
Quand Sa Majesté Gynophile A lui vient se substituer.
Il file, il file :
Il n'a personne à saluer.
Mais tout monarque a sa couronne,
Toute ouvrière a l'atelier.
« Adieu, mon Sire ! — Adieu, ma bonne ! »
Chacun retourne à son métier.
L'axe égaré retourne au centre.
L'époux vient se restituer ;
Il rentre, il rentre :
Il n'a personne à saluer.