Voir Fioretti, cli. xvi, vers la fin
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tenu après sa mort, deux partis se manifestèrent dans l’ordre. Les uns, incapables de soutenir l’entreprise surhumaine qu’avait rêvée le sublime mendiant, et plus sages selon la chair que ne le voulait l’esprit de l’institut séraphique, croient que la rigueur primitive de la règle est au-dessus des forces de l’homme, que cette règle admet des adoucissements, que le pape peut en dispenser. Les autres soutiennent avec une surprenante audace que l’œuvre de saint François n’a pas encore donné tous ses fruits, que cette œuvre est supérieure au pape et à l’Église de Rome, que la règle est une révélation qui ne dépend que de Dieu. Au fond de leur cœur était, sans qu’ils l’avouassent, cette croyance que l’apparition de François n’était ni plus ni moins que l’avènement d’un second Christ, aussi grand que le premier, supérieur même par la pauvreté. De là cette étrange légende où le séraphin d’ Assise, égalé en tout au Christ, est mis au-dessus de lui, parce qu’il n’a rien possédé en propre, pas même les choses;qui se consomment par l’usage. De là enfin cette prétention hautement avouée, que l’institut de Saint- François était destiné à absorber tous les autres ordres, à remplacer l’Église universelle elle-même, et à devenir la forme définitive de la société humaine à la veille de finir.
JOACHIM DE FLORE
Ces idées exaltées, comprimées par le bon sens et aussi par l’esprit assez terrestre de la majorité, étaient le secret d’un petit nombre, lorsque l’élection de Jean Borelli ou Buralli à la dignité de général, en 1^47, vingt et un ans après la mort du patriarche d’Assise, amena un éclat et donna un nom définitif à la doctrine nouvelle. Jean Buralli, né à Parme vers 1209, était le représentant le plus décidé du parti qui, voulant l’accomplissement littéral des révélations de l’Alvernia, ne reculait pas devant les applications sociales les plus exagérées du principe de la pauvreté. 11 rejetait toutes les interprétations de la règle, même celles qui avaient été proposées par des docteurs et sanctionnées par des papes. Persuadé que dans l’institution de Saint-François était renfermé l’avenir de l’Eglise et du genre humain, il conçut le projet de relever la pensée du fondateur, que la mollesse des disciples avait laissée tomber dans l’oubli. Le commencement de son généralat fut une sorte de retour à l’idéal franciscain le plus pur. La règle fut partout remise en vigueur. Il était arrivé dans le sein de l’ordre d’Assise ce qui se passe à l’origine de toutes les religions. Les vrais disciples du fondateur, les saints, les austères, étaient devenus vile un embarras; dans les années qui suivirent la mort de François, les héritiers de son esprit avaient
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été presque tous exilés ou emprisonnés; un ou deux furent môme assassinés. Jean de Parme rappela les saints bannis. La légende de François fut reprise et embellie L On supposa un testament dicté, disait-on, par François stigmatisé, et qui renchérissait encore sur les prescriptions de la règle. Par sa haute piété, par son mépris des grandeurs terrestres, par son aversion pour l’éclat mondain des dignités ecclésiastiques, Jean de Parme rendit durant quelque temps aux zélés de l’ordre l’image vive de leur saint fondateur ; les neuf années que dura son généralat furent le règne d’une coterie pieuse, que nous connaissons à merveille depuis que les mémoires de l’un des affiliés, le naïf et aimable Frà Salimbene, ont été livrés au public L Joachim était après François d’Assise l’oracle de cette petite école. Ses écrits y étaient avidement lus et copiés avec ardeur. L’abbé de Flore, qui n’avait laissé en Calabre que des disciples inconnus, trouvait ainsi dans un autre ordre une famille dévouée et d’ardents continuateurs.
Nous sommes ici certainement à l’origine de l’Evangile éternel. Déjà, au xiv® siècle, le dominicain Nicolas Eymeric, dans son Direclorium inquisitorum, désigne Jean de Parme comme l’auteur du livre
1. La rédaction du récit des « Trois compagnons » est de l’an 1217.
2. Voyez surtout p. 98 et suiv. ; 101 et suiv. ; 104, 317 et suiv.
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dont il s’agit, et ce sentiment est resté celui de presque tous les critiques et historiens ecclésiastiques. Les efforts tentés par les auteurs de l’histoire littéraire des franciscains, Wadding et Sharaglia, pour écarter d’un supérieur de leur ordre la tache d’hérésie, n’ont pu obscurcir une vérité dont la certitude va jusqu’à l’évidence *. Pourtant une foule de questions restent encore à résoudre. Le livre de l'Évangile éternel existe-t-il dans les collections de manuscrits? Quelle en était la nature? Quelles furent dans la rédaction la part du maître et celle de son disciple Gérard de Borgo San-Donnino, qui, selon FràSalimhene, fut le seul auteur de l’ouvrage? C’est ici que les documents manuscrits viennent jeter beaucoup de lumière. Nous espérons montrer que des fragments àc T Évangile éternel et les pièces de la
procédure dont il lut Tobjet sont venus jusqu à nous.
DOCUMENTS ORIGINAUX QUI SERVENT A ÉCLAIRCIR LA QUESTION DE l’ÉVANGILE ÉTERNEL
Ces documents sont conservés dans deux manu-