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ple. étaient les Uberti et les Buondelmonti ; après eux. venaient au second rang les Amidei et les Donati, et, dans cette famille des Donati, se trouvait une noble veuve très-riche, mère d’une fille tout juste en âge d’être mariée. La mère voyant cette enfant fort belle et l’ayant élevée avec le plus grand soin, cherchait à qui elle devait la marier ; les partis riches et nobles, qui lui convenaient assez, se présentaient en grand nombre; mais celui qui paraïssait lui plaire le plus était Messer Buondelmontede’ Buondelmonti, Chevalier brillant et estimé, jeune homme riche et de bonne mine, qui était alors à la tête de la faction des Buondelmonti.
Elle avait donc formé le dessein de lui donner sa fille; mais, soit qu’elle crût que rien ne pressait parce que le Chevalier et la jeune fille étaient très-jeunes, soit négligence, soit toute autre cause, elle attendait toujours et ne faisait part de son projet ni à un parent ni à un ami.
Pendant que la veuve temporisait, se figurant sans doute qu’il serait toujours temps, le hasard fit qu’un gentilhomme
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de la famille des Amidei s’entendit avec Messer Buondelmonte pour lui donner une de ses filles en mariage; on pressa si bien des deux côtés la négociation, que, la dot une fois convenue, les fiançailles eurent lieu entre la jeune. fille de la famille des Amidei et Messer Buondelmonte. La nouvelle se répandit aussitôt dans la ville, car 1l s’agissait de gens nobles, et le père de la jeune promise se mettait en mesure de préparer les noces, pour qu'elles se fissent avec la pompe et l'éclat qui convenaient à de si grandes familles. Quand la veuve de la famille des Donati apprit cette union et vit ses desseins ruinés, elle en éprouva un vif désappointement ; elle ne pouvait se consoler et cherchait toujours un moyen d'empêcher l'alliance du Buondelmonte avec l’Amidea de se conclure.
Après y avoir bien pensé et longuement réfléchi, ne trouvant pas d'autre ressource, elle voulut essayer si la beauté de sa fille, qu’elle savait être une des plus jolies de Florence, ne pourrait pas lui servir de filet pour capturer Messer
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Buondelmonte. Sans communiquer à personne ce singulier projet, sans prendre conseil que d'elle-même, un jour qu’elle vit, peu de temps après, Messer Buondelmonte venir sans être accompagné de gentilshommes, mais avec ses serviteurs seulement, dans la rue où était sa maison, elle descendit, se fit suivre par sa fille, et se mit sur le pas de sa porte; quand le Chevalier passa, elle vint au-devant de lui et lui dit avec un visage riant : « Messer Buondelmonte, je » me réjouis avec vous de tous les bon- » heurs qui vousarrivent, je vous félicite d’avoir pris femme, et je souhaite que Notre-Seigneur Dieu vous donne tout le contentementpossible. Cependant, il » est bien vrai que je vous réservais pour » femme ma fille unique que voici. » En disant cela, elle tenait par la main sa fille en avant; car elle voulait que le Chevalier pût l’examiner à son aise. Quand il vit la rare beauté et la grace parfaite de la jeune fille, il devint aussitôt éperdument amoureux d’elle, et, sans songer à sa parole donnée aux Amidei, au
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contrat dressé en bonne et due forme, sans réfléchir à l’injure grossière qu’il leur faisait en renonçant à leur alliance, ni à tout ce qu’il pouvait s’attirer de fâcheux en répudiant une épouse qu'il avait acceptée, mû seulement par le désir et l'appétit ardent de posséder cette nouvelle beauté qu’il savait bien n'être en aucune façon inférieure à l’autre, ni pour la noblesse, ni pour la fortune, il répondit à la veuve d’une voix entrecoupée : — « Madame, puisque vous m’a- ».vez, dites-vous, gardé jusqu’à présent » pour moi votre belle et charmante fille, » -Je serais plus qu’ingrat de la refuser; il » est encore temps de vous donner satis- » faction. Demain, je viendrai vous re- » trouver aussitôt après le dîner et nous » causerons plus à notre aise. »
La bonne veuve fut enchantée: le Chevalier prit congé d’elle et de sa fille et alla à ses affaires, La nuit venue, il pensa aux beautés de la jeune demoiselle qu’il avait vue; il s’enflamma pour elle à tel point, qu’une heure lui paraissait longue comme une année, tant qu’il ne la
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possédait pas, et il résolut, sans tarder davantage, de célébrer ses noces avec elle le-jour suivant. La raison avait beau lui remontrer que c'était une très-mé- Chante action, indigne d’un galant Chevalier, comme il l'était : le pauvre amoureux avait si bien bu le poison que lui avaient versé en un instant les beaux yeux de la jeune fille; le feu subtil et dévorant de l’amour qu’il lui avait voué, l’allumait, le brûlait, le consumait si bien, que, le jour venu, dès qu'il eut dîné, il alla trouver la. Veuve et célébra ce jour-là même les noces, sans plus de réflexion.
Quand on apprit dans la ville ce mariage intempestif et précipité, on fut généralement d’avis que le Buondelmonte s'était conduit comme un fou, et tout le monde le blâäma. Les Amidei surtout s’en indignèrent plus que tous les autres, et les Uberti, avec lesquels ils avaient des liens de parenté, ne furent pas moins irrités qu'eux. Ils se réunirent donc avec leurs autres parents et amis, et, pleins de rancune et d’animosité contre Buondel-
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monte, ils décidèrent qu’une telle injure, un affront si éclatant ne devaient en aucune façon être tolérés, et qu’une tache si honteuse pour eux ne pouvait être lavée que dans le sang de leur ennemi, de celui qui avait méprisé leur alliance.
Il y en eut bien pourtant qui, prévoyant des malheurs inévitables, étaient d’avis de ne pas se laïsser aller à la colère, et de prendre le temps de réfléchir. Dans l'assemblée, se trouvait un certain Mosca Lamberti, homme plein d’audace, toujours prêt à un coup de main; il'dit qu'à tant délibérer, on ne s’arrêtait à aucun parti et conclut par l’adage vulgaire: « Ce qui est fait est fait. » En somme on décida qu'il fallait du sang pour se venger. La mission de tuer Messer Buondelmonte fut confiée au Mosca, à Stiatta Uberti, h Lambertuccio Amidei et à Uderigo Fisanti, tous de noble famille, tous jeunes gens braves et pleins de cœur. Ils convinrent entre eux des mesures à prendre pour accomplir ce redoutable homicide, et se mirent à épier toutes les allées et venues du
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Chevalier, pour voir s’ils pourraient le prendre à l’improviste, de façon qu’il ne püût leur échapper. Quand ils furent bien au courant de ses habitudes, ils ne voulurent pas tarder davantage à mettre leur projet à exécution, c'était la Semaine Sainte, ils décidèrent qu’il fallait sanctifier le jour de la Résurrection Pasquale avecle sang du Chevalier.
Le matin de ce jour-là, les Conjurés, après avoir passé la nuit précédente aux aguets dans les maisons des Amidei, situées entre le Ponte-Vecchio et San- Stefano, étaient à leur poste, attendant que Messer Buondelmonte, selon son habitude, passât devant ces maisons; ils avaient remarqué que, le plus souvent, il traversait cette rue. Le Chevalier, croyant peut-être qu’il était aussi facile d'oublier une injure que de renoncer à une alliance, et ne pensant pas que |les Amidei eussent sur le cœur l’offense qu’il leur avait faite, monta, le matin du jour de Pâques, de très-bonne heure, sur un magnifique cheval blanc, et passa devant les maisons dontil a été parlé, pour aller
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de l’autre côté du fleuve. Attaqué là par les Conjurés, criblé de blessures, il fut jeté à bas de cheval à côté du pont, auprès d’une statue de Mars qui s’y trouvait ; puis il fut tué sans pitié. Ce meurtre, commis sur une personne si notable,
fut cause que Florence se divisa en deux
partis et que, ce jour-là même, il y eut du tumulte. Les uns se mirent du côté des Uberti, qui étaient très-puissants dans la ville et dans le comté, les autres suivirent le parti des Buondelmonti, de sorte que toute la ville prit les armes.
Les familles ennemies avaient beaucoup de palais, de terres. et de soldats; aussi
la guerre dura longtemps, et il y eut dés
deux côtés bien des morts. A la fin, les Uberti, grace à la protection de Frédéric II, roi de Naples et Empereur, chassèrent de Florence'les Buondelmonti, et aussitôt la ville se -partagea, comme
toute l'Italie l'était déjà, entre deux fac-
tions, les Gibelins et les Guelfes, ce qui occasionna la ruine complète de -beaucoup- de très-nobles familles, : Les .discordes et les querelles entre les partis,
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entre les nobles et le peuple, entre les bourgeois et la populace, amenèrent de fréquentes et terribles révolutions; le sang coula à flots, les plus beaux palais furent détruits, une foule de gens furent exilés; mais il est inutile d’entrer dans le détail de tous ces malheurs. Qu'il suffise d’avoir montré tout le mal qui résulta de la rupture avec l’Amidea.
Je pense, Messeigneurs, que ce récit est de nature à vous faire apprécier mieux encore la sage et prudente résolution que vous avez prise, d'autant plus que vos belles et nobles filles sont encore des enfants et ont tout le temps d’attendre une meilleure occasion.
CE CS Lo
LE BANDELLO