TREIZIÈME LETTRE
« Rome..
« I^s jours et les mois passent, et rien n'a changé « dans ma félicité. Voilà pourquoi je ne t'écris que si « rarement; j'ai peur de t'ennuyer de bonheur. J'ha- « bite depuis quelques semaines la même maison « que Régina et sa grand'mère à Tivoli.
« Lés médecins ont conseillé à la comtesse Livia « de respirer, pour se fortifier, l'air pur et vif des « collines. Elle a loué pour quelques jours le palais *** « à Tivoli. Elle m'a permis de louer moi-môme un « petit appartement au-dessus du sien dans le même « palais. De ma fenêtre je vois le balcon de Régina, « où sa grand'mère s'asseoit à l'ombre tout le jour.
« dès que le soleil a tourné Tangle du palais. Tu « connais Tivoli. Nous sommes sur le dernier gradin « de la colline, dominant le temple de la Sibylle, les '< grottes, les cascatelles, et celte vallée d'où le mur- « mure et la fumée des eaux s'élèvent confondus avec a les arcs -en -ciel tournoyants dans les vapeurs! « Avions-nous besoin de ce vertige de plus pour « donner le vertige éternel à nos âmes?...
« Je vois d'ici le plateau opposé de l'autre côté de « la vallée des eaux, avec les chênes verts, les roches « grises entrelacées de figuiers, et l'ermitage des « Franciscains, qui fut autrefois la maison d'Horace, « et où tu écrivis un jour tes premiers vers ! Ce sou- « venir de toi, au milieu de mon bonheur, le com- « plète. Je me figure que tu es encore là, me regar- « dant et te réjouissant avec moi de ce que la fortune « m'a donné pour théâtre de mon amour un des plus « divins séjours de la terre. Quand l'âme est pleine c< elle a besoin de se répandre autour d'elle, dans « une nature aussi splendide que ses pensées. La « nature est la décoration de la vie. Vie plus heu- « reuse, décoration plus belle, jamais ! »