‹ Nouvelles chansons et poésiesChapitre 123 sur 131 · SEUL · texte numérisé non relu

SEUL

J'ai vu dans la forêt im magnifique chêne. Dans l'herbe autour de lui des gars formaient la chaîne ; Et, cachant à mes yeux leurs amours et leurs nids, Les oiseaux gazouillaient dans ses rameaux bénis ; En bas les cris charmants, en haut les notes franches ; Fièrement vers le ciel l'arbre portait ses branches, Comme un père, joyeux, soulève son enfant : Ce chêne semblait être un poème vivant.

Mais un nuage sombre a suspendu la fête. Le vent dans le feuillage annonce la tempête ; Les oiseaux sont muets ; enfants, grands et petits, Sont, tremblants, près de là, sous un orme blottis ; Il pleut, le ciel est noir, l'éclair brille et la foudre De l'arbre merveilleux met les branches en poudre... Et moi je contemplais, en ce lieu désolé, Majestueux encor le chêne mutilé.

Dans l'épreuve fatale où le destin nous mène, Lorsqu'on se sent en proie à la souffrance humaine. Que sans cesse frappé, fils, époux, père, aïeul, Vieillard, à son foyer on se voit triste et seul,

Il faut au deuil immense un immense courage ! Je sais un grand penseur resté seul sous l'orage : A la lutte, depuis, s'il n'a pas dit adieu, Apôtre du progrès, c'est qu'il espère en Dieu !

Car il est des moments de détresse profonde Où l'on n'ose plus croire au bonheur en ce monde, Où, l'espoir le plus cher s'envolant pour toujours, On se sent oppressé sous le poids de ses jours ; Où rien des biens perdus ne peut combler le vide, Où, malgré soi, l'on pense au hideux suicide ; Où l'on se frapperait si l'on ne croyait pas Qu'on retrouve là-haut ceux qu'on perd ici-bas.

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