LIVRE DEUXIÈME. ââ
terdite, fut avertie de se préparer à rentrer dans la domination et dans la maison du prince aussitôt qu'il serait arrivé. On peutjuger, d'après l'énergie et l'indomptable caprice de ce caractère, ce qu'elle dut éprouver de douleur, de répulsion et de colère en se voyant réduite à sacrifier à la fois sa grand'mère, Clotilde, Saluce, sa liberté, sa mémoire, son amour, dans une même immolation d'elle-même ! Elle écrivit par l'entremise de sa nourrice à Saluce ces deux mots : « Ou la fuite, ou la mort, avant le jour qui « m'arracherait à toi ! »
Ce jour approchait. Le prince*** était arrivé. Il
n'avait pas demandé encore à voir la princesse. Il dé-
libérait avec ses amis du gouvernement sur le moyen d'amener par la douceur et par la temporisation à l'obéissance cette imagination d'enfant révoltée. Saluce en fut informé. Il résolut de profiler de ce moment d'indécision du prince pour soustraire Régina à une tyrannie qu'elle redoutait plus que le poignard.
Saluce se procura successivement, et sans qu'on pût remarquer leur accumulation dans le même jardin, quatre ou cinq de ces longues échelles de bois léger dont les jardiniers d'Italie se servent pour tail-
n^ NOUVELLES CONFIDENCES.
1er les ceps de vigne et pour cueillir les raisins des pampres enlacés et suspendus à l'extrémité des branches sur les plus hauts peupliers. Il les démonta, il en mit à part les échelons ; il ajusta et relia les montants avec de fortes cordes, et il en reconstruisit une échelle légère, solide, maniable, à l'aide de laquelle il pouvait atteindre jusqu'à la hauteur du rempart. Ce travail terminé, il fit avertir Régina, par le frère de sa nourrice, qu'il serait la nuit suivante, après quô la lune serait couchée, dans la chapelle auprès du tombeau de sa sœur, et qu'elle trouverait la liberté là où il avait trouvé l'amour de sa vie.
Aidé du jardinier et du frère de la nourrice dont il avait acheté à prix d'or la complicité et le silence, à l'heure dite il monta sur le rempart, tira l'échelle à lui, la fit glisser au pied du mur dans l'allée de cyprès du couvent, descendit, se glissa dans la chapelle, y trouva Régina et la nourrice, leur fit franchir la muraille comtne lui-même l'avait franchie, et laissa ses deux complices retirer, démolir l'échelle et détruire ainsi toute trace d'escalade et de rapt dans le jardin du complaisant Transtévérin. Une de ces petites voitures de paysan romain, formée de deux arceaux de bois recourbé, et voilée contre le soleil d'un lambeau de toile, les attendait dans la cour du frère de la nourrice de Régina. Un vigoureux cheval sauvage des marais Pontins, acheté d'avance parSaluce, était attelé à cette charrette. Régina dé-