LI'S DEUX SCIIEIUI'GG
homme manjuait tour a tour le dépit, la colore, Toigueil blessé, un jaloux désespoir, et tantôt sur le loint d'éclater en injurieux transports, déjà il menaçait du regard, de Tattilude; tantôt, comme subjugué par l'ascendant d'un lang:i;;e à la fois affectueux et noble, il semblait sur le point de donner cours a de douloureux sanglots. Il se maintint pourtant, mais d'un air qui présageait quelque résolution sinistre : « Est-ce la, monsieur, votre dernier mot? dit-il à Alfred. — Je l'avais espéré, répondit celui-ci avec une brusque sévérité; mais comme il me paraît que vous n'accédez pas aux motifs que je Viens d'exposer devant vous, le voici, monsieur, mon dernier mot! Ce soir, nous arriverons à Meyringen par les Scbeidegg. Rendez-vous y pareillement par les lacs, et demain, a huit heures du matin, trouvez-vous avec un témoin dans la petite prairie du Reusti. Je m'y trouverai moi-même avec monsieur, s'il veut bien me permettre de l'eng.iger 'a cet effet. Quant aux armes , c'estf vous qui m'avez provoqué, le choix m'en appartient. » Quelque désappointé que je fusse en voyant mon compagnon accepter d'une façou aussi formelle ce même cond3at qu'il venait, par de si bonnes raisons, de déclarer impossible, je ne pus que in'empresser d'acquiescer "a sa demande. Alors le jeune homme reprit ses pistolets, et aprts que nous l'eûmes vu s'acheminer pour redescendre à Lauterbrunnen , nousmêmes nous quittâmes l'omhrage du mélèze pour nous diriger sur les chalets.
J'étais, comme on peut le croire, extrêmement impatient de me retrouver seul avec Alfred, afin d'apprendre de lui quels avaient été ses motifs d'agir ainsi qu'il avait fait ; mais comme s'il eût voulu m'interdire d'emblée toute question à ce sujet, lui-même, dès que nous eûmes recommencé a gravir la montagne, se hâta de détourner l'entretien sur d'autres objets. M Savez-vous l'allemand suisse? » me demanda-t-il. Et sur ce que je lui marquai que je n'avais pas même l'avantage de connaître l'allemand d'Allemagne : « C'est dommage, reprit-il, car voici une ballade que j'appris d'un pâtre, il y a trois ans, à celte même place, et j'aurais aimé m'assurer que vous y trouvez la saveur que j'y trouve moi-même. Écoutezen tout au moins la plate traduction :