‹ Nouvelles italiennes et siciliennes (volume 2)Chapitre 19 sur 132 · CHAPITRE II. 4o · texte numérisé non relu

CHAPITRE II. 4o

0 art inutile lui doivent réparation, car en mon lieu t place , ils seraient morts de soif, tandis que les muses aliennes me favorisèrent , au moins une fois en ma vie , 'une récompense douce et sucrée. Ma première hariesse en entraîna une autre : je pris rang sur Tacaiémique gradin de bois , au grand étonnement de rasemblée. Dieu sait queUes phrases ampoulées résonlèrent dans le cirque durant trois heures ! Les oreilles n'en tintent encore , en y songeant. Un certain petit ibbé, plus flagorneur que les autres, est, depuis lors, devenu évêque ^ et la poésie lui aura sans doute valu sa initre, comme k moi une limonade. Mon tour vint de parler. Je tonnai comme Jupiter mes deux sonnets. Le dernier, k la louange de Son Excellence, eut l'incroyable bonheur de plaire extrêmement au provéditeur, et par conséquent il enchanta le public. L'opinion zaratine me donna le brevet de grand poëte.

Le lendemain, Son Excellence sortit h cheval sur le soir , accompagnée d'un^ foule d'officiers , parmi lesquels je me trouvais. Tout en chevauchant, le provéditeur m'appela près de lui , et me pria de lui réciter encore mon sonnet k sa louange. Nous courions au galop. Sans ralentir notre marche, je beuglai le sonnet , avec quantité de cadences , trilles , demi-tons et aspirations dont mon cheval était la cause , et jamais morceau de poésie ne fut déclamé sur un rhythme pareil. Je croyais que mes camarades riraient k mes dépens; mais point; ils enviaient mon bonheur, et auraient payé cher la faveur de jouer k ma place cette arkH|uinade : « Charles , me dis-je en rentrant chez

moi , tu peux donner carrière k ton orgueil , tu as ëtr aussi plat courtisan que pas un de ces ambitieux. Sni^ joueur, ivrogne, paresseux; abandonne tes dessins ei tes fortifications ; tu n*as plus besoin d'autre recommandation que tes fades compliments rimes. > Ce ne fut m le jeu, ni le vin , ni la paresse qui me détourDèreot de la géométrie et des chiffres; c% fut un sentiment nouveau que mon cœur ne connaissait pas encore , un sentiment plein de douceur, et source de mille maux. — Mais arrêtons-nous , et remettons à un chapitre particulier le lamentable récit de mes premières amours.

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