MOI OU TOI
Il est bien peu de gens que j'aime, Et beaucoup que je n'aime pas ; Si je ne m'aimais pas moi-même, Je n'aimerais guère ici-bas.
Diogène cherchait un homme ; Je viens d'en trouver un, je croi ; Est-il besoin que je le nomme ?
C'est moi, d'abord, et puis c'est toi.
Dans le domaine de la vie Je vois une double moitié ; L'une qui s'ouvre pour l'envie.
L'autre fermée à la pitié.
O vertu, dans la race humaine, En vain tu cherches un emploi !
Tu n'as qu'un esclave à ta chaîne ; C'est toi peut-être, ou bien c'est moi.
Je ne vois que des sourds sans nombre Que réveille l'odeur du sang, Ou des aveugles qui, dans l'ombre.
Cherchent un monarque innocent.
Un seul aurait voulu, sans nuire A personne, pas même au roi, Tout changer et ne rien détruire...
Peut-être toi, peut-être moi.
Je ne vois que propriétaires
Revêtus de notre toison,
Ou que voraces prolétaires
Qui veulent manger leur maison.
Mais, dans une sage balance,
Celui qui réglerait sans loi
La misère avec l'insolence.
C'est toi, c'est moi, c'est moi, c'est toi.
Race humaine, race damnable.
Aveugles et sourds, sachez tous Qu'il n'est qu'un homme raisonnable.
Un sage égaré chez les fous.
Et si l'hospice de Bicêtre N'était pas plein, je crois, ma foi, Que celui qu'on devrait y mettre.
C'est toi^ d'abord, et puis c'est moi 1
DEUXIKME PARTIE 2q3