Le LUI" selon le canon bébrea
plus diverses. Les théologiens chrétiens y ont reconnu un récit anticipé, une vision prophétique, de la Passion de Jésus-Christ.
Les théologiens juifs n'y ont vu et continuent à n'y voir qu'une peinture historique des souffrances, des humiliations et des persécutions endurées pour le salut du monde par le peuple d'Israël personnifié dans un seul homme, selon le génie et les habitudes des écrivains bibliques*.
M. Havet se déclare pour cette dernière opinion, et il faut convenir que c'est la plus conforme au sens naturel du texte et aux principes de la libre critique. A quelque parti qu'on s'arrête on sera forcé de convenir que l'idée d'un Messie éprouvé par la souffrance, d'un Rédempteur qui donne sa vie pour racheter ceux qui sont dans l'erreur et qui font le mal; que cette idée a été juive avant d'être chrétienne, qu'elle a passé, après avoir subi une modification plus ou moins profonde, de l'Ancien Testament dans le Nouveau. Dans l'Ancien Testament lui-même on la voit sortir d'une idée antérieure qui en est le germe, sinon l'équivalent.
1. On a publié récemment la tradaction latine et le texte hébreu de cinquante-cinq commentaires de ce fameux chapitre qui tous aboutissent à la môme conclusion.
The fifty chapter of Jsaiah according io the jewish interpreterty Oxford and London i vol, in-8% 1677.
Déjà la Loi a présenté le peuple d'Israël comme appelé à remplir un sacerdoce collectif, comme un « peuple de prêtres » ; pourquoi les prophètes n'en auraient-ils pas fait un Messie collectif, une victime prédestinée à racheter les autres peuples encore plongés dans l'ignorance et l'impiété?
Bien d'autres idées que le christianisme s'est assimilées, et qu'il a ensuite, sous son nom, répandues dans le monde avec sa merveilleuse puissance de propagande, ont leur origine, sinon dans les livres hébreux de l'Ancienne Alliance, du moins chez les écrivains juifs d'une époque antérieure à la rédaction des Évangiles.
Le plus important de ces écrivains, c'est Philon, que les historiens de la philosophie, pour le distinguer de plusieurs autres philosophes du même nom, ont pris l'habitude d'appeler Philon le Juif. C'est ce qui permet à M. Havet d'exprimer ce jugement, aussi piquant dans la forme qu'exact au fond : « Philon le Juif est le premier des Pères de l'Église». »
En effet, la plupart des Pères de l'Église qui ont écrit en grec, particulièrement Origène et Clément d'Alexandrie, se sont inspirés de
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Philon. On trouve dans ses nombreux ouvrages non seulement l'idée du Verbe qu'on rencontre déjà dans le livre plus ancien de la Sagesse* et même dans les Proverbes *^, mais l'idée de la Trinité, de la grâce, de la foi et surtout de la charité universelle, de la fraternité du genre humain. Chez lui, l'amour divin n'est plus une passion uniquement inspirée par le Dieu d'Israël et qui se confond avec le patriotisme, c'est l'àme qui se confond avec l'infini et se perd dans l'extase. Il a connu et pratiqué avant saint Paul l'usage de Tallégorie dans l'interprétation des Écritures, ou le sens spirituel que l'apôtre des Gentils ne cesse d'opposer au sens littéral. Comme saint Paul aussi il regarde la circoncision de la chair comme un symbole de la circoncision du cœur ou du retranchement des passions; mais la circoncision du coMir est déjà enseignée dans le Duutéronome^ et dans les prophéties de Jérémie *. 11 n'est pas jusqu'à la métaphore de l'olivier sauvage greffé sur l'olivier franc, qu'on ne trouve avec le môme sens et presque avec les mômes expressions dans