L'AME DE L'ARTISTE
Un matin, je marchais le long de la rivière, Songeant au triste sort de ce monde changeant ; A travers un ciel gris, une pâle lumière Répandait sur les eaux de petits flots d'argent. Près des hauts peupliers, tristement, en silence, Un homme était au champ, suivi d'un jeune gars : Tous les grains ont gelé presque dans leur semence : Le pauvre paysan semait du hlé de mars.
A gauche, de villas les collines ornées Semblent avec amour regarder le vallon ; A droite, à l'horizon, de grandes cheminées Révèlent les trésors de notre sol wallon : Gloire au pays borain, plein de vie et de force, Noir comme le charbon, simple et naïf encor : C'est l'arbre au rude aspect, à la grossière écorce, Mais dont la sève est pure et produit des fruits d'or.
Non loin du pont léger, où les eaux, moins profondes, Roulent blanches d'écume et vont tourbillonner. Les saules rabougris se penchaient vers les ondes Comme s'ils voulaient voir leurs branches bourgeonner
En face, un vieux clocher borne le paysage ; Des files de corbeaux se perdaient dans les airs ; Laissant le grand chemin qui s'ouvre en plein village, Je pris, comme un rêveur, par les sentiers déserts.
Le vent jetait au loin sa sauvage harmonie; Je marchais, et bientôt, du vieux mont Panisel, Je pus contempler Mons, notre cité bénie ; Et, le front découvert, je priai l'Éternel. Une alouette, seule, en ce lieu solitaire Portait jusqu'à la nue un chant mélodieux : C'est l'âme de Fétis ' qui saluait la terre Une dernière fois, avant d'entrer aux cieux.
29 mars 1871.
1. François-Joseph Fétis, célèbre musicien, né à Mons, le 25 mars 1784, décédé à Bruxelles, le 26 mars 1871.
A MADAMR LA PRINCESSE
DE CARAMAN-GHIMAY,