VINGT-CINQ ANS
Je disais sans cesse :
Tant que nous aimons, chantons nos amours.
L'âge qui nous presse Assez tôt viendra changer nos discours.
L'heure dérisoire A sonné pour moi depuis bien longtemps.
Qu'on me verse à boire !
Je suis amoureux comme à vingt-cinq ans.
Dans notre vieillesse, Ne pourrons-nous pas chanter les vins vieux ?
Vive la sagesse !
Nous la pratiquons ne pouvant pas mieux.
Sur un cou d'ivoire J'ai vu retomber des cheveux flottants.
Qu'on me verse à boire !
Je suis amoureux comme à vingt-cinq ans.
Nous pourrons encore, Aux cultes anciens consacrant nos chants,
Malmener l'aurore ; C'est toujours le droit des soleils couchants.
Sa prunelle noire Remplit de rayons mes cieux éclatants :
Qu'on me verse à boire !
Je suis amoureux comme à vingt-cinq ans.
Dans nos jours de fêtes, Nous évoquerons un passé charmant;
Vendanges sont faites :
Pour nous réchauffer coupons le sarment.
Elle me fait croire Que mon jaune été vaut son vert printemps.
Qu'on me serve à boire !
Je suis amoureux comme à vingt-cinq ans.
Qui donc ose dire Que mon front se ride et que je suis vieux ?
Voyez son sourire, Sa bouche enfantine et ses jolis yeux.
Je perds la mémoire :
Belle je la vois, douce je l'entends...
Qu'on me verse à boire !
Je suis amoureux comme à vingt-cinq ans.