Que foiix riches estoit amez
Et povres sages fous clamez (ms. B. N. fr. i5/iO).
2. N'est pas mendre sens d'espargner L'avoir qu'il est du gacngnier ; Petit gaaing et bien despendre
Font a pluseurs leur terre vendre (Ibid.).
Les deux premiers vers traduisent un hexamètre d'Ovide :
Ncc minor est virtus quam quaerere parla tueri (Ars Am., II, i5).
péchant mal faîsoit ; si se print a repentir, et s'en ala confesser ; puis après sa confession fist condigne pénitence et resrtitucion et du tout en bien se tourna, et par le consentement de sa femme se bouta en religion, ou il fîna scz jours très honnestcment.
Traduction très écourlée de la première partie d'un conte des Vies des Pères en vers, intitulé dans le manuscrit Bibl. Nat., fr. i540, De risurier qui se converti ^ 11 est probable que la seconde partie du conte en vers : la dure pénitence du pécheur, sa mort bizarre et horrible, le miracle des parfums que son corps exhale, ont choqué l'esprit positif du prosateur ; on ne peut lui en faire un reproche, mais on doit constater qu'en supprimant ces détails, il a ôté toute signification à son récit.
I. V :io, Usuru'i\ dans la nomenclature de G. Paris(/îom., XIII, p. a^o).
DE GAUCIIIER GHANTEPRIME, QUI DELAISSA SA MAUVAISE VIE PAR PENSER A LA MORT
Gaucher Chanteprime estoit homme bien congnoissant, bien et mal appercevant, et neantmoins tousjours vivoiten mondanité, selon son plaisir et en vanité, et non obstant il savoit bien qu'il faisoit mal. Il avoit de coustume de soy confesser quatre foiz en l'an a ung docleur en théologie nommé maistre Jehan Saulnier, qui bien Tentendoit et pource le reprenoit, et luy bailloit pénitence selon son délit...
Jehan Saulnier ne parvenant pas à remettre son pénitent dans la bonne voie l'adressa « a ung sien compaignon nommé maistre Girard de la Cuillier, maistre en théologie et très bon preudomme ». Le nouveau confesseur ne fut d'abord pas plus heureux que le premier ; mais après avoir usé vainement de différents moyens * :
Si print maistre Girard une aultrc manière de faire, et fîst ung escript contenant ce qu'il s'en suyt :
« Otu, Gaucher, saches que tu es chrestien et mortel ; tu n'en peus eschapper. Se tu meurs comme bon catholique, tu aras le mérite du royame des cieux, ou est tout le bien que l'en pourroit penser, dire ne ymaginer, et plus sans comparaison, a tousjours mais ; en toy est de l'acquester et de le perdre. Et se tu meurs en pechié et comme catholique deslcal et mauvais, tu yras a dampnacion, ou est toute misère et desolacion, tant
I . La partie du texte ici résumée occuperait enWron 70 vers.
de mal et d'affliction que cucr humain ne pourroii penser ne comprendre ; et si est perpétuel. »
Cest escript après la confession pour toutes pénitences luy charga qu'il le leust quant il vouldroit entrer en son lit. Gaucher de ceste pénitence fut bien content, car pas n'estoit grant ; mais avant qu'il fut xv jours, par une nuyt qu'il ne pouoit dormir, print a cest escript penser, et tellement méditer et si merencolier que depuis de tous poins délaissa a pechîer, et servit Dieu dévotement tant qu'il vesqui.
Jean Saulnier, originaire du diocèse de Rouen, fut professeur de théologie à la Sorbonne ^ ; il fut nommé chancelier de l'Université de Paris à la mort de Gerson, mais il mourut lui-môme avant d'élre entré dans ses nouvelles fonctions 2, et fut enterré à Sainte-Geneviève, le 3o septembre i43o 3. U existe de lui clans le ms. Bibl. Nat. fr. 444, f- i-aoS, un <^ Livre de la maison de la conscience, composé par feu maistre Jehan Saulnier, docteur en théologie, a la requesle de très haulte et très puissante dame, Madame de Bavière, contesse de Mortain, fille du duc d'Alenczon. » Catherine d'Alençon avait épousé en i4ii Pierre de Navarre, comte de Mortain, et eu i4i3, Louis le Barbu, duc de Bavière ; elle mourut en 1463 et fut enterrée, elle aussi, dans l'abbaye de Sainte-Geneviève. Je n'ai pas jugé utile de chercher dans le traité volumineux et inédit de la Maison de la conscience, « lieux communs de morale ascétique », dit Paulin Paris *, si l'anecdote ci-dessus rapportée s'y trouve.
Jean Saidnier eut pour collègue, dans l'enseignement de la théologie, à la Sorbonne, depuis 1428, un autre Normand, nommé Gauf ridas Coclearis ("aussi Coclearii), qui professait encore en i45'î -'. C'est probablement le même personnage que le (( compaignon nommé maistre Girard de la Cuillier, maistre en théologie ». La substitution de Girard à GeofFroi peut provenir d'une fausse interprétation de l'initiale G.
I. Charlularium Universitatis Parisiensis, IV, passim (Voir l'Index des noms propres de ce volume).
. 2. Ibid., p. 5oi et 009.