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4°. Des difformités ou vices de conformation du Bassin.
On entend par difformités ou vices de conformation du bassin , toute espèce d’altération survenue dans sa configuration naturelle et régulière, dont les suites peuvent influer d’une manière plus ou moins remarquable sur l’heureuse terminaison de l’accouchement.
Les auteurs appliquent indistinctement à ces bassins le nom de viciés ou de difformes , et cependant on doit admettre une grande différence entre les uns et les autres, un bassin 'pouvant être vicié sans être difforme, de même qu’il peut offrir une difformité très - apparente sans être vicié; cette distinction est importante à établir. En effet, un bassin vicié nuit toujours, plus ou moins, à la terminaison, même naturelle, de l’accouchement , soit en précipitant sa marche, quand il pèche par excès de grandeur, soit en la retardant indéfiniment, quand son étroitesse est extieme. Les vices du bassin portent sur ses dimensions ; ses difformités regardent sa conformation. Un bassin difforme ne nuit pas toujours à la terminaison de l’accouchement ; un bassin vicié , difforme ou non, y apporte toujours des obstacles plus ou moins considérables.
Un bassin vicié peut pécher par excès ou par défaut de grandeur. ( Voy. pl. V,Jig. i et 2. ) Dans le premier cas, la trop prompte terminaison de l’accouchement peut faire courir les plus grands dangers à 1 enfant , par 1 espece d’asphyxie qui accompagne presque toujours sa sortie précipitée. La mère elle-meme n est pas toujours exempte d’accidens , soit pendant la gestation, soit au moment de 1 expulsion de 1 enfant. L’obliquité extrême de la matrice pendant la grossesse, le prolapsus, la descente et la précipitation de cet organe après l’accouchement, sont les suites les plus ordinaires de la trop grande amplitude du bassin.
Quelque redoutable cependant que soit pour la mère et pour l’enfant l’excès de grandeur du bassin, 1 un et 1 autre ont bien plus à redouter des suites de son étroitesse, quand cette étroitesse est portée au point de ne pouvoir permettre l’accouchement par les seules forces de la nature.
L étroitesse du bassin est presque toujours accompagnée de sa difformité. C’est à cette circonstance que 1 on doit attribuer les grandes difficultés de certains accouchemens artificiels. L’étroitesse du bassin sans difformité peut être, en général, appréciée, calculée même d’avance, par l’application de quelques moyens mécaniques dont nous parlerons plus bas. Il n’en est pas de meme de ses difformités, dont on ne peut pas toujours déterminer la nature pendant la vie de la femme. ( Voy. pl. \,fig. 3. )
La colonne vertébrale peut etre dans une direction parfaitement naturelle chez une femme dont le bassin est extrêmement vicié ; d’une autre part, elle peut être plus ou moins déviée, et offrir des gibbosités très-apparentes chez celle dont le bassin serait bien conformé f voy. pl. VI, fig' ^ ce qui doit rendre en général l’homme de l’art très - attentif alors dans son diagnostic, rien n étant plus facile que de se tromper sur le choix des moyens indiqués pour la terminaison de l’accouchement.
Quel que soit le degré d’altération que le bassin ait éprouvé dans sa conformation, son étroitesse n’est pas la même chez tous les sujets; elle peut n’avoir enlevé que quelques lignes aux diamètres d un bassin bien conformé d’ailleurs , et l’accouchement n’en éprouver aucun obstacle dans sa terminaison. Dans d’autres circonstances, au contraire, l’étroitesse peut être portée si loin qu’il reste à peine quelques lignes d’ouverture à l’un ou à l’autre des détroits, ce qui rend l’accouchement physiquement impossible par les voies pelviennes.
L etroitesse du bassin affecte tantôt le détroit supérieur ou abdominal , tantôt l’inférieur ou périnéal. Dans le premier cas , le rétrécissement a toujours lieu dans la direction antéro - postérieure ou sacro-pubienne; dans le second cas, c’est dans la direction latérale ou ischiatique, de manière que, lorsqu il n’y a pas de difformité très -remarquable, l’agrandissement de l’un des détroits est toujours en raison inverse du rétrécissement de l’autre. ( Voy. pl. VI , fig. 1 et 2. )
Les causes les plus ordinaires des vices ou difformités du bassin n’agissent en général avec une certaine intensité que dans le premier âge de la vie. Le scrophule , si commun parmi les
nations des climats tempérés de l’Europe, peut en être considéré comme la cause la plus commune et la plus générale. Les tourmens de la première dentition chez les petites filles de la classe élevée des grandes villes, l’ignorance et l’oubli des lois de l’hygiène chez la classe ouvrière et indigente, ajoutent singulièrement à cette première cause; voilà pourquoi les accouchemens sont, en général, moins difficiles parmi les femmes des campagnes que parmi celles des villes, qui demandent aussi plus souvent les moyens violens de l’art.
Voici une échelle de proportions qui peut servir à diriger le jeune praticien dans l’étude, comme dans l’applieation pratique des moyens propres à combattre les difficultés résultantes des vices ou difformités du bassin.
A 4 pouces, 4 p* moins i/4, 3 p. 1/2 , l’accouchement n’exige aucuns moyens de l’art, la nature seule doit en faire les frais.
Au-dessous de 3 pouces 1/2 à 3 p. , 3 p. moins 1/4, et 1 ou 2 lignes au-dessous, il demande l’application du forceps.
A 2 p. 1/2, 2 p. i/4, 2 p. et 2 p. moins 1/4, il veut l’opération de la symphise.
Toutes les fois que le bassin a moins de 2 p. moins 1/4 dans le diamètre antéro-postérieur, l’accouchement ne peut plus se faire par les voies pelviennes, il ne reste d’autre ressource que l’opération césarienne.
Des moyens de reconnaître sur la Femme vivante les vices du Bassin.
Ce n’est pas seulement chez les femmes grosses qu’on est quelquefois obligé de procéder à l’examen du bassin, avant et pendant l’accouchement, pour reconnaître jusqu’à quel point il peutêtre vicié, on est souvent forcé d’y avoir recours chez de jeunes filles, sur la conformation desquelles les parens ayant de justes craintes, réclament les avis d’un médecin éclairé, pour savoir jusqu’à quel point, en se mariant, ces jeunes personnes peuvent espérer ou redouter de devenir mères. Quelles que soient d’ailleurs les circonstances pour lesquelles on est consulté, les moyens sont les mêmes, le mode seul d’application présente quelque différence.
Avant de procéder à un examen plus particulier, on doit jeter un coup-d’œil général sur l’ensemble de la conformation de la personne qui s’abandonne à nos recherches. Si la femme , en effet, est d’une petite stature, contrefaite; si elle a les bras très-longs, comparativement au reste du corps, le menton alongé, de grands yeux bleus, la peau blanche et la chair molle, ce sont autant de présomptions qui doivent faire craindre quelques vices du bassin ; une pareille femme a ordinairement les jambes torses et la taille extrêmement cambrée. On peut également s’apercevoir , en plaçant l’une des mains à plat sur la partie postérieure du sacrum , et deux ou trois doigts de l’autre sur la partie antérieure de la symphise des pubis, du peu d’espace qui sépare ces régions opposées, lorsqu’il y a étroitesse du bassin ; et reconnaître de même sa difformité, par le rapprochement et la hautenr inégale des deux épines antérieures et supérieures de la portion iliaque de l’os coxal. Mais, il faut l’avouer, quelle que soit l’exactitude avec laquelle on ait procédé dans ce premier examen, on ne doit pas s’en tenir à ces simples recherches, quand on veut déterminer d’une manière précise le véritable degré d’altération du bassin.
Plusieurs instrumens ont été imaginés pour obtenir, sur la femme vivante, la connaissance des véritables dimensions du bassin; deux seulement ont reçu une sorte d’approbation des gens de l’art, ce sont le compas d'épaisseur et le pelvi-mètre de Coutuli. Le premier s’applique à l’extérieur, le second s’introduit dans l’intérieur même des parties génitales de la femme; voici le mécanisme de l’un et de l’autre. ( Voy. pi. VII, 2. )
Compas d'épaisseur. Cet instrument, composé de deux branches mobiles, arrondies en dehors, et assez ouvertes , quand elles sont placées sur la femme , pour en embrasser les hanches , est d’une application aussi facile que commode, quand on apporte du soin dans son opération. Chaque branché , terminée par une extrémité boutonnée , est percée en arrière pour laisser passer à volonté une lame graduée, appelée rapporteur , destinée à indiquer l’étendue des parties em-
brassées et parcourues par les deux branches, quand elles sont bien appliquées. Cette application doit être faite à nu ou sur la chemise, quand la femme éprouve de la répugnance à se découvrir. L’un des boutons doit-être appliqué sur la partie antérieure et supérieure de la symphise des pubis, la branche opposée sur le tubercule de la dernière vertèbre des lombes. Il est d’autant plus important de bien déterminer le lieu précis de l’application de la branche postérieure, que cette opération se faisant le plus ordinairement sur des femmes dont le bassin est plus ou moins vicié et difforme, on pourrait, sans cette précaution, se tromper facilement , et tomber dans des erreurs funestes à la mère et à l’enfant.
Si le compas d’épaisseur est bien appliqué , le rapporteur indique , sans qu’il soit nécessaire d’enlever l’instrument, l’étendue générale des parties delà femme comprises dans l’intervalle des deux extrémités boutonnées , et en faisant ensuite la soustraction de l’épaisseur de la symphise ( 6 lignes) et de celle de la partie supérieure du sacrum (2 p. 1/2 ), ce qui reste est juste la mesure de l’intervalle qui existe entre l’angle sacro-vertébral et la partie interne ou postérieure de la symphise des pubis.
Les avantages de l’application du compas d’épaisseur paraissent incontestables; cependant il présente plusieurs inconvéniens qu’on ne peut éviter , si on voulait borner ses recherches à son seul emploi. Sans parler des difficultés qui accompagnent quelquefois son application, et des erreurs par conséquent dans lesquelles on peut tomber , par suite du défaut d’expérience , on ne peut disconvenir qu’il ne donne rigoureusement que la somme totale , exacte à la vérité, de l’épaisseur du bassin , prise de devant en arrière, recouvert de ses parties molles; ce moyen mécanique, appliqué même avec toute la précision possible, n’indique ni la nature particulière des difformités du bassin, ni le degré de déviation de la saillie sacro-vertebrale , ni toutes les autres particularités défavorables à la terminaison de l’accouchement, qui pourraient se trouver dans la cavité pelvienne.
Pelvi-mètre. Ce sont ces réflexions qui ont sans doute conduit Coutuli à imaginer le nouvel instrument auquel il a donné le nom de pelvi - mètre. Celui-ci , compose de deux tiges parallèles, glissant facilement l’une sur l’autre, et terminées par deux extrémités relevees, s introduit dans l’intérieur du vagin, dirigé vers la sadlie sacro-vertebrale. Arrive là, on retire vers soi la branche placée en dessus, dont l’extrémité vient s’appliquer derrière la symphise des pubis; sur la portion de la branche retirée en dehors, se trouvent des lignes graduées et calculées de maniéré à donner la mesure exacte de l’étendue réelle parcourue par la branche intérieure, et par conséquent du diamètre sacro-pubien. C’est- là le grand avantage du pelvi-metre, et le but que se proposait l’auteur; mais cet instrument, quelqu’ingénieux qu’il soit dans ses combinaisons, présente de nombreux inconvéniens, qui en ont, pour ainsi dire, fait abandonner 1 usage, tels que la difficulté de l’introduire et le danger attaché à son introduction.
S’il est démontré que les inconvéniens attachés à l’emploi des deux instrumens dont nous venons d’exposer le mécanisme , ne permettent point de borner ses recherches à leur application seule, quand on prévoit la nécessité d’employer quelques moyens violens de 1 art pour la terminaison de l'accouchement, le salut de la femme et celui de l’enfant exigent donc un examen plus rigoureux, exempt surtout de toute espèce d’équivoque, et qui laisse l’accoucheur dans la plus grande sécurité sur les résultats de ses recherches. C’est par le toucher qu’on y parvient, c est au moyen du doigt indicateur de l’une ou l’autre main, introduit dans le vagin, que 1 homme de 1 art peut acquérir toutes les connaissances relatives à l’examen qu’il se propose de faire; non seulement il peut, à l’aide du doigt, atteindre la saillie sacro-vertébrale, et déterminer par là la véritable etendue du diamètre sacro-pubien , mais il a de plus l’avantage , par ce moyen , de parcourir toute 1 étendue de la cavité pelvienne, de reconnaître et d’apprécier les différentes espèces d alteration, et tous les obstacles qui pourraient plus ou moins s’opposer à la terminaison de 1 accouchement.
Pour procéder à cet examen d’une manière méthodique et convenable, on fait placer la femme debout, les épaules appuyées contre un plan solide; alors on introduit avec précaution le doigt indicateur de l’une et l’autre main dans l’intérieur du vagin, en le dirigeant obliquement en haut
et en arrière vers la saillie sacro- vertébrale, sur le milieu de laquelle l’extrémité du doigt introduit doit être appuyée; en relevant ensuite le bordradial vers l'arcade des pubis, dont on presse légèrement le bord tranchant, on fait, avec l’ongle du doigt indicateur de la main opposée, une sorte de marque ou d’enfoncement sur celui qui est introduit, le plus près possible du corps des pubis; puis on retire le doigt dont on mesure l’étendue comprise depuis la petite marque indiquée plus haut, jusqu’à l’extrémité, en le plaçant sur une mesure linéaire. ( V^oy. pl. VIII, fig- ^ et 3. )
De la somme totale de la portion du doigt introduit, il faut soustraire 6 lignes pour l’épaisseur de la symphise , et 2 à 3 lignes pour le degré d’obliquité avec laquelle le doigt a parcouru l’intérieur du bassin. Ce qui reste alors forme la mesure exacte de l’intervalle compris entre le sacrum et la symphise des pubis, et donne la véritable étendue du diamètre antéro-postérieur ou sacropubien.
Quelques personnes peu expérimentées pourraient quelquefois concevoir des craintes si elles ne pouvaient atteindre la saillie sacro - vertébrale, et seraient peut - être fort embarassées pour porter un jugement sur la femme soumise à leur examen. Qu’elles se rassurent, le bassin d’une pareille femme n’est point vicié , et le diamètre antéro - postérieur a l’étendue convenable pour permettre le passage de la tête d’un enfant d’un volume ordinaire.
Le moyen de reconnaître les vices du détroit inférieur ou périnéal offre peu de difficultés; il suffit, le plus souvent, de faire coucher la femme sur le dos , les jambes fléchies sur les cuisses , et celles-ci écartées et fortement relevées sur le ventre; dans cet instant, les deux tubérosités de l’ischion faisant une saillie très-remarquable à travers les tégumens, il est facile d’apprécier leur degré de rapprochement. Si l’on voulait avoir des résultats plus rigoureux, on pourrait placer les extrémités boutonnées d’un compas ordinaire sur chacune des tubérosités, et reportant le compas sur une mesure linéaire, évaluer, à une demi -ligne près, l’étendue du diamètre ischiatique ou transversal du détroit inférieur. Ici, on 11’a pas besoin de faire de soustraction, toute l’étendue parcourue par le compas doit être mise en ligne de compte , et former la mesure absolue de l’étendue du diamètre. ( V^oy. pl. VII , jrêg-, )
Nota. Au moment où cette feuille allait être imprimée , un de mes élèves, M. Martin, est venu me soumettre un nouvel instrument pour mesurer le bassin. Cet instrument, auquel il donne le nom de pelvi-graphe , me paraît digne de fixer l’attention des gens de l’art. L’idée en est fort ingénieuse ; sa description et son dessin se trouveront dans les livraisons des instrumens relatifs à la pratique des accouchemens.
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