JEUNE FILLE AU BOIS
Jeune fille au bois, Si tu vas parfois Entendre une voix, Prends garde !
On dit que, la nuit, Une ombre poursuit L'ombre qui s'enfuit.
Regarde !
Le sol a gémi, La feuille a frémi :
C'est un ennemi
Sans doute.
Des sons inconnus Te sont parvenus Des arbres chenus :
Ecoute !
Chêne vigoureux, Bouleau vaporeux,
Ou châtaignier creux,
Tout arbre Semble avoir des yeux, Ainsi que les vieux Fantômes ou dieux
De marbre.
Si la peur te prend.
Cours, le bois est grand ; Traverse en courant
L'espace ; Les rochers, là-bas, Etendent leurs bras ; Ne t'arrête pas
Et passe 1
Mais, rassure-toi, Calme ton effroi.
Déjà l'astre-roi
Se lève.
Jeune fille au bois La peur, tu le vois, N'est donc quelquefois
Qu'un rêve.
Ainsi fait l'amour Qui, dans un seul jour, Naît et sans retour S'achève,