‹ Nouvelles chansons à dire ou à chanterChapitre 58 sur 166 · UNE EXPIATION · texte numérisé non relu

UNE EXPIATION

Saiut, Arthur, cocher plein d'élégance,

Bel écuyer, joueur et «libertin,

Riche d état, prodigue de naissance ; ""

Il n'est pas midi, que je pense :

Où vas-tu de si grand matin ?

La vie humaine est longue et monotone ? Grave d'ennuis et pleine d'embarras.

Tu veux, dis-tu, la mener courte et bonne?

Jouis avant que l'heure sonne...

Non, tu dois vivre, tu vivras 1

Va, mon fils ; dépense, dépense.

Tu subis une dure loi :

Dépense, dépense, dépense.

La Providence A sesdcsseins sur toi.

Il faut qu'il ait une origine impure, Ce lourd métal qui glisse entre tes doigts, Qu'il ait le sceau du vol et de l'usure. Qu'il soit chargé d'une souillure Dont tu ne peux porter le poids.

PRKMUCRK PARTIE I o3

Dieu doit tarder des peines exemplaires Aux criminels riches et triomphants.

Ton héritage est gros de ses colères :

Il faut que le crime des pères

Soit expie par les entants.

Va, mon fils ; dépense, dépense.

Tu subis une dure loi :

Dépense, dépense, dépense.

La Providence A ses desseins sur toi.

Sens-tu partout crouler ton édifice ?

L'usurier court à la maison en feu ; Sa part est là, ton luxe en fait justice ;

L^ revenu de l'avarice

Sera dévoré par le jeu.

Tu veux en vain t'arrêter sur la pente Tu marcheras sans repos, sans retour, Et le plaisir fuira ta lèvre ardente ;

L'amitié te sera pesante ;

Tu ne connaîtras pas l'amour.

\'a, mon fils ; dépense, dépense.

Tu subis une dure loi :

Dépense, dépense, dépense.

La Providence A ses desseins sur toi.

OÙ donc serait la vengeance céleste, Si tu pouvais, brisant un pacte ancien, Mettre à l'abri l'épargne qui te reste, Pour vivre paisible et modeste Et finir en homme de bien ?

Non ! c'est ton or qui fera ton supplice : Qu'il soit le flot par l'orage battu; Que tout courant lui creuse un précipice ; Qu'il tombe dans l'égout du vice Pour remonter à la vertu !

Va, mon fils ; dépense, dépense.

Tu subis une dure loi :

Dépense, dépense, dépense.

La Providence A ses desseins sur toi.

Et maintenant, que vingt ans, je suppose, Soient écoulés, te voilà seul, transi, Sur un grabat, vieillard pauvre et morose ; Écoute : par ta porte close Un chant de joie arrive ici. .

Un artisan et sa jeune épousée Ouvrent le bal ; tu les connais tous deux. Dans ton déluge ils trouvent leur rosée ; Toute colère est apaisée :

Tu peux mourir, ils sont heureu.x.

PREMIFRE PARTIE I 05

Va, mon fils ; dépense, dépense Tu subis une dure loi :

Dépense, dépense, dépense.

La Providence A ses desseins sur toi.

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