‹ Nouvelles expériences sur la force psychiqueChapitre 1 sur 25 · Nouvelles expériences sur la force psychique · texte numérisé non relu

Nouvelles expériences sur la force psychique

Il y a déjà quelques semaines, on a annoncé dans une Revue (1) que je venais d’entreprendre des investigations au sujet de ce qu’on appelle le spiritualisme, et en raison des nombreuses communications que j’ai reçues depuis lors, je juge qu’il est convenable de dire quelques mots touchant les recherches que j’ai commencées. Je ne puis pas dire que j’aie des vues ou des opinions sur un sujet que je n’ai pas la prétention de connaître. J’estime qu’il est du devoir des hommes de science qui ont appris à travailler d’une manière exacte, d’examiner les phénomènes qui attirent l’attention du public, afin d’en confirmer la réalité ou d’expliquer, si c’est possible, les illusions des honnêtes gens et de dévoiler les fraudes des trompeurs. Mais je pense qu’il est regrettable qu’on annonce au public qu’un homme se livre à des recherches,

(1) The Atheuæum.

avant qu’il ait lui-même jugé à propos d’en parler.

Un homme peut être un véritable savant, et néanmoins se trouver d’accord avec le professeur de Morgan, quand il dit : « J’ai bien vu et « bien entendu, dans des conditions qui ren- « dent l’incrédulité impossible, des phénomènes « appelés spiritualistes, et dont un être raison- « nable ne peut admettre l’explication par l’im- « posture, le hasard ou l’erreur.

« Jusque-là, je sens le terrain ferme sous « mes pas; mais quand il faut en venir à la « cause de ces phénomènes, je ne puis adopter « aucune des explications qui ont été jusqu’ici « mises en avant. On a trouvé facilement des « explications naturelles, mais elles sont insuf- « Osantes; d’un autre côté l’hypothèse spiri- « tuelle,qui est plus satisfaisante, demeure bien « difficile à admettre. »

Je ne saurais me prononcer sur la cause des faits dont j’ai été témoin; mais que certains phénomènes physiques, tels que le mouvement de substances matérielles et la production de bruits, ressemblant à des décharges électriques, se produisent dans des circonstances où l’on ne peut les expliquer par aucune loi physique actuellement connue, c’est un fait dont je suis aussi certain que du fait le plus élémentaire de la chimie. Toutes mes études scientifiques n’ont été qu’une longue série d’observations exactes, et je désire qu’il soit bien compris que les faits que j’affirmerai ici sont le résultat des recherches les plus scrupuleuses.

Je ne puis, quant à présent, hasarder même la plus vague hypothèse sur la cause des plié-

nomènes. Jusqu’ici je n’ai rien vu qui ait pu me convaincre de la vérité delà théorie spiritua-l lls . Dans une pareille recherche, l’intelligence exige que la preuve spirituelle soit d’une évidence incontestable ; la vérité doit être si frappante et si convaincante qu’on ne puisse, qu’on n ose la mettre en doute. M

Faraday dit : « Avant de procéder à l’examen de quelque question rentrant dans l’ordre physique, nous devrions nous faire des idées claires' sibl? » U1 6St naturellement Possible ou impos-

Mais ce raisonnement s’agite dans un cercle vicieux : nous ne pouvons rien étudier avant de

savoir si cest possible; tandis que, en dehors

des mathématiques pures, nous ne pourrons pas dire ce qui est impossible, jusqu’à ce que toutes choses nous soient connues.

Dans le cas présent, je préfère aborder mes recherches sans aucune idée préconçue sur ce qui peutetreou n’être pas, mais avec tous mes sens en éveil et prêts à communiquer avec l’intelligence ; étant d’ailleurs .convaincu que nous sommes loin d’avoir épuisé toutes les connaissances humaines et sondé les profondeurs de toutes les forces physiques; me souvenant que le grand philosophe déjà cité dit, au sujet de quelques spéculations sur la force de gravitation : « Rien n’est trop merveilleux pour otre vrai, Si cela est conforme aux lois de la nature ; et dans des matières comme celles-ci expenence est la meilleure pierre de touche de cette conformité. »

Le mode de raisonnement des hommes de science paraît généralement mal compris par

les spiritualistes avec qui j’ai conversé, et on assigne fréquemment des motifs erronés à la répugnance de l’esprit scientifique à porter ses investigations sur ce sujet. Je pense donc que je rendrai quelque service si je fais connaître ici le genre d’idées qui ont cours parmi ceux qui étudient la science, et si je dis quelle sorte de preuve expérimentale elle a le droit d’exiger avant d’admettre dans ses rangs une nouvelle branche de connaissances. Il ne faut pas mêler l’exact à l’inexact. La suprématie de l’exactitude doit être absolue.

La première chose exigée est d’être sûr des faits, ensuite d’en déterminer les conditions, et enfin, les lois. L’exactitude et la connaissance de détail sont au premier rang des grandes aspirations des savants modernes. Il n’y a pas d'observations qui puissent servir à celui qui étudie la science, à moins qu’elles ne soient bien exactes et qu’elles ne soient faites dans des conditions probantes ; et, dans le sujet spiritualiste qui nous occupe, je trouve que la majeure partie de l’évidence fait défaut. Dans une matière qui, peut-être plus qu’aucune autre, prête à la supercherie et à la déception, les précautions prises contre la fraude paraissent, dans la plupart des cas, totalement insuffisantes, et sont dues, semble-t-il, à l’idée fausse que, demander de telles garanties, serait jeter de la suspicion sur l’honnêteté de l’un des assistants. Nous pouvons nous servir de nos sens sans leur venir en aide; mais lorsque nous voulons avoir recours à des instruments pour accroître leur subtilité, leur certitude, la confiance qu’ils méritent dans des conditions d’excitation et de

difficulté et lorsque les sens naturels peuvent être mis hors de leur équilibre, malheureusement on s’en offense î

J’ai lu la relation d’une quantité innombrable d’observations, et il me semble qu’il y a bien peu d’exemples de réunions tenues avec l’intention expresse de placer les phénomènes sous des conditions expérimentales, en présence de personnes dûment reconnues aptes, par la direction de leurs études, à peser et à apprécier la valeur des preuves qui pourraient se présenter. Les seules bonnes séries d’expériences probantes dont j’ai connaissance ont été tentées par le Comte de Gasparin, qui, tout en admettant la réalité des phénomènes, arrivait à la conclusion qu’ils n’étaient pas dus à des causes surnaturelles.

Le spiritualiste pseudo-savant fait profession de tout connaître : nul calcul ne trouble sa sérénité, nulle expérience n’est difficile, pas de lectures longues et laborieuses ; pas de tentatives pénibles pour exprimer en langage clair ce qui a charmé le cœur et élevé l’esprit. 11 parle avec volubilité de toutes les sciences et de tous les arts, submergeant son auditeur sous les termes de électro-biologie, psychologie, magnétisme animal , etc., véritable abus de mots, qui montre plutôt l’ignorance que le savoir. Une pareille science banale n’est guère propre à guider les découvertes qui marchent vers un avenir inconnu ; et les vrais ouvriers de la science doivent, au plus haut degré, prendre garde à ce que les rênes ne tombent pas en des mains incompétentes et incapables.

Le vrai savant a un grand avantage dans les

investigations qui déjouent si complètement l’observateur ordinaire. Il a suivi la science dès le commencement, à travers une longue suite d’études, et il sait par conséquent dans quelle direction elle le mène ; il sait que, d’un côté, il y a des dangers, de l’autre, des incertitudes, et d’un troisième côté, la vérité presque absolue.

Il voit une certaine étendue devant lui. Mais quand chaque pas se dirige vers le merveilleux et l’inattendu, les précautions et le contrôle doivent s’accroître plutôt que diminuer. Les chercheurs doivent travailler, quoique leur travail soit petit en quantité, pourvu que son excellence intrinsèque fasse compensation. Mais, même dans ce royaume des merveilles, cette terre de prodiges vers laquelle la recherche scientifique envoie ses pionniers, y a-t-il quelque chose qui puisse être plus étonnant que la délicatesse des instruments auxiliaires que les travailleurs apportent avec eux, pour les aider dans les observations de leurs sens naturels?

Le spiritualiste parle de corps pesant 50 ou 100 livres, qui sont enlevés en l’air sans l’intervention de force connue; mais le savant chimiste est accoutumé à faire usage d’une balance sensible à un poids si petit qu’il en faudrait dix mille comme lui pour faire un grain. Il est donc fondé à demander que ce pouvoir, qui se dit guidé par une intelligence, qui élève jusqu’au plafond un corps pesant, fasse mouvoir sous des conditions déterminées sa balance si délicatement équilibrée.

Le spiritualiste parle de coups frappés qui se produisent dans les différentes parties d’une chambre, lorsque deux personnes ou plus sont

tranquillement assises autour d’une table. L’expérimentateur scientifique a le droit de demander que ces coups se produisent sur la membrane tendue de son phonautographe.

Le spiritualiste parle de chambres et de maisons secouées, même jusqu’à en être endommagées, par un pouvoir surhumain. L’homme de science demande simplement qu’un pendule placé sous une cloche de verre et reposant sur une solide maçonnerie, soit mis en vibration.

Le spiritualiste parle de lourds objets d’ameublement se mouvant d’une chambre à l’autre sans l’action de l’homme. Mais le savant a construit des instruments qui diviseraient un pouce en un million de parties : et il est fondé à douter de l’exactitude des observations effectuées, si la même force est impuissante à faire mouvoir d’un simple degré l’indicateur de son instrument.

Le spiritualiste parle de fleurs mouillées de fraîche rosée, de fruits et même d’êtres vivants apportés à travers les croisées fermées, et même à travers de solides murailles en briques. L’investigateur scientifique demande naturellement qu’un poids additionnel (ne fût-il que la millième partie d’un grain) soit déposé dans un des plateaux de sa balance, quand la boîte est fermée à clef. Et le chimiste demande qu’on introduise la millième partie d’un grain d’arsenic à travers les parois d’un tube de verre dans lequel de l’eau pure est hermétiquement scellée.

Le spiritualiste parle des manifestations d’une puissance équivalente à des milliers de livres, et qui se produit sans cause connue. L’homme de science qui croit fermement à la conserva-

tion de la force, et qui pense qu’elle ne se produit jamais sans un épuisement correspondant de quelque chose pour la remplacer, demande que lesdites manifestations se produisent dans son laboratoire, où il pourra les peser, les mesurer, et les soumettre à ses propres essais (1).

C’est pour ces raisons et avec ces sentiments que je commence l’enquête dont l’idée m’a été suggérée par des hommes éminents qui exercent une grande influence sur le mouvement intellectuel du pays. D’abord, comme d’autres personnes qui avaient peu pensé h ces faits et avaient vu peu de chose, je croyais que tout cela était de la superstition, ou tout au moins un truc inexpliqué. Même en ce moment, pour certains cas, je ne puis pas prouver qu’ils sont autre chose; et pour d’autres, je suis certain qu’il y a illusion des sens.

Je ne promets pas néanmoins d’entrer pleinement dans ces études, car il paraît bien difficile de rencontrer des occasions favorables, et de n’être pas découragé par les nombreux insuccès qui certainement se présenteront. Les personnes en présence de qui ces phénomènes se produisent sont en très petit nombre, et les occasions d’expérimenter avec des appareils

(1) Pour être juste à cet égard, je dois établir qu’en exposant ces vues a plusieurs spiritualistes éminents et à des médecins les plus dignes de confiance de l’Angleterre, ils ont exprimé leur parfaite confiance dans le succès de l’enquête, si elle était loyalement poursuivie dans l’esprit que j’ai indiqué ici. Ils m’ont offert de m’assister de tout le pouvoir de leurs moyens, en mettant à ma disposition leurs facultés particulières. Et jusqu’au point où j’en suis arrivé je puis ajouter que les expériences préliminaires ont été satisfaisantes.

préparés à l’avance sont encore plus rares. J’éprouverais une grande satisfaction à projeter ta lumière dans quelque direction que ce fût, et sûrement je puis dire que je ne m’occupe pas de savoir quelle sera cette direction. Avec ce résultat en vue, je fais appel à tous ceux de mes lecteurs qui possèdent 1a clef de ces étranges phénomènes, afin qu’ils m’assistent dans mes recherches et fassent progresser 1a vérité. La corrélation de ces faits avec d’étranges conditions physiologiques est évidente, et, dans un sens, ces conditions peuvent s’appeler « spirituelles » puisqu’elles produisent certains résultats dans nos esprits. Jusqu’à présent, les phénomènes que j’ai observés échappent à toute explication; il en est de même des phénomènes de 1a pensée qui, eux aussi, sont spirituels, et aucun philosophe n’a encore pu les comprendre. Personne cependant ne les nie.

Les explications données soit oralement, soit dans la plupart des livres que j’ai lus, sont déguisées sous une telle affectation de style pédant, elles essaient tellement de masquer la pauvreté des idées sous un langage pompeux, que je trouve impossible, après m’être sorti de leur résidu mousseux, de discerner clairement ce qu’elles ont voulu dire. J’avoue que le raisonnement de quelques spiritualistes semblerait presque justifier ces paroles sévères de Faraday, « que bien des chiens pourraient arriver à des conclusions plus logiques. » Leurs explications montrent une ignorance complète de toutes les théories de la force qui n’est qu’une forme de mouvement moléculaire; et ils parlent de Force, Matière et Esprit, comme de

trois entités distinctes capables d’exister l’une sans les autres, bien qu’ils admettent quelquefois qu’elles se substituent naturellement.

Ces spiritualistes ne sont pas certainement beaucoup plus avancés que cet écrivain alchimiste qui dit :

«J’ai demandé à la philosophie comment je pourrais obtenir d’elle ce que je voudrais. Elle me répondit que ce serait lorsque je serais capable de rendre l’eau malléable, et quand j’aurais trouvé le moyen de mesurer un mètre de vent. Ou bien encore, dit-elle, ton désir sera rempli si tu peux peser une once de feu. Si tu ne peux arriver à accomplir ces trois choses, contente-toi toi-même; tu n’obtiendras rien de moi. »

Mon désir a été de montrer que graduellement la science fait de ceux qui la suivent les représentants de la précaution et de la vérité. C’est une belle qualité que d’énoncer une vérité indéniable. Que cette situation ne soit donc pas amoindrie, mais que les paroles s’accordent avec les faits avec une vérité égale à celle avec laquelle les faits eux-mêmes peuvent être affirmés; et dai s un sujet qui prête à la crédulité et à la superstition, montrez que l’on peut trouver une classe de faits inspirant une telle confiance, qu’on soit sûr qu’ils ne changeront jamais.

Dans les affaires ordinaires, une méprise peut n’avoir qu’une courte existence; mais dans l’étude de la nature, une observation imparfaite peut causer des ennuis infinis à des milliers de gens. L’emploi croissant des méthodes scientifiques fera naître l’exactitude d’observation, ainsi qu’un plus grand amour de la vérité parmi

les chercheurs, et produira une race d’observateurs qui chassera les restes sans valeur du spiritualisme jusque dans les limbes inconnus de la magie et de la nécromancie.

Si les spiritualistes voulaient seulement faire attention aux enseignements de leurs propres prophètes, ils n’auraient plus à se plaindre de l’attitude hostile de la science; car écoutez ce que chante Thomas L. Harris dans son « Poème de l'Age d'or : »

« Plus les hommes s’en tiendront à la pratique,

« Moins ils travailleront dans le vague et dans l’abstraction,

« Moins ils se contenteront de grands mots mystérieux,

« Plus leur pouvoir sera grand ;

« Le plus simple paysan qui observe une vérité,

« Et d’un fait déduit un principe, a Ajoute un solide trésor à la richesse publique;

« Le théoricien qui fait un rêve irisé et donne le « nom de philosophie à ses hypothèses, n’est tout au « plus qu’un financier de papier, qui voudrait faire « passer pour de l’or ses spécieuses promesses. Les « faits sont la base de la philosophie, et la philosophie a est l’harmonie des faits, vus dans leur vrai rapport. »

Page 1