LA VILLE DE BELZEBUTH
C'était la nuit, nuit froide et sombre; Belzébuth me prit par la main, c Viens, me dit-il. j'y vois dans l'ombre ; Nous allons faire un long chemin. »
Ensemble aussitôt nous partîmes ; Les champs sous nos pas se penchaient, Et les monts abaissaient leurs cimes, Et les fleuves se desséchaient.
Un rayon frappa mes paupières ; Une ville était sous nos yeux, Etincelante de lumières, Gomme les enfers ou les cieux.
Lors, Belzébuth me dit ; « Admire Mes conquêtes et mes travaux ; Et ces colonnes de porphyre, Et ces dômes et ces arceaux.
3o NOUVELLES CHANSO^(S A DIRE
Ici, point de besoins vulgaires ; N'est-ce pas ce que tu voulais?
Ma ville ignore les misères ; On n'y bâtit que des palais,
« Regarde, et cherche à me comprendre Cela s'appelle le bonheur. » — Et je ne pouvais me défendre D'un désir mêlé de terreur.
Au fronton de chaque édifice Mon regard s'était arrêté ; Sur l'un je lisais : Avarice; Et sur l'autre : Cupiimté.
. « Vois-tu, dit-il, c'est la Richesse ; Voici la Domination, » — L'intérieur portait : Bassesse ; Et le portail : Ambition.
« Vois-tu ces somptueux portiques Qui portent un nouveau blason ?» — Et sur les chapiteaux doriques Je voyais écrit : Trahison.
Et la colonnade infinie Toujours, toujours se poursuivait.
Et toujours quelque ignominie En lettres de feu s'y gravait.
l'REMIERU J'ARTIlî :» I
Je cherchais à me reconnaître ; Mon esprit troublé s'égarait, Quand j'aperçus, une fenêtre Qu'une lampe seule éclairait.
Je dis a Bcl/cbuth : « Regarde Par dessus tes palais dorés, Ce que tu vois, c'est la mansarde Où sont mes rêves adorés.
« Elle est petite ; mais je l'aime; J'y vis pauvre et content de peu, Avec l'estime de moi-même Et le respect qu'on doit à Dieu ».